Anne Hudon nouvelle directrice générale du Festival d'été de Quebec

Anne Hudon, la nouvelle dg du FEQ, saute dans le train

Tard vendredi, Anne Hudon observait avec émotion les jeunes filles euphoriques qui apprenaient qu’elles pourraient finalement entrer au spectacle de Charlotte Cardin. «Voir dans quel état d’esprit ça mettait les gens de pouvoir accéder à ce spectacle super convoité, alors que juste à côté, sur les Plaines, on a une des plus grandes scènes extérieures au Québec, c’était vraiment le fun», raconte la nouvelle dg du Festival d’été.

Entrée en fonction il y a trois semaines à peine, Anne Hudon envisageait de passer son premier festival en tant qu’observatrice. «Je suis moins en mode observation que ce que je pensais», constate-t-elle au troisième jour de l’évènement. «Je n’ai pas eu à freiner, l’équipe allait déjà vite et voulait me rencontrer, tout le monde a fait de la place dans son agenda.»

Trente-cinq rencontres individuelles et quelques réunions plus tard, elle a l’impression de mieux connaître ses employés, leurs histoires, leurs rôles et leurs attentes envers elle. Elle s’est aussi familiarisée avec la gamme d’évènements organisés par 3E : Bordeaux fête le vin, Saint-Roch Expérience, l’Impérial et le party du jour de l’An, que l’équipe vient tout juste de décrocher.

«J’ai eu une bonne vue d’ensemble et là, je vis le Festival à 100 miles à l’heure. J’accumule, et je vais pouvoir tomber en planification cet automne», indique Mme Hudon.

Il y a dix ans, la gestionnaire avait fait le saut de l’agence de communications et de marketing Cossette à Opération Enfant Soleil. «Ça m’a permis de grandir et de me mettre au défi. J’ai trouvé ça trop bénéfique pour m’en priver une deuxième fois, explique-t-elle. Mais pas à n’importe quel prix. Ça devait être dans une autre locomotive qui me dépasse et qui crie : «Hé, t’embarques-tu?»» L’appel du recruteur lui a signalé qu’un train très attrayant passait tout près d’elle.

«Gérer une équipe comme ça sans avoir à déménager, je ne pense pas avoir eu une opportunité aussi belle de ma vie. J’en ai eu mal au ventre», se souvient-elle. L’audace et la force de l’équipe de directeurs déjà en place au FEQ l’a convaincue de faire le saut et de prendre les commandes comme chef d’orchestre.

Depuis qu’elle côtoie sa nouvelle équipe, elle se dit impressionnée par la bonne humeur de ceux qui ont à la fois la puissance des sprinteurs et l’endurance des marathoniens, dans un milieu où les journées de travail s’étirent, où il y a beaucoup de pression et où il faut constamment s’adapter. «Je savais que pour faire un évènement comme ça, ça prenait des gens passionnés, mais c’est la profondeur de cette équipe-là, la variété des talents et des parcours qui m’épate, souligne-t-elle. C’est plus intense et riche que ce que j’envisageais.»

Puisque l’ensemble de l’équipe loge au Manège militaire cette année, elle peut rester près de l’action en tout temps. Pendant les spectacles, la nouvelle dg en profite pour réseauter dans la loge corporative. «Tous les partenaires et les bailleurs de fonds viennent à nous pendant le festival, donc c’est une bonne occasion de faire leur connaissance.» Ne la cherchez pas à l’arrière-scène, une zone où elle préfère plutôt laisser toute la latitude au directeur de la programmation, Louis Bellavance.

La nouvelle dg entend aussi être à l’écoute des festivaliers. «Quand les gens aiment une cause ou un évènement, ils vont le critiquer. J’aime cette passion-là, cette non-indifférence, soutient-elle. Si le sommet à atteindre est d’aligner des grands noms, ça m’intéresse peu. Ce qui m’intéresse, c’est d’assurer la pérennité du festival dans une transformation. De bien l’expliquer aux festivaliers, de bien communiquer nos choix et d’être à l’écoute.»

Pour le reste du festival, elle entend continuer de foncer à vive allure. «On est sur l’adrénaline. Ce n’est pas le temps de dormir, ça c’est certain.»


« Éventuellement, on aimerait bien que la programmation soit du midi au soir. On fait des tests cette année avec l’après-midi de rap francophone. Ce serait vraiment agréable que le festival puisse être envisagé comme une expérience continue. »
Anne Hudon

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QUATRE QUESTIONS À ANNE HUDON

Que voulez-vous amener à l’organisation du FEQ et de 3E?

«Je sais mettre en valeur une équipe, faire tomber certaines barrières. Chez Opération Enfant Soleil, à la fin de mon mandat, au moins le tiers des employés devaient travailler à un moment ou l’autre dans l’année pour un autre département. Connaître ce que l’autre fait, ça fait tomber les jugements hâtifs, ça augmente le respect, ça crée des liens forts. Lorsque les gens communiquent davantage, c’est plus facile de faire des changements. Ça devient des succès de groupe.»

Qu’y a-t-il à développer au Festival d’été?

«L’industrie change trop pour ne pas qu’on se fasse un plan de match. On est bien positionnés pour faire face à la musique parce qu’on est multigenres, on est sur plusieurs jours, on a plusieurs grandeurs de scènes. Éventuellement, on aimerait bien que la programmation soit du midi au soir. On fait des tests cette année avec l’après-midi de rap francophone [le samedi 13 juillet]. Ce serait vraiment agréable que le festival puisse être envisagé comme une expérience continue. En termes d’affaires, il faut aussi s’arranger pour que quand les astres vont s’aligner et que les grands noms qu’on envisage vont être disponibles pour venir nous voir, on ait l’argent pour les payer.»

Musicalement, qu’est-ce qui vous intéresse?

«Je vais suivre l’exemple de mon prédécesseur et ne pas nommer de noms, mais j’aime beaucoup de choses et plusieurs genres musicaux. Le fait qu’on encourage la relève m’a beaucoup allumée. Ce qu’on vient de voir [la remise du prix Espoir et des prix FEQ], ça a fait ma journée. Beaucoup plus que d’aller voir un gros show ce soir. Mercredi, Hanorah est venue donner une prestation et j’étais en avant, éblouie par sa candeur.»

Qu’est-ce qui vous émeut dans un spectacle?

«Quand j’ai été nommée et que je ne pouvais pas encore le dire, j’ai eu envie d’aller voir mes futurs clients. Je me suis pris des billets pour The Tea Party à L’Impérial et j’ai regardé la foule. Des gens qui écoutent de la musique en spectacle, je trouve ça beau. Daniel Gélinas avait écrit une super belle lettre aux festivaliers de Québec avant son départ, et ça m’avait beaucoup touchée. Je pense qu’on partage cet amour et ce respect des spectateurs.»