Le cri du cœur de Martine résonne à l’autre bout du fil. Posée et articulée, elle raconte son histoire pour éveiller les consciences en ces temps difficiles, au nom de l’équité et de la justice. «Je le fais pour l’ensemble de ma communauté, car nous sommes plusieurs dans la même situation. Mon exemple est pertinent. Il ressemble à celui de beaucoup d’autres personnes.»
Martine était sans boulot au moment du déclenchement de la crise. Elle attendait «avec impatience» quelques contrats printaniers pour renflouer les goussets familiaux. Ne pouvant se permettre d’attendre plus longtemps, elle a déniché un emploi à temps partiel dans le domaine alimentaire. Le boulot lui rapporte environ 800 $ par mois. C’est là que le bât blesse.
«J’étais ravie d’entendre qu’on n’allait oublier personne dans le programme d’aide du gouvernement fédéral [qui procure 2000 $ mensuellement pendant une période maximale de quatre mois]. Malheureusement, selon les critères, dès qu’on a touché un revenu de travail à temps partiel, et même si on a perdu des contrats à cause de la pandémie, on est admissible à aucune aide. Il faut avoir vécu 14 jours consécutifs sans revenus pour se qualifier.»
«J’y vois un incitatif à ne pas se débrouiller par soi-même, voire à ne pas travailler du tout, déplore-t-elle. Ce serait plus payant de rester chez moi à ne rien faire, à ne pas être utile à la société.»
Méconnaissance
Martine, qui a deux enfants à la maison, ne peut compter financièrement sur son conjoint. Artiste pigiste également, il vit une situation similaire. Deux «contrats majeurs» viennent de passer à la trappe. Puisqu’il touche un «mini salaire» de 125 $ par semaine, comme professeur dans un cégep, il est disqualifié pour le PCU.
«Je pense qu’il y a une méconnaissance de notre réalité, à nous, les pigistes du domaine culturel, plaide-t-elle. On est toujours à la pêche aux contrats afin de réussir à boucler notre budget. Ce sont plusieurs employeurs qui nous donnent, parfois quelques heures de travail, parfois quelques semaines ou quelques mois. Mais en bout de ligne, c’est l’ensemble de tous ces contrats qui nous permettent de tirer notre épingle du jeu. Nous sommes habitués à vivre avec peu, mais tout de même...»
L’artiste refuse néanmoins de lancer la pierre au gouvernement qu’elle estime «de bonne foi». Mais il est impérieux que les fonctionnaires prennent en considération le mode de travail «atypique» des travailleurs comme elle. «J’aimerais que le gouvernement comprenne que des gens conservent des emplois à temps partiel, mais qui ne sont pas suffisants pour assurer leur survie. Il faudrait que le PCU vienne compléter ces revenus. Si on gagne 200 $ par mois, est-ce que le programme ne pourrait pas ajouter 1800 $ afin qu’on puisse atteindre le fameux 2000 $?»
Banque alimentaire
Martine a interpellé les députés provincial et fédéral de sa circonscription, ainsi que l’Union des artistes (UDA), mais tous s’en remettent aux modalités du programme d’aide. L’UDA n’a pas donné suite à la demande d’informations du Soleil.
Depuis un mois, face à la précarité de sa situation familiale, Martine se rend à une banque alimentaire pour faire le plein de provisions. «Je me suis résignée à y aller. C’est complètement nouveau dans ma vie, mais je n’ai pas honte. Je suis instruite, je travaille, je suis utile à la société, je suis compétente. Le gouvernement a dit qu’il ne voulait échapper personne, alors je vais me battre. S’il a l’information et de la pression, il peut réajuster le tir.»
* Prénom fictif