Plus le temps filera, plus la grosse bête qu'est le Festival d'été devra approfondir genres et sous-genres.

Le FEQ vers de nouvelles métamorphoses

Mon Festival d'été 2016? Près de 30 spectacles, une douzaine d'entrevues avec les artistes ou organisateurs et moins d'une dizaine d'entrées de blogue, question de discuter avec vous, chers lecteurs. Qu'en reste-t-il, hormis des cernes sous les yeux? Un événement qui commence une nécessaire métamorphose.
Depuis les sommets d'achalandage en 2012, où on avait écoulé l'ensemble des 150 000 laissez-passer disponibles, le Festival d'été a vu ses visiteurs se faire un peu moins nombreux chaque année. Las de la formule, insatisfaits du confort? Le FEQ a commencé à réagir cette année avec l'arrivée des gradins sur les Plaines, qui a été un bon coup: les sièges ont tous trouvé preneur et, fait important, sont installés à un endroit qui n'a pas pénalisé le public au parterre.
Toujours dans un souci de confort, le FEQ s'est limité à émettre 128 000 laissez-passer, se privant de revenus supplémentaires dans le dernier week-end - le plus achalandé. Est-ce que cela a permis des Plaines aérées pour Red Hot Chili Peppers ou Rammstein? Rien n'est moins sûr : les Chili Peppers ont parlé de 93 000 entrées dans leur page Facebook...
Programmation
La programmation était au rendez-vous. J'ai l'impression cependant que, plus le temps filera, plus la grosse bête qu'est le Festival d'été devra approfondir genres et sous-genres. En effet, certaines franges du public ne se contentent plus d'un ou deux spectacles moyennant un laissez-passer qui a atteint les 100 $. Mais sinon, vedettes, découvertes et variété, avec artistes d'ici et d'ailleurs, étaient au menu.
Il y a eu un beau taux de fréquentation sur les Plaines, même avec des artistes comme The Lumineers - un pari a priori risqué, qui a démontré que les festivaliers peuvent répondre à un brin d'audace. Néanmoins, l'imposant site des Plaines abrite encore des défis. On voyait dans les premières parties comment la segmentation des droits d'accès peut déconcentrer un artiste établi comme Neil Finn, en début de programme : l'admission générale, d'un côté de la scène, se remplit, la zone Avant-scène, le VIP et les gradins, de l'autre, restent vide, car les gens arrivent pour la tête d'affiche du jour.
On a par ailleurs constaté que des ennuis de son peuvent être coûteux. Rien ne peut être fait quand le vent joue les trouble-fêtes, mais à une soirée comme celle des Red Hot Chili Peppers, ces problèmes ont été un des éléments qui ont terni la performance.
Nouveautés
Pour les nouveautés, hormis le début des classes de maître, qui devraient être ouvertes à tous l'an prochain, et le réseau des salles, en basse ville, que je n'ai malheureusement pas pu explorer, c'est surtout l'arrivée du Coeur du FEQ, en face de l'Assemblée nationale, qui a retenu l'attention. L'endroit est sympathique, assure une visibilité à l'événement et y confère un dynamisme, en plus d'héberger une scène clairement consacrée aux artistes locaux et émergents.
Je ne sais trop quoi penser de l'agrandissement du parc de la Francophonie. La zone supplémentaire, avec l'écran géant, n'a pas toujours servi, et, lorsqu'elle a été utile, elle a débordé - ça donne une idée du défi lié à la programmation dans cet endroit qui, autrement, permet un lien unique avec la foule, sous les étoiles.
Enfin, élément qui peut sembler anodin, mais qui ne doit pas être négligé : l'interdiction d'amener son eau et sa nourriture sur les sites. Le public peste contre la décision du FEQ. Il faudra songer à une solution plus créative ou moins draconienne. Et, aussi, à proposer de meilleurs kiosques à nourriture que ceux qu'on voit depuis si longtemps, avec leurs propositions discutables...
En entrevue au Soleil, Daniel Gélinas indiquait que le 50e du FEQ marquerait le début d'une réinvention, l'an prochain. C'est une bonne nouvelle, car déjà, cette année, on a senti que les éléments de nouveauté ont été bien reçus et que le public est mûr pour se faire séduire et surprendre, surtout dans un contexte où ça joue du coude dans l'offre artistique.
