«Le 12 août, j’achète un livre québécois» célèbre cette année sa 6e édition.
«Le 12 août, j’achète un livre québécois» célèbre cette année sa 6e édition.

«Le 12 août, j’achète un livre québécois»: une journée folle pour les librairies indépendantes [VIDÉO]

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
«C’est Noël!» Alors que le Québec assiste à des matchs de hockey des séries éliminatoires, les libraires, eux, vivent un 23 décembre à la mi-août. Les librairies indépendantes de Québec et de Lévis ont vu leurs ventes exploser dès la matinée grâce à l’événement «le 12 août, j’achète un livre québécois», des chiffres qui, malgré tout, dépassent ceux des années précédentes.

Pandémie ou non, «un 12 août, c’est un 12 août», affirme Ghislain Chouinard, fondateur de la librairie Chouinard à Saint-Romuald. Avec un stationnement rempli en tout temps et un «roulement incessant» en boutique, M. Chouinard est presque certain d’atteindre une augmentation de 25 % de ses ventes par rapport au 12 août 2019. À 15h30, il comptait déjà une augmentation de 15 %.

Sur la rive nord, le constat est le même : Christophe Gagnon-Lavoie, copropriétaire de la Librairie du Quartier estime faire trois à quatre fois ses ventes de l’année dernière. Même à la librairie Pantoute, où l’on sent que la journée est un peu plus tranquille que celle du 12 août 2019, les ventes du jour se classeront certainement parmi les meilleures du mois d’août, assure Benoît Vanbeselaere, responsable des communications pour Pantoute.

Il faut dire qu’avec la COVID-19, plusieurs librairies comme le Pantoute ou la Librairie du Quartier ont décidé de ne pas organiser d’activité spéciale afin d’éviter les rassemblements et d’assurer le respect des règles de santé publique.

Les bras chargés de livres, plusieurs amoureux de la lecture «s’entassaient» tout en respectant la distanciation sociale, devant le rayon de littérature québécoise, chez Pantoute. «Ça se passe vraiment bien, malgré la COVID-19. On est vraiment content d’avoir une clientèle sensibilisée, qui fait attention aux mesures sanitaires. Les gens sont prudents et très patients malgré les files d’attente», remarque M. Vanbeselaere.

À la librairie Vaugeois, sur l’avenue Maguire, plusieurs clients ont d’ailleurs souligné à Marie-Hélène Vaugeois qu’ils passeraient le lendemain ou plus tard durant la semaine pour ne pas créer une trop grande affluence dans la petite librairie de quartier. La copropriétaire de la librairie Vaugeois remarque tout de même l’importance pour ses clients de commander le 12 août : «Je pensais que l’achalandage allait un peu plus s’échelonner sur la semaine. Or, nous avons beaucoup de commande en ligne. J’ai l’impression que les gens ne veulent peut-être pas venir en magasin, mais la signification de passer une commande le 12 août reste super importante», explique-t-elle. Pour la librairie de quartier, le 12 août 2020 est «le meilleur 12 août à vie» en terme de vente.

Selon Mme Vaugeois, les librairies ont vu, en moyenne, une augmentation de 1200 % de leurs commandes en ligne sur leslibraires.ca durant la pandémie. En ce 12 août, l’achalandage web est semblable à une journée du mois d’avril, raconte Mme Vaugeois. Alors qu’à la Librairie Chouinard les ventes en ligne du jour représentent le double de celles de l’année dernière, M. Vanbeselaere raconte que l’équipe web de Pantoute est passée de deux à dix personnes pour s’occuper des commandes en ligne depuis le mois de mars.

Un événement important

Selon les libraires rencontrés, «le 12 août, j’achète un livre québécois» a un impact majeur sur les librairies, mais aussi sur tous les acteurs qui écrivent, éditent ou impriment les livres québécois. «Le 12 août, c’est une journée de reconnaissance envers nos créateurs québécois. C’est un moment durant lequel on s’arrête pour leur dire merci», souligne M. Chouinard.

Selon le diplômé en lettres de l’Université Laval, l’événement annuel a mis en lumière, au cours des dernières années, nos essayistes québécois qui produisent de plus en plus des œuvres littéraires «fouillées et extrêmement bien documentée».

Les coups de cœur du 12 août de nos libraires

Plus particulièrement cette année, M. Chouinard souligne que plusieurs autrices québécoises se démarquent auprès de sa clientèle et dans son cœur. Parmi celles-ci, on retrouve notamment Chrystine Brouillet avec Chambre 1002, maintenant en format poche, Dominique Fortier ainsi que Christine Eddie.

Sophie Létourneau, avec son nouveau roman, Chasse à l’homme, s’élève, quant à elle, parmi les coups de cœur de Mme Vaugeois et de M. Vanbeselaere.

Dans son top 3 100 % féminin, Mme Vaugeois, touchée par les récents événements au Liban, ajoute Le dernier des snoreaux d’Abla Farhoud. La libraire conclut finalement par son coup de cœur de 2019 et de 2020 : Habiller le cœur de Michelle Plomer qui y raconte «l’histoire de sa mère qui a travaillé pour la DPJ dans le Grand Nord canadien».

M. Vanbeselaere place quant à lui en haut de sa liste La trajectoire des confettis, le tout premier roman de Marie-Ève Thuot qui a d’ailleurs gagné le prix des libraires de cette année. Grâce à son histoire riche et complexe, M. Vanbeselaere qualifie ces 600 pages de bonheur pur. Ténèbre de Paul Kawczak, avec l’intensité de son histoire qui se déroule durant l’époque coloniale belge au Congo, clôt le top 3 du responsable en communications, amoureux des livres et de la littérature québécoise.

Saviez-vous que…

«Le 12 août, j’achète un livre québécois» célèbre cette année sa 6e édition. Fondé en 2014, par deux auteurs québécois, l’événement prend place le 12 août puisque c’est à cette date qu’un des deux fondateurs aurait signé son tout premier contrat chez son éditeur, raconte Mme Vaugeois.