Un profil invisible vient masquer une partie du visage de Victor Solf dans un hommage à l'autre moitié de Her, le musicien et chanteur Simon Carpentier, emporté par le cancer à 27 ans.

Le devoir de mémoire et de musique de Her

Her, c’était deux jeunes Français rassemblés sous un pronom féminin dans un amour de la musique en général et d’une soul revampée en particulier. C’était aussi un duo en pleine ascension. Malheureusement, l’imparfait s’impose, ici. Pas parce que la lancée du projet s’est essoufflée, bien au contraire. Plutôt parce que «deux» est devenu «un» quand le cancer a emporté le musicien et chanteur Simon Carpentier à 27 ans, l’été dernier. En deuil de son ami, Victor Solf continue de porter leurs créations communes dans une tournée qui l’amène ces jours-ci au Canada et aux États-Unis. Il fera escale à L’Anti dimanche.

Her s’était déjà fait remarquer avec deux minialbums quand la formation originaire de Rennes s’est, «dans une sorte de course contre la montre», attaquée à un premier album complet. Carpentier luttait contre la maladie depuis six ans. En ce qui concerne Her, il gardait néanmoins le cap.

«Il y avait le festival Rock en Seine qu’il voulait vraiment qu’on fasse, note Victor Solf. Et aussi cette date au Bataclan, à Paris. Ce sont des concerts que lui-même a validés tout en sachant qu’il était probable qu’il ne les fasse pas.»

Her et son groupe de musiciens se sont bien produits à Rock en Seine en août dernier. Mais sans Simon, décédé quelques jours auparavant. Victor Solf s’est présenté seul au micro qu’il partageait depuis deux ans avec son ami d’adolescence (ils faisaient auparavant partie de la formation The Popopopops). Sans son complice, il a mis les dernières touches à l’album éponyme de Her, paru fin mars. C’est ce qui avait été convenu avant le décès de Carpentier et Solf n’allait pas trahir sa parole.

«Très vite, il a été décidé que mon devoir serait de terminer l’album et la tournée, d’aller jusqu’au bout de notre démarche, relate ce dernier. C’est quelque chose qui m’aide beaucoup de me dire que dans toute cette injustice, dans l’impuissance que je ressens, au moins, il y la musique. Notre philosophie à Simon et moi est vraiment tournée vers la lumière et l’espoir et c’est quelque chose qui continue à exister. C’est quelque chose qui me fait du bien. Je m’accroche beaucoup à ça.»

Nous choisissons…
Au bout du fil, Victor Solf décrit le parcours pour le moins chargé d’émotions de la dernière année avec une grande ouverture et beaucoup de générosité. Il sait que l’histoire de Her a de quoi interpeller. «D’un côté, ça me ramène au fait qu’il n’est plus là. Mais d’un autre côté, je suis très ému qu’on parle de lui et que sa mémoire continue à exister aussi en tant qu’artiste», observe-t-il.

Si l’album s’ouvre sur la phrase «We choose the way we’ll be remembered» (Nous choisissons la manière dont on se souviendra de nous), ce n’est pas directement lié au destin de Simon Carpentier: la chanson date de quelques années et a plutôt été inspirée par la séparation de leur précédente formation.

«Aujourd’hui, le titre a pris une ampleur énorme, observe Solf. Sa signification reste la même, mais elle s’applique aussi à Simon et à Her…»

À la fin du clip de la chanson We Choose comme dans le visuel illustrant cet article, une silhouette invisible vient masquer une partie du visage de Victor Solf dans un hommage au disparu, mais aussi dans un rappel qu’une moitié du duo manque désormais à l’appel. Mais comme son complice le souhaitait, Solf ne veut pas que le drame prenne le pas sur l’art.

«C’était très important pour Simon, confie-t-il. Il n’a voulu annoncer sa maladie qu’au moment où il ne pouvait plus du tout faire de concerts. Il a annoncé sa maladie un mois avant sa disparition.»

Selon Victor Solf, l’album de Her est empreint d’une «énergie de vie» venant de l’épée de Damoclès qui était suspendue au-dessus de leurs têtes. «Mais ce n’est pas que ça. C’est aussi l’amour, la féminité, c’est l’espoir… C’est notre histoire commune, c’est une grande amitié et une grande complicité qui, j’espère, existent sur cet album», nuance le musicien. Celui-ci dit continuer d’écrire et de composer, sans savoir si ses prochains projets se feront sous la bannière Her. Pour l’heure, il se réjouit de l’accueil qui lui est réservé dans cette tournée.

«On est très surpris de voir qu’il y a de plus en plus de gens qui nous suivent, lance Victor Solf. On a pu faire un Olympia à Paris, on a fait une salle à Berlin de 1000 personnes. Même chose à Londres. C’est incroyable parce que tout a débuté avec rien. C’était Simon et moi et un ordinateur.»

Où qu’il soit, il y en a un qui doit être fier…

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui: Her

Quand: 20 mai à 21h (portes à 20h)

Où: L’Anti

Billets: 22$