Coups de coeur
Le chanteur de Duran Duran, Simon Le Bon
Duran Duran
La nostalgie tend à être une valeur sûre en période de festival, or la bande de Duran Duran n'a rien tenu pour acquis. Simon Le Bon était en voix et énergique, les gars ont inséré des titres récents et, ultimement, Save a Prayer a été une touchante communion, à la mémoire des victimes de Nice.
Spectacle de Louis-Jean Cormier sur la scène Loto-Québec
Louis-Jean Cormier et Peter Bjorn & John
Quand on me promet d'emblée un show mémorable, mes attentes grimpent d'un cran. Et pourtant, Louis-Jean Cormier m'a conquis: ses pièces, parées de superbes arrangements, souvent réinventées, étaient impeccables. En plus, la première partie avec Peter Bjorn & John était hautement sympathique.
Sting et Peter Gabriel ont présenté un spectacle soigné, qui a brillé tant par ses interprétations précises que son emballage étoffé.
Sting et Peter Gabriel
Les deux vétérans sont débarqués avec un programme généreux et adroitement construit, avec des classiques, des échanges de répertoire et des pièces étonnantes, leur permettant d'éviter d'être prévisibles. Et quelle formidable équipe de musiciens pour livrer tout ça!
Brian Fallon, en spectacle dimanche soir à l'Impérial de Québec
Brian Fallon
Il était très agréable de voir Brian Fallon et Alex Rosamilia dans un autre environnement que celui de The Gaslight Anthem et l'Impérial était le lieu parfait pour ce spectacle, où Fallon a interprété son album solo presque en entier, ce qui démontre à quel point il avait confiance en son nouveau matériel et son public le lui a très bien rendu. Il a saupoudré le tout de pièces de son projet The Horrible Crowes et de quelques reprises. Le gars est talentueux, sympathique et attachant. Il a toujours quelque chose à raconter entre les pièces et sait aussi faire rire son public. Bref, un excellent musicien doublé d'un type qui a le sens du spectacle. Le choix du groupe d'Halifax transplanté à Montréal Wintersleep comme première partie était judicieux et complétait bien l'offre musicale de Fallon. Sûrement qu'on reverra les deux artistes à Québec avant longtemps, car personne n'est ressorti de l'Impérial déçu. Ian Bussières
Half Moon Run
Half Moon Run
Les Montréalais d'adoption du groupe Half Moon Run n'ont rien de moins que triomphé le 12 juillet dans un parc de la Francophonie affichant complet. Les attentes étaient hautes, et elles n'ont pas été déçues... loin de là! Récemment revenus d'Europe, Devon Portielje, Conner Molander, Dylan Phillips et Isaac Symonds ont renoué avec leur public de la capitale avec un spectacle rodé au quart de tour, à la fois nuancé, percutant, enivrant et diablement efficace. Si certains festivaliers qui prenaient place devant l'écran - dans la portion agrandie du site sur la rue Saint-Amable - ont relevé quelques carences sur le plan du son, ceux qui sont arrivés assez tôt pour prendre place devant la scène ont eu droit à une sono impeccable : on ne perdait pratiquement rien des arrangements soignés et des solides harmonies vocales du quatuor. Geneviève Bouchard
<p>Le duo Heymoonshaker, composé de Dave Crowe et Andy Balcon</p>
Heymoonshaker
Ça aurait pu être Sheryl Crow, ça aurait dû être les Red Hot Chili Peppers, mais mon coup de coeur va au duo qui a donné le tout premier spectacle de ce 49e Festival d'été de Québec. Les Heymoonshaker m'ont laissé une impression durable grâce à leur prestation explosive. Ils sont seulement deux, mais Andy Balcon (chant et guitare) et Dave Crowe (percussions vocales) font du bruit pour cinq. Heymoonshaker poursuit une longue tradition anglaise de mettre le blues à sa main, cette fois en utilisant une boîte à rythmes humaine, l'hallucinant Crowe. Balcon, avec sa voix éraillée à la Tom Waits, ne laissait pas sa place non plus. Leur blues rock sale et distortionné emplissait tout l'espace de place D'Youville. Inoubliable. Éric Moreault
Coup de gueule
House of Pain au parc de la Francophonie
Rarement vu un show aussi chiche que celui de House of Pain. À peine 50 minutes avec Everlast et Danny Boy, le reste laissé à DJ Lethal pour que le band remplisse le temps réglementaire de son contrat. Ajoutez à ça un Everlast qui, en plein milieu, sort sa guitare pour jouer du Johnny Cash et une chanson solo et vous avez un show de rap à oublier.