Le directeur de la programmation du Festival d'été, Louis Bellavance, en compagnie de Patrice Lemieux

FEQ: cinq moments forts de l’entretien public de Patrice Michaud

Rares sont les artistes ayant la chance de faire un débreffage, au lendemain de leur prestation au Festival d’été. C’est toutefois le privilège qu’a eu Patrice Michaud, lors de son entretien public de mercredi, soit 24 heures après sa prestation plébiscitée, sur les plaines d’Abraham. Voici cinq réponses triées sur le volet aux questions du directeur de la programmation Louis Bellavance.

Sur la symbolique de jouer sur les plaines…

J’ai tout utilisé ce que je voulais utiliser, hier [mardi]. C’était un moment de grande fierté. C’est le plus gros show, le summum du spectacle qu’on peut faire au Québec. Il n’y a rien de plus gros et de plus impressionnant. Il n’y a rien même qui arrive à la moitié de ça en terme de capacité et de grosseur. C’est la plus grosse scène en Amérique du Nord. Il n’y a qu’un spectacle francophone ces dernières années, la carte blanche sur les Plaines, alors il ne faut pas rater son coup. Je l’ai bien compris le mandat. C’est un show signature, un spectacle. Je ramasse des affaires de mon show à moi, mais je glorifie ça avec un paquet d’affaires. Et je suis un gars de l’Est, alors c’est sûr qu’il y a du monde qui débarque. J’ai entendu des gens crier: «Cap-Chat! Cap-Chat!» Ce n’était pas New York, là. C’était Cap-Chat! Mes parents étaient là […], mes enfants étaient là… Tout ça participait à la symbolique de jouer sur les Plaines.

Sur la façon dont il a vécu le spectacle…

C’est tellement gros, que ça permet un détachement que je n’ai pas la chance souvent de vivre. C’est-à-dire qu’un moment donné, c’est tellement immense qu’il y a plusieurs moments durant le show où je me suis dédoublé pour en profiter. C’est ésotérique, là, mais des fois c’est la meilleure manière de le décrire. Tu es une couple de pieds au-dessus. L’autre moi, il fait sa job et il chante, pendant qu’une partie de moi est pleinement consciente — et ça, c’est rare, parce qu’on est tellement focus — de ce qui se passe. Hier [mardi], c’est arrivé souvent. Des moments où je me suis dit: «Ostie que c’est le fun!», «Eh qu’il y a du monde!» et «C’est à ton tour!» Et à la toute fin […], j’ai vraiment fait un effort pour rester stoïque, parce que je savais que mes parents étaient là, mes beaux-parents étaient là, mes enfants étaient là, mes amis de Québec étaient là… Je sais qu’ils sont tous là et qu’à ce moment-là, ils ont tous la même fierté que moi. C’était un très grand moment dans ma carrière.

Sur ce qui lui est passé par la tête quand l’appel du FEQ est venu… 

Au départ, il n’y a personne qui est vraiment sûr de cette idée-là. Surtout qu’avant même le téléphone, on se doutait qu’on allait avoir une proposition du FEQ. Ce n’est pas la première qui arrive. Le FEQ n’est jamais trop vite sur le téléphone. On les attend toujours un peu, mais on se dit toujours: «C’est correct, ils nous aiment bien. On va finir par avoir un call.» Ils nous ont appelés. On avait anticipé ça. Catherine, ma gérante, m’avait dit : «On ne sait encore rien, mais mettons que ça arrive, qu’est-ce que tu préfères? Faire une première partie sur les Plaines ou refaire un Pigeonnier [parc de la Francophonie]?» Ça m’a pris 0,3 seconde pour répondre que je voulais faire un Pigeonnier. Ma scène préférée, c’est le Pigeonnier. Et pis, je ne veux pas ouvrir sur les Plaines. Je veux faire un gros Pigeonnier. Et là, le téléphone sonne.

Sur la proposition du FEQ…

La proposition, ce n’est pas le Pigeonnier, ce n’est pas une première partie sur les Plaines. C’est la grosse scène des Plaines en tête d’affiche. Je n’ai pas beaucoup mangé cette journée-là et je me suis posé sincèrement la question: «Est-ce que je choke?» Parce que j’ai vu l’envers de la médaille. Je me suis dit que oui, c’était ma grosse année. Mais en même temps, j’ai trois albums et des chansons de moi que les gens peuvent chanter facilement, il n’y en a pas 20. Je ne peux pas faire une soirée de hits comme d’autres artistes plus aguerris peuvent le faire. J’ai surtout vu tous ces aspects-là. Je ne suis pas assez big pour draguer tout le monde dont les laines ont besoin. Après ça, je me suis demandé si ce n’était pas moi, ce serait qui. Je me suis fait une petite liste pour finir par constater qu’au Québec, sur cette scène monstrueuse là, si tu ne te plies pas au jeu de la carte blanche, c’est plus difficile. Alors il faut le faire. C’est ça, le mandat. Es-tu prêt à remplir ce mandat-là? Oui. Es-tu prêt à le faire? Fuck, oui. À la minute où j’ai dit à Catherine: «Appelle, on le fait», tous mes doutes ont été totalement évacués.

Sur le travail que ç’a représenté…

Ç’a été toute une job. Ç’a été énormément de travail, de gens mobilisés, de moyens qu’on nous a donnés pour monter un show de cette envergure-là, pour pas qu’après quatre jours d’artistes internationaux, on le sente que c’est l’artiste d’ici, et qu’au niveau des moyens et de la livraison (delivery), ce n’est pas pareil. Je ne voulais pas faire une ostie de cenne avec ce show-là. Je voulais que ça pète. Je voulais que les gens sortent de là et qu’ils disent que c’était à la hauteur. Et c’est de ça que j’entends parler depuis hier [mardi], que c’était de l’envergure de cet espace-là. […] Je suis sur un nuage, mais ça aurait pu être un sacré coup dans les reins quand le show n’est pas à la hauteur du moment. […] Pour ça, il faut laisser une bonne dose d’ego à la maison et il y en a qui ne sont pas prêts à le faire. Et c’est correct aussi. Ce n’est pas un mandat fait pour tout le monde. Il faut embarquer là-dedans et avoir envie de s’amuser. Il faut que ça devienne un jeu. Moi, ça, j’aime ça.