Le spectacle «O» à Las Vegas

Le Cirque du Soleil mesure les «Ah!» et les «Oh!» des spectateurs émerveillés

AUSTIN, Texas — L’émerveillement. Si cette sensation d’ouverture, d’enthousiasme et de surprise tout à la fois ne se ressent pas si facilement, elle est encore plus difficile à identifier et à quantifier. Pourtant, c’est exactement ce que fait le Cirque du Soleil.

Fort d’un partenariat avec le neuroscientifique Beau Lotto, l’entreprise a mis la main sur une donnée assez inusitée : le niveau d’émerveillement de ses spectateurs.

«L’émerveillement se dessine clairement dans le cerveau d’un individu», a expliqué le spécialiste lors d’une présentation devant quelques centaines de personnes, dans le cadre d’une conférence à SXSW, à Austin au Texas.

Le Cirque du Soleil a entamé une série de tests sur des individus qui se sont prêtés au jeu. Grâce à des électroencéphalogrammes, M. Lotto et son équipe, aussi appelée «The Lab of Misfits», ont mesuré le niveau d’activité cérébrale de plus de 200 spectateurs qui assistaient à un spectacle de la compagnie québécoise.

Une foule de 280 personnes qui ont assisté à dix représentations du spectacle «O» à Las Vegas a participé à l’expérience. Ces personnes portaient des casques qui étaient en mesure de capter leur activité cérébrale. Les scientifiques de l’équipe étaient donc en mesure d’enregistrer les réactions de 23 moments précis du spectacle. Les participants devaient aussi répondre à des questionnaires avant et après le spectacle.

Lors de ces moments forts, ils ont d’abord observé que l’activité diminue dans le cortex préfrontal - la partie responsable du contrôle intentionnel. Puis, l’activité augmente dans le réseau en mode par défaut (MPD), les régions cérébrales actives lorsque le cerveau est au repos, mais actif. D’autres activités cérébrales qui sont habituellement connectées à la motivation ont aussi été observées.

Plus concrètement : les spectateurs deviennent plus sociables, ont besoin de moins de réconfort face à l’incertitude, voient leur désir de prendre des risques s’intensifier et se perçoivent fondamentalement différemment, avant et après l’expérience.

Selon M. Lotto, l’émerveillement pourrait être une réaction de notre cerveau pour contrer l’incertitude, une émotion qui permettrait à l’être humain d’éviter davantage les situations incertaines dans la vie et aller de l’avant en fonçant malgré tout.

Bref, le tout est très semblable, dit M. Lotto, à l’état d’une personne ayant consommé? Des champignons magiques.

La créativité au premier plan

Malgré ce nouvel accès inusité dans la tête des spectateurs qui assistent aux spectacles du Cirque du Soleil, la chef de la création, Diane Quinn, soutient que la pure créativité demeurera à la base des spectacles.

Quant à l’utilité des données recueillies, elle affirme qu’elles ne deviendront pas la formule de création toute désignée des spectacles du Cirque du Soleil, mais plutôt un objectif à atteindre.

«Elles nous permettent de parler à notre auditoire dans un langage très précis. Et vu l’effet très positif sur l’audience, nous aimerions partager ces résultats avec d’autres créateurs et d’autres artistes», a-t-elle expliqué lors d’une entrevue avec La Presse canadienne.

Le Cirque du Soleil a aménagé une «chambre de créativité» où la science est laissée derrière pour faire place au dépassement créatif et à la réalisation de spectacles qui en mettent plein la vue. Le but est d’innover et de se dépasser.

Mme Quinn se dit enthousiaste à l’idée de partager ces découvertes avec les artistes qui font partie du Cirque du Soleil, soit des divisions comme le Blue Man Group, VStar et The Works.

Les études du «Lab of Misfits» pourraient permettre à ceux-ci de mieux comprendre les réactions et l’impact de leurs numéros sur les individus qui les regardent.