Le répertoire de The Soul Rebels compte autant des relectures cuivrées de Eurythmics, de Daft Punk que de Kanye West.

La festive rébellion des Soul Rebels

Lumar Leblanc ne s’en cache pas: il a choqué les puristes lorsqu’il a cofondé The Soul Rebels, un ensemble de cuivres qui trempe les racines jazz de sa Nouvelle-Orléans natale dans un répertoire hip-hop, pop ou rock. Il n’a toutefois pas eu à regretter cette festive rébellion: son groupe a été appelé à tourner sur quatre continents, en plus de partager les planches avec des collaborateurs plutôt inattendus comme Metallica ou Marilyn Manson, pour ne nommer que ceux-là.

«Je pense que c’est en grande partie dû à l’instrumentation. Pour certains, c’est un peu comme Retour vers le futur. Nous sommes une représentation authentique d’un langage musical. Mais les gens n’ont pas souvent vu ce genre de représentation dans le monde moderne», analyse Lumar Leblanc, qui manie la caisse claire au sein de l’orchestre dont le répertoire compte autant des relectures cuivrées de Eurythmics, de Daft Punk que de Kanye West.

«Quand nous avons commencé, nous faisions quelque chose qui était cher à notre cœur et c’est tout. La première chose qu’on a sue, c’est que des gens venaient de l’extérieur pour nous entendre et d’autres ont voulu nous faire connaître. La deuxième chose qu’on a sue, c’est qu’on avait maintenant un passeport et qu’on jouait à l’étranger», reprend Leblanc, qui se produira au Festival d’été de Québec le 7 juillet, à la place D’Youville.

Si on remonte à leurs origines, les Soul Rebels sont bel et bien ancrés dans la tradition du jazz, des parades et des fanfares si typiques de La Nouvelle-Orléans. Plus précisément dans le Dejan’s Young Olympia Brass Band, fondé par le réputé saxophoniste Harold Dejan, où Lumar Leblanc a rencontré celui qui allait devenir son collègue au sein des Rebels, Derrick Moss, expert de la grosse caisse.

«Nous étions une génération plus jeune. Quand le rap a commencé à monter en popularité dans les années 80 et 90, c’est la musique qu’on écoutait. On aimait le hip-hop, on aimait le funk. On a voulu introduire ça dans la tradition musicale. C’est venu naturellement», décrit Leblanc.

Alors que les plus puristes ont froncé les sourcils, un public plus jeune a craqué pour la proposition. Si bien que la formation est devenue une attraction locale, notamment par ses prestations hebdomadaires au bar Le bon temps roule. Institution musicale, l’établissement est semble-t-il devenu une sorte de refuge après l’ouragan Katrina et les inondations qui ont ravagé la ville en 2005. Et les Soul Rebels n’ont pas tardé à reprendre du service à leur tour.

Dans un épisode filmé post-Katrina de l’émission No Reservations du regretté Anthony Bourdain, un sinistré faisait d’ailleurs référence au groupe. «Les gens essaient d’enterrer leur douleur. Un bon endroit pour faire ça est Le bon temps roule. Tu écoutes jouer The Soul Rebels et tu pleures dans ta bière. Puis, tu pleures dans une autre bière. Éventuellement, tu pleures dans du whisky…» confiait-il.

«Sans faire de jeu de mots, la musique a été le principal instrument pour aider la ville à se relever», explique simplement Lumar Leblanc.

Ambassadeurs
Quand on lui demande s’il se sent comme un ambassadeur de La Nouvelle-Orléans, Lumar Leblanc accepte le titre «humblement». «Nous avons la chance de jouer pour des auditoires partout sur le globe. On doit se considérer comme des ambassadeurs qu’on le veuille ou non», avance celui qui se réjouit d’avoir vu La Nouvelle-Orléans et ses artistes rayonner, notamment grâce au petit écran. Comme dans la série de HBO Treme, cocréée par David Simon (The Wire), dans laquelle la musique des Soul Rebels a figuré et qui mettait notamment en scène des musiciens locaux, quelques mois après l’ouragan.

«Il a fait du très bon travail, estime Leblanc. Il a fait beaucoup de recherche, il a été en contact avec les résidents. Ça ne représente pas toute la scène musicale de la ville, évidemment, mais ça représente bien le quartier du Tremé.»

Les Soul Rebels continuent de se produire au bar Le bon temps roule aussi souvent qu’ils le peuvent. «Ça me garde les pieds sur terre. Ça me garde humble, ça me permet de rester connecté avec la maison. Mais nous ne pouvons pas y jouer chaque mardi comme nous en avions l’habitude avant Katrina», évoque Lumar Leblanc, qui a eu l’occasion, au fil des voyages de son groupe, de partager les planches avec une multitude d’artistes de tous horizons.

«Ces collaborations ont toutes été spéciales, note-t-il. Mais c’est certain que Metallica arrive en tête de liste. Une fois là, on s’est rendu compte que ce n’était pas si surprenant parce qu’on entre tous en connexion par la musique, par le style et par une dévotion à la chanson!»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: The Soul Rebels

• Quand: 7 juillet à 21h10

• Où: place D’Youville

• Accès: gratuit