Suzanne Clément fait partie de la distribution du film choral Le sens de la fête d’Olivier Nakache et Éric Toledano.

L'aventure française de Suzanne Clément

Suzanne Clément venait tout juste de terminer le tournage de Jeu avec Bérénice Bejo lorsqu’on a joint la talentueuse actrice québécoise par téléphone à Paris. Sa carrière n’est plus en ascension, elle a atteint des hauteurs stratosphériques. De plus en plus en confiance et «assez choyée» de jouer avec de grands acteurs — la liste serait trop longue —, la femme de 48 ans a bien voulu discuter avec Le Soleil du défi d’une vie: faire partie du gotha des artistes qui comptent dans le cinéma français.

Q La dernière fois qu’on s’est parlé, il y a un an et demi, tu tournais beaucoup. Le rythme n’a pas particulièrement ralenti…

R Ben oui, ce sont de super belles années. Ça va dans toutes sortes de directions, de textures de jeu, de motifs de personnages et de types de projet. Je me régale.

Q Justement, comment choisir parmi toutes ces propositions: au pif, au goût?

Je ne prends pas tout ce qui passe. Un moment, j’ai beaucoup attendu, mais il a fallu plonger. J’avais besoin de prouver que j’étais capable d’improviser avec un accent français. C’est vraiment une autre langue, en quelque sorte. Comme j’ai un petit côté perfectionniste… J’avais besoin d’en faire. Mais c’était de beaux projets. Des fois, on a besoin de plus travailler. Ça fