Jay Manek et Karl-Emmanuel Picard de l’Anti

Le bar-spectacles l'Anti fête ses trois ans

L’Anti Bar et spectacles attire les amateurs de musique underground et d’happening inusités depuis maintenant trois ans. La petite salle de 175 places de la rue Dorchester célèbre avec L’Antiversaire, un mini-festival, de mercredi à samedi.

L’homme d’affaires Jay Manek (Exo) et le producteur Karl-Emmanuel Picard (District 7 Productions) ont développé une recette qui séduit de plus en plus de musiciens : une mini-salle où le public est très près de la scène, un accueil attentionné, une sélection de bières variée et la possibilité de faire des spectacles impromptus, en fin de soirée, hors des paramètres habituels des tournées. 

«On les accueille, on leur montre l’endroit, on prend des photos. Les bands aiment que les propriétaires soient là, à une époque où beaucoup d’artistes déplorent qu’ils font des concerts dans des salles où on leur a laissé un chèque dans une enveloppe», expose Karl-Emmanuel Picard. 

Il évoque le CBGB, à New York, une salle mythique où plusieurs spectacles mémorables ont permis à de grands noms de faire leurs premières armes. «J’aimerais que dans 20 ans, nos enfants puissent se dire que des shows mémorables ont eu lieu ici», note le producteur. 

Parmi les moments mémorables, le tandem évoque le passage de Mix Master Mike, le DJ des Beastie Boys, après le spectacle de Metallica, en juillet 2017. En mai 2016, le DJ de Justin Bieber et la troupe de danseurs qui accompagnent la vedette pop en tournée avaient transformé l’Anti en plancher de danse après leur prestation au centre Vidéotron.

Win Butler, le chanteur d’Arcade Fire, a aussi été derrière les platines de l’Anti en septembre 2016. «Il m’a envoyé un texto pour avoir l’adresse, il est arrivé, s’est installé sur scène, a jasé avec le monde, a fait son set, a même chanté des bouts de chansons d’Arcade Fire», raconte Picard. «Il y avait 60 personnes et je ne crois pas que les gens avaient conscience de ce qui était en train de se passer», ajoute Manek. 

«Pour moi, c’est surréel de créer des soirées comme ça, mais c’est aussi surréel d’avoir parfois de la misère à vendre des billets», souligne Karl-Emmanuel Picard. Pour tirer son épingle du jeu, l’Anti programme de gros noms en décembre (comme Grimskunk l’an dernier) et en juillet (en partenariat avec le Festival d’été), les deux mois habituellement plus creux pour faire des affaires. 

Parmi leurs prochaines prises, il y a notamment Wanda Jackson, qu’on avait vu au FEQ en 2011. La reine du rockabilly a choisi l’Anti pour son retour dans la capitale le 30 septembre, une décision dont le duo Picard-Manek n’est pas peu fier. «Pour nous, ça prouve qu’on a réussi à créer quelque chose en trois ans.»

Chaque rencontre est une collaboration en devenir. «Le guitariste des Foo Fighters fait des shows dans les petits bars à chaque day off pendant les tournées du groupe, c’est sûr que l’an prochain, je vais tenter d’exploiter ça», note Picard. Le passage du groupe PUP à l’Anti, en formule Pop-up pendant le Festival d’été de Québec, leur a par exemple permis d’échanger quelques mots avec le gérant d’Alexisonfire. «Le band a joué devant un Pigeonnier [Parc de la francophonie] plein le lendemain, mais ils ont adoré leur passage ici, ils nous ont dit qu’ils voudraient revenir», indique Manek. Comme ils rempliront la salle sans peine, ils pourraient même revenir deux soirs, comme ce fut le cas pour Madball et Adhesive. «J’ai pu vraiment créer des liens avec eux, ils ont pu aller visiter, découvrir la ville, faire des activités. C’est un bon plus-value, parce que d’habitude, en tournée, ils n’ont pas le temps de souffler», indique Picard.

Win Butler à l'Anti en 2016

Les deux associés ont fréquenté un bon nombre de salles à travers le monde et ont appris à identifier ce qui leur plaît. Avoir le «choix» entre de la Molson et de la Molson Ex, très peu pour eux. Il y a donc du roulement sur l’ardoise. «On n’a aucune entente d’exclusivité avec aucun brasseur. Il y a de la bière sans gluten, on  a huit variétés de bières sans alcool, alors que quand on va dans les grandes salles de Québec, souvent il n’y en a qu’une. On a eu les bières de Motörhead, Megadeth, Mute», rappelle Picard. 

La rue Dorchester

Depuis la vente éclair de l’AgitéE et la renaissance de l’Anti, qui s’est faite en trois semaines, les deux propriétaires ont à cœur de faire revivre la rue Dorchester, où encore beaucoup de locaux sont à louer. 

«Au début on avait des problèmes avec le voisinage, il y avait beaucoup de plaintes pour le bruit. J’ai décidé de ramasser les déchets dans la rue, de faire des bacs à fleurs, toute l’équipe s’est impliquée dans la communauté. Maintenant, la police ne vient presque plus, il n’y a plus de plaintes», raconte Picard. 

L’Anti a développé un partenariat avec Chez Gaston, sur la même rue, où les groupes peuvent se restaurer avant les spectacles. Le casse-croûte vient servir de la poutine et des hot-dogs sur la terrasse de l’Anti pendant le FEQ. «On a su que de jeunes entrepreneurs allaient probablement ouvrir un restaurant en septembre dans l’immeuble voisin. Ça veut dire qu’ils trouvent que le secteur est intéressant», croit le duo.

Outre la programmation de spectacles et la vente de billets, Picard et Manek doivent se dépatouiller avec la réglementation municipale et la réfection de leur immeuble. L’affichage dans les fenêtres, notamment, est un éternel cas de litige. «C’est sur le point de se régler», espère Picard. «Chose certaine, on apprend!»

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AU MENU DE L'ANTIVERSAIRE

Pour célébrer ses trois ans, l’Anti présente :

• Dennis Jagard (Ten Foot Pole), The Options et The Carringtons le mercredi 8 août

• Orloge Simard et Tiger Tea Club le jeudi 9 (complet)

• Cancer Bats, Oldest Memories, Gaz et Bhatt le vendredi 10

• A Wilhelm Scream, Our Darkest Days, Persistence et Hitch and Go le samedi 11 

D’autres spectacles à venir sur lepointdevente.com et www.facebook.com/Antibarspectacles