Le solitaire en automne nous a permis d’apprécier la voix posée et la mine grave de Marie-Nicole Lemieux. Dans les trois chants suivants, Michael Schade a révélé son côté guilleret et où la contralto a donné l’impression d’ajouter mille couleurs à son allemand.

Le Chant de la terre de Mahler: secousses sismiques

CRITIQUE / Au programme : le Chant de la Terre, de Mahler, porté par un orchestre gonflé à bloc par la présence d’étudiants du conservatoire et de la Faculté de musique et chanté par Michael Schade et Marie-Nicole Lemieux. L’œuvre colossale s’est achevée magistralement, fermée par un long mouvement, une apothéose vers laquelle nous ont savamment conduits les forces en présence.

L’œuvre avait une qualité sismique, de celle qui donne l’impression que la Terre tremble. C’était notamment dû au travail des contrebasses, grondantes, et au contraste créé par la voix luminescente de Marie-Nicole Lemieux, que la flûte accompagnait dans le dernier chant comme la queue d’une comète.

Tout semblait nous avoir menés à ce dernier droit. Dans Chanson à boire de la douleur de la Terre, où la voix pourtant forte du ténor peinait par moments à faire face à la toute-puissance de l’orchestre, cor et grands coups d’archet ont eu le dernier mot. Le chant mélancolique Le solitaire en automne nous a permis d’apprécier la voix posée et la mine grave de Marie-Nicole Lemieux, en symbiose avec le travail plus fin des cordes et du hautbois.

L’aura presque angoissante des deux premiers chants est balayée d’un coup par les trois suivants, où Michael Schade a révélé son côté guilleret et où la contralto a donné l’impression d’ajouter mille couleurs à son allemand en sourire de plein feu pendant toute la pièce.

Amalgame de finesse

On attendait, évidemment, L’adieu, le dernier chant presque aussi long que tous les précédents. La maîtrise vocale et l’émotivité fulgurante de Marie-Nicole Lemieux, portée par l’orchestre soigneusement dirigé par Fabien Gabel, créaient un amalgame d’une finesse et d’une portée crépusculaire. La lourdeur que peuvent avoir les compositions de Mahler est balayée d’un coup, on prend la mesure de la richesse des sonorités qu’il entremêle et du caractère éblouissant de la conclusion de sa recherche existentielle et philosophique.

C’est à se demander ce que craignait le directeur musical de l’OSQ, en s’attaquant à cette composition.

Le concert s’est ouvert avec Dans le vent d’été d’Anton Webern, une pièce jouée pour la première fois à l’OSQ. La pièce à la fois déconstruite et idyllique comporte des passages qui pétillent de féerie, comme des films de Disney, de courts solos de violon faits de vertigineuses notes aiguës, des segments qui roulent comme l’orage, des interruptions… bref, de quoi se faire l’oreille.

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Le concert était présenté jeudi soir au Grand Théâtre de Québec.