Le duo australien Air Supply, formé de Graham Russell et de Russell Hitchcock, a offert coup sur coup des ballades qui ont fait se balancer sur une patte et sur l’autre.

Air Supply: la Saint-Valentin en juillet

CRITIQUE / Avec America et Air Supply, les baby-boomers ont eu droit à un bain de nostalgie pur jus années 1970 et 1980, mercredi soir, dans un Parc de la francophonie rempli à pleine capacité. Au plan de la surprise et de l’originalité, il est à se demander si le premier n’aurait pas eu davantage sa place comme spectacle principal.

On pourrait en discuter jusque dans la semaine des quatre jeudis, mais force est d’admettre que America, dont les visites au Québec se comptent sur les doigts d’une main, a causé davantage la surprise, à l’inverse d’Air Supply et de ses ballades sirupeuses entendues un million de fois dans l’univers radiophonique et sa banlieue. Mais soyons bon joueur, le duo sait s’y faire en matière de déploiement musical.

La dernière visite d’Air Supply dans la capitale remontait à 2014, à… Expo Québec. Autrement dit, son passage au Festival d’été n’était pas un événement incontournable au point de virer la ville à l’envers pour trouver une gardienne.

Au diable les pisse-vinaigre, la foule a apprécié au plus point. Tant mieux pour elle. Comme dirait l’autre, quand on aime une fois, on aime pour toujours. C’est pareil pour le Canadien mais ne nous égarons pas...

Sous des arrangements revisités plus énergiquement que les originaux, le duo australien formé de Russell Hitchcock et de Graham Russell a offert coup sur coup Sweet Dreams, Even the Nights, Here I Am et Every Woman. Des ballades qui ont fait se balancer sur une patte et sur l’autre, et que les fans ont savouré d’un bout à l’autre, comme s’il s’agissait de la première fois.

La plus belle surprise est venue de Graham Russell, un grand amoureux des mots, qui a livré à mi-chemin un poème dans un silence absolu avant d’y aller d’un entraînant No Man’s Land. 

La soirée s’est conclue avec un déferlement d’amour chocolat guimauve livré à toutes les sauces : The One That You Love —jumelé à petite promenade de Hitchcock au milieu de la foule — Lost in Love, Making Love Out of Nothing at All et l’incontournable All Out of Love, livré en rappel, avec Without You et un énergique Shake It pour faire diversion.

Et c’est sur les Beatles et, on vous le donne en mille, All You Need is Love que la foule a quitté, le bonheur dans le piton.

Après le Noël du campeur, la Saint-Valentin en plein mois de juillet. 

Chapeau America

On l’avait oublié, mais America a été une véritable machine à succès dans les années 1970. Avec Tin Man, You Can Do Magic et le très beau I Need You, Gerry Beckley et Dewey Bunnell ont commencé fort. Les deux bonhommes n’ont plus le look d’antan, on s’en doute, mais leur passion est restée intacte. 

Accompagnés de Richard Campbell, Ryland Steen et Steve Fekete, les deux vieux routiers, en vrai pros, n’ont pas ménagé leurs efforts pour faire passer une soirée d’exception à leurs admirateurs. Pour faire encore plus nostalgique, le duo est allé faire un tour du côté des Beatles (Eleanor Rigby) et de The Mamas and the Papas (California Dreamin’).

En verve, Bunnell a rappelé que la musique d’America est née à Londres, au début des années 1970, alors que lui et son ami (et aussi feu Dan Peck) avaient suivi leurs pères, des employés de la US Air Force basés en Angleterrre. «C’était une époque formidable. Nous avons assisté à des concerts des Rolling Stones et de Led Zeppelin au Royal Albert Hall. Puis, une fois aux États-Unis, ç’a été The Byrds, les Beach Boys, Buffalo Springfield…»

Après le toujours touchant Lonely People, et avant de conclure avec Sister Golden Hair, les deux sexagénaires ont roulé vers la sortie sur les chapeaux de roues avec un Sandman, livré sur fond de guitares déchaînées avec en toile de fond un florilège d’images d’actualité des années 1970 : la conquête de la Lune, la guerre du Viêtnam, Woodstock, Robert Kennedy et autres Muhammed Ali.

Tout pour rappeler au monde qu’hier encore, il avait 20 ans…

Bien entendu, Beckley et Bunnell ne pouvaient quitter la scène sans LA chanson de leur répertoire, A Horse with No Name. La foule était aux anges.