Philippe B

Le 10e Festif!: des berceuses à l'aube avant les adieux

Baie-Saint-Paul — Pour nous, le 10e Festif! s’est terminé avec le concert à l’aube de Philippe B, devant les montagnes dans les lueurs du matin. Nous avons dû passer outre au spectacle des Hay Babies et le copieux brunch à la marina, en nous disant déjà qu’il faudra se reprendre une autre année.

Quel beau festival, animé, sympathique, éclectique et plein de surprises, où l’on peut arrimer plaisirs musicaux et plaisirs bucoliques. On en revient la tête chargée de souvenirs de concerts, de superbes paysages, de conversations spontanées dans les moments d’attente (et de moments plus glauques avec les couche-tard) avec les jambes un peu endolories, quelques coups de soleil et la fatigue heureuse de la guerrière.

Notre dernière séquence de fin de soirée a commencé avec la prestation de Teke Teke, au garage du curé. La foule était plus nombreuse qu’à l’habitude devant la petite scène extérieure pour voir ce groupe hors du commun, qui donne dans le rock surf psychédélique en conviant des instruments traditionnels japonais. Surpris de se faire demander un rappel, et ayant épuisé son matériel, la bande formée depuis moins d’un an s’est lancée dans une improvisation pour prolonger le plaisir. 

Nous avons fait une autre belle découverte au sous-sol de l’église (où le vrai curé de Baie-Saint-Paul se fait saluer à l’arrière de la salle, d’où il observe les spectacles) : Choses Sauvages, qu’on n’avait pas pu attraper au Festival d’été. Leur funk punk super énergique, avec des moments planants, donne envie de danser, mais comporte des variations assez étonnantes, qui maintiennent l’intérêt des auditeurs plus statiques.

Tout de contraire de Ryan Playground, qui animait les tours d’autobus festif de 1h30 et de 2h en mixant les rythmes technos répétitifs, sans dire un mot derrière sa console. Ceux qui se cherchaient un plancher de danse mouvant et sautillant, allant même jusqu’à s’accrocher aux structures intérieures de l’autobus pour faire du body surfing, y ont trouvé leur compte, mais en étant plus à jeun que la moyenne des ours, on avait plutôt hâte que ça se termine. L’expérience aurait probablement été tout autre avec Sarahmée ou Robert Nelson, qui ont livré des prestations généreuses, au milieu des spectateurs, dans les autres autobus festifs de la fin de semaine. Le concept, pour lequel les billets gratuits s’envolent en quelques minutes dès qu’ils sont annoncés, fonctionne toujours bien et est devenu l’une des signatures du Festif!

En revanche, les Imprévisibles, qui se voulaient au départ être des prestations intimes et impromptues, sont devenus des concerts très courus, notamment parce qu’ils mettent parfois en vedette des artistes qui ne jouent pas dans la programmation officielle du festival, comme Kevin Parent cette année. Clément Turgeon, le directeur général du Festif!, pense déjà à des moyens d’ajuster la formule. Peut-être que le bouche à oreille, plutôt que les notifications sur l’application du Festif!, permettrait par exemple de réduire les foules et de retrouver le caractère privilégié de ces rendez-vous.

Entre Bernard Adamus difficile à voir sur le bitume de la rue Ménard; Marjo, Sarahmée et Dumas qui ont livré deux ou trois chansons chacun sur le toit d’une voiture sur la rue Saint-Jean-Baptiste et KNLO sur un balcon dans une rue à l’ombre, on a — de loin — préféré la prestation généreuse et mouvante de KNLO.

Philippe B

Philippe B et les poules

Avant Philippe B à 4h45, une sieste s’imposait. Dans la file, le long du chemin de fer, derrière l’hôtel Germain, on s’apercevait toutefois assez rapidement que certains avaient plutôt décidé de poursuivre les célébrations éthyliques jusqu’à l’aube. Un étrange mélange de fêtards et de lève-tôt s’est blotti sur de gros coussins, des bâcles et des bancs devant Philippe B, au milieu de la fermette.

L’auteur-compositeur-interprète a livré un tour de chant mêlant poésie et humour. Juste à côté, les poules jouaient les choristes, en lançant des cris qui les faisaient paraître hilares. Philippe B s’en est bien amusé. Il avait pris soin de sélectionner ses chansons pour épouser le contexte particulier, entre la nuit et le jour, le sommeil et l’éveil. Nous vivions un moment intime au milieu du paysage immense du cratère charlevoisien.

Le nouveau papa — «ça fait cinq mois que ma job à temps plein, c’est d’endormir quelqu’un, alors ne vous gêner pas pour piquer un somme», a-t-il lancé, moqueur — était venu en famille pour loger à la ferme et livrer cette prestation particulière. Ses chansons nous ont bercés à merveille pendant que le soleil se levait. 

Ce moment de grâce nous a fait repenser à celui offert par Alexandra Stréliski, la première nuit au Jardin de François. Le Festif! peut être fou et délirant, mais il peut aussi être doux.

On se demande déjà ce que nous réservent les prochains festivals. La liste de souhaits de Clément Turgeon comporte, du côté québécois, Malajube, Karkwa, Richard Desjardins et Jean Leloup (qu’il a d’ailleurs failli avoir cette année). On peut déjà parier que les spectacles de la nouvelle scène flottante deviendront un classique. Pour le reste, il faudra attendre du 23 au 26 juillet 2020.