La maison de couture de Elie Saab, surplombant la rue principale du quartier de Gemmayzé, était fréquentée par des stars libanaises ou étrangères.
La maison de couture de Elie Saab, surplombant la rue principale du quartier de Gemmayzé, était fréquentée par des stars libanaises ou étrangères.

Le célèbre couturier Elie Saab retrouve sa maison en ruines à Beyrouth

Susannah Walden
Agence France-Presse
BEYROUTH — Réduite en ruines, la maison de haute couture du styliste libanais, Elie Saab, est devenue l’une des images emblématiques de la destruction à Beyrouth de bâtisses traditionnelles par une explosion dévastatrice il y a deux semaines.

Le couturier, connu dans le monde entier, est le porte-drapeau de l’industrie de la mode au Liban, qui compte de nombreux noms reconnus à l’international.

Elie Saab a habillé la duchesse de Cambridge, Kate Middleton, parmi une longue liste de célébrités comme les actrices Halle Berry ou Helen Mirren, qui ont porté ses robes sur les tapis rouges.

Son élégante maison de couture, surplombant la rue principale du quartier de Gemmayzé, était fréquentée par des stars libanaises ou étrangères.

La maison, comme le quartier, a été complètement détruite par l’explosion le 4 août provoquée, selon les autorités, par un incendie dans un entrepôt du port où était stockée une énorme quantité de nitrate d’ammonium. La déflagration a défiguré des secteurs entiers de Beyrouth, tuant plus de 170 personnes et blessant 6500 autres.

«Grâce à Dieu, tout le monde va bien», lance M. Saab à ses équipes, en retournant pour la première fois depuis le drame dans sa maison. Le sol est encore jonché de verre et une table en marbre porte les stigmates de l’explosion.

La façade du bâtiment datant du début du XXe siècle a été éventrée, laissant à découvert l’intérieur de ce joyau de l’architecture traditionnelle libanaise, qui avait survécu aux ravages de la guerre civile (1975-1990).

«Pas de sang»

«Ce lieu respirait la vie», affirme à l’AFP Johnny Zeinoun, un assistant du couturier. «Le voir comme ça...», soupire-t-il, en observant les dégâts.

Très peu de monde se trouvait dans la maison le 4 août et personne n’a été blessé, raconte M. Zeinoun, en montrant une vidéo du hall principal après la déflagration.

Des débris, dont le verre brisé des miroirs traditionnels damascènes incrustés de nacre, ont complètement recouvert le sol.

M. Saab a d’abord demandé si quelqu’un était blessé, se souvient M. Zeinoun. «Il a dit : “je ne veux pas entendre qu’il y a eu du sang”.»

Le grand couturier a acquis la maison en 2006 et l’a rénovée. Il a voulu préserver la beauté des maisons traditionnelles, avec leurs fenêtres en arc et hauts plafonds, déclare à l’AFP le journaliste de mode Ali Jaffal.

Des photos publiées dans le magazine de décoration Architectural Digest en 2009 montrent l’élégant hall principal, orné de colonnes en marbre et de triptyques de fenêtres, réchauffé par des chandeliers de style ottoman.

Aujourd’hui, les colonnes sont brisées, à terre, les fenêtres et le balcon détruits et l’un des chandeliers n’est plus qu’un amoncellement de verre suspendu à un enchevêtrement de fils.

De l’autre côté de la rue, les maisons sont également éventrées.

Les quartiers les plus touchés abritaient une importante concentration de galeries d’art et de boutiques, ainsi que des bars et restaurants branchés.

La déflagration a porté un coup très dur au secteur créatif, déjà très affecté par la pire crise économique qu’ait connue le Liban.

«En un instant»

M. Saab n’était pas le seul grand nom de la mode au Liban à posséder une boutique ou une maison près du port.

La boutique principale de Zuhair Murad se trouve à quelques mètres seulement du port. Des images partagées par le styliste sur les réseaux sociaux montrent des débris sortants des vitrines autrefois étincelantes, aujourd’hui brisées.

«Les efforts de plusieurs années sont partis en fumée en un instant», a-t-il écrit. Toute son équipe a quitté les bureaux peu avant la déflagration, en voyant une première fumée s’élever du port. Le styliste s’est dit «extrêmement reconnaissant que [son équipe] soit en sécurité».

Dans la rue d’Elie Saab se trouve l’atelier de Rabih Kayrouz, qui a habillé Céline Dion ou encore Jada Pinkett Smith, installé dans le palais Dagher datant du XIXe siècle.

M. Kayrouz a publié sur Instagram des photos des tuiles arrachées du toit du palais. «Nous laissons cette belle dame se remettre» du drame, a-t-il écrit. «Nous serons de retour rapidement.»

Malgré les dégâts, la pandémie de nouveau coronavirus et la crise économique, M. Saab veut reconstruire, indique M. Zeinoun. «Nous pouvons recommencer», lui a dit le styliste.