Ian Anderson s'est lancé dans une tournée internationale pour célébrer les 50 ans de Jethro Tull.

Ian Anderson, solide comme le rock

FESTIVAL D'ÉTÉ DE QUÉBEC / Jethro Tull, l’un des groupes phares du rock progressif des années 70, roule sa bosse depuis un demi-siècle. Si plus d’une trentaine de musiciens se sont succédé au sein du band au fil des ans, son leader, Ian Anderson, est toujours fidèle au poste, sa légendaire flûte jamais très loin. À l’occasion de son passage au Festival d’été (FEQ), avec le spectacle «50 years of Jethro Tull», «Le Soleil» s’est entretenu avec le rockeur de 71 ans qui ne se dit pas nostalgique pour deux sous.

Au bout du fil, depuis sa résidence située à 250 km à l’ouest de Londres, une certaine inquiétude se devine dans la voix de Ian Anderson. Il s’excuse du délai pour l’entrevue, reportée à quelques reprises en raison de l’hospitalisation de sa femme Shona pour une sévère infection à un doigt.

«Nous avons été un peu inquiets, mais elle répond bien aux antibiotiques. Ça devrait aller», confie-t-il au sujet de l’état de santé de sa compagne des 37 dernières années et mère de ses deux grands enfants.

Pour le musicien, the show must go on, comme le veut l’adage et c’est avec beaucoup de générosité, en vrai gentleman, qu’il se prête au jeu de l’entrevue, à l’occasion d’une tournée internationale célébrant les 50 ans de Jethro Tull. De juin jusqu’en septembre, le groupe aura visité plus de 25 villes en Amérique du Nord, incluant un passage au FEQ jeudi et au Festival international de jazz de Montréal, deux jours plus tard.

«Ça fait bizarre de célébrer les 50 ans du groupe alors que j’ai l’impression que c’était hier, avoue Anderson. Cette tournée n’a rien de nostalgique pour moi. C’est plutôt une façon de rendre hommage à l’histoire et à la musique du groupe.

«Pour moi, ajoute-t-il, une chanson composée il y a 40 ans, c’est comme si elle l’avait été il y a 48 heures. Elle fait partie à la fois de mon présent et de mon futur. L’important, c’est de pouvoir se renouveler. L’interprétation d’une chanson comporte toujours des éléments d’improvisation qui vont contribuer à la garder jeune.»

Public plus jeune

Venu à plusieurs reprises dans la capitale, Anderson conserve d’excellents souvenirs de ses séjours. «La vieille ville est très romantique. C’est très européen. L’architecture rappelle son passé colonial avec la France et l’Angleterre. C’est différent de nous, mais en même temps, ça ne l’est pas. C’est fascinant de découvrir ailleurs des éléments qui vous sont très familiers.»

Pour sa tournée du 50e anniversaire, Ian Anderson est accompagné de Florian Ophale (guitare), Scott Hammond (batterie), John O’Hara (piano et accordéon) et David Goodier (basse).

Après toutes ces années à se promener dans une cinquantaine de pays, Ian Anderson a observé que les fans de la première heure, qui ont à peu près le même âge que lui, sont toujours au rendez-vous, mais que le public tend à rajeunir. «Dans les concerts à l’extérieur, sur des places historiques ou au milieu de nulle part, que ce soit en Italie, au Brésil ou en Espagne, je vois de plus en plus de jeunes dans la vingtaine qui s’intéressent à la musique rock de l’époque.»

33 musiciens différents

Même si Jethro Tull s’est dissout officiellement en 2014, Anderson avoue avoir été mal compris par les médias au sujet de la suite des choses. «Ce n’est pas une tournée d’adieu pour moi, mais pour la musique de Jethro Tull. De toute façon, lorsqu’il s’agit d’une tournée d’adieu, vous êtes souvent le dernier à le savoir. On a sans doute perdu plein d’argent pour cette raison (rires).

«C’est comme si vous alliez voir un orchestre symphonique jouer du Mozart. Vous ne vous attendez pas à voir Wolfgang Amadeus sur scène pour diriger les musiciens. Même chose pour la musique de Led Zeppelin ou des Beatles. Ils n’ont pas à se remettre ensemble pour que leur musique reste dans le cœur de leurs fans.»


« Eric [Clapton] m’avait mis au défi de jouer de la flûte aussi bien qu’il jouait de la guitare. [...] C’était un peu audacieux, je l’avoue, mais en fin de compte, c’est devenu pour moi l’équivalent de la guitare électrique »
Ian Anderson

Au fil des décennies, Jethro Tull aura connu son lot de chambardements. Trente-trois musiciens ont défilé dans le groupe, dont Martin Barre, le membre le plus stable du groupe après Anderson, parti former son propre groupe. Son solo de guitare sur l’une des pièces les plus connues du groupe, Aqualung (1971), accompagné à la flûte par Anderson, demeure pour plusieurs un morceau d’anthologie.

Le spectacle sera d’ailleurs l’occasion pour le public de saluer, à titre de surprise virtual guests (invités surprise virtuels) quelques anciens collaborateurs de l’aventure Jethro Tull.

Pour sa tournée du 50e anniversaire, Anderson est accompagné de Florian Ophale (guitare), Scott Hammond (batterie), John O’Hara (piano et accordéon) et David Goodier (basse). 

Pourquoi pas 10 ans encore?

La musique de Jehtro Tull est indissociable de l’envoûtante flûte d’Anderson. Il a été le premier à introduire cet instrument dans la musique rock, au Marquee Club de Londres. C’est Eric Clapton qui l’avait incité à en jouer, une bonne idée avec le recul puisqu’elle a permis son célèbre solo Bourée.

«Eric m’avait mis au défi de jouer de la flûte aussi bien qu’il jouait de la guitare, raconte-t-il. C’est ce qui avait retenu l’attention de la presse à l’époque. Disons que j’ai appris à en jouer sur la scène, tous les soirs, pendant des mois. C’était un peu audacieux, je l’avoue, mais en fin de compte, c’est devenu pour moi l’équivalent de la guitare électrique. Ç’a donné des solos très excitants.»

Au milieu des années 70, Jethro Tull avait lancé l’album Too Old to Rock’n Roll, Too Young to Die. À l’époque, Anderson avait vivement nié que les paroles étaient autobiographiques. Alors que les rockeurs septuagénaires, Mick Jagger en tête, sont de plus en plus nombreux à arpenter les scènes, qu’en est-il pour celui qui ne s’est jamais gêné pour arborer des tenues excentriques en spectacle?

«Ce n’est pas encore fini. Dans la mesure où je reste en santé [il a subi une thrombose il y a quelques années], il est raisonnable de penser que je pourrais faire encore 10 ans, qui sait? Chaque matin, quand je me réveille et que j’ouvre les yeux, je suis content de voir que tout est ok pour moi. Je reste heureux de pouvoir prendre la route pour quelques jours avec ma guitare et ma flûte.»

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JETHRO TULL, PIONNIER DE L'AGRICULTURE

C’est à son premier agent que Jethro Tull doit son nom. En février 1968, alors que le groupe changeait souvent d’appellations afin de se faire embaucher dans les clubs, ce représentant artistique, un ancien étudiant en histoire, a proposé pour la première fois Jethro Tull, du nom d’un pionnier anglais de l’agriculture, inventeur du semoir. Le groupe joua sous ce vocable lors de sa première semaine au Marquee Club, à Londres. «Nous étions coincés. Il était trop tard pour changer», glisse Ian Anderson. 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Jethro Tull

• Quand: 5 juillet à 21h20

• Où: parc de la Francophonie

• Accès: laissez-passer

• Info: www.infofestival.com