Contenu commandité
Le classique au temps de la pandémie
Le classique au temps de la pandémie
 L’OSQ en concert virtuel avec le violoniste Blake Pouliot et le chef Alexander Prior
 L’OSQ en concert virtuel avec le violoniste Blake Pouliot et le chef Alexander Prior

Enseigner le Beau à 2 m de distance

Emmanuel Bernier
Collaboration spéciale
La transmission des savoirs et techniques au cœur de l’enseignement musical est-elle soluble dans les mesures de distanciation physique devenues nécessaires avec la pandémie qui persiste? Le Soleil s’est adressé à différents acteurs œuvrant au sein de l’enseignement musical supérieur à Québec.

Contrairement à la plupart des disciplines de niveau universitaire, qui ont dû transposer leur enseignement en ligne, les conservatoires et les facultés de musique du Québec ont encore la possibilité de donner une grande partie de leurs cours en classe.

«Nous trouvions vraiment important que nos cours d’instruments et nos cours d’art dramatique soient en présentiel, parce que le lien entre le professeur et l’élève, c’est vraiment important pour nous», souligne d’entrée de jeu Jean-François Latour, nouveau directeur des études du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec, organisation qui chapeaute les neuf conservatoires de la province.

«C’est tellement important pour les étudiants. Pour la plupart d’entre eux, faire de la musique, c’est leur façon de s’exprimer, on ne peut pas leur enlever ça», témoigne Catherine Dallaire, professeure de violon au Conservatoire.

Le faire de manière distanciée complique toutefois quelque peu les choses. Il n’est plus question pour le professeur de s’approcher de l’étudiant pour corriger un défaut de posture, encore moins d’essayer son instrument.

«C’est tellement important pour les étudiants. Pour la plupart d’entre eux, faire de la musique, c’est leur façon de s’exprimer, on ne peut pas leur enlever ça», témoigne Catherine Dallaire,

«Il faut trouver une autre façon d’expliquer. Cela passe beaucoup par les mots. Je suis obligé de m’améliorer pour être plus clair, plus concis», explique Stéphane Fontaine, professeur de clarinette au même endroit. Selon sa collègue, cela ne pourra que rendre les étudiants «plus autonomes. Ce sont des acquis qui vont rester.»

Les cours de groupe apportent toutefois passablement plus de défis que les cours individuels. Les responsables de chacune des deux écoles se tiennent d’ailleurs informés sur les différentes pratiques adoptées à travers le monde.

«Quand nous avons basculé en zone rouge, nous avons appelé des gens de Juilliard [à New York], de la UCLA [à Los Angeles], du Royal Conservatory de Toronto […] pour savoir où ils étaient rendus dans le processus», souligne M. Latour.

Autant à la Faculté de musique qu’au Conservatoire, les orchestres ont été scindés par sections. Le directeur du baccalauréat en interprétation classique à l’Université, Richard Paré, se réjouit que les étudiants puissent travailler leurs traits d’orchestres séparément. «Ils ont tellement besoin d’en faire dans la vraie vie!» lance-t-il.

La question du chant choral est un peu plus épineuse, certaines études tendant à associer le chant à davantage d’émission de particules contagieuses. «Le véritable chant choral ne peut pas se faire en ligne. Les technologies ne sont pas assez avancées pour cela», affirme catégoriquement Josée Vaillancourt, qui s’occupe de cette discipline à la Faculté de musique.

Il a donc été décidé, pour le moment, et afin d’éviter les trop grands rassemblements, de travailler en petits groupes et de mettre l’accent sur la technique vocale. Se disant «en mode exploratoire», la professeure entend en outre essayer certaines méthodes d’enregistrement pour permettre aux choristes de bénéficier davantage de leur expérience.

De la créativité

Les cours d’art dramatique, auxquels participent les étudiants en chant, apportent également leur lot de complications. Le masque de procédure et la visière sont évidemment de mise pour ceux et celles qui auraient à effectuer des rapprochements. Malgré tout, «il y a une créativité qui se développe de la part des metteurs en scène pour faire des scènes à deux mètres de distance», assure M. Latour.

Jean-François Latour, nouveau directeur des études du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec

Les prestations publiques, qui sont au cœur de la formation de musicien, constituent une autre pierre d’achoppement pour les responsables des écoles supérieures de musique. Au Conservatoire, c’est devant micros et caméras que les étudiants se produiront cette année.

«Nous essayons de garder des opportunités pour que les élèves puissent avoir un objectif. Comme c’est enregistré, c’est comme s’il y avait un public» affirme Louis Dallaire, directeur de l’établissement.

Malgré les écueils créés par la pandémie, tous ceux et celles à qui Le Soleil s’est adressé n’ont qu’un mot à la bouche : espoir. «Il n’y rien qui va nous arrêter […]. On ne perd pas notre esprit créatif», affirme M. Dallaire.

Richard Paré voit quant à lui la pandémie comme une occasion de se réinventer : «Malgré les contraintes, il y a des choses nouvelles. On développe des aspects à améliorer en pédagogie et je trouve cela fantastique!»

«Les étudiants sont vraiment contents, ajoute sa collègue Josée Vaillancourt. Je les sens heureux de venir, de faire de la musique avec leurs collègues. Ils savent que c’est exceptionnel qu’ils puissent faire cela et ils en profitent pleinement.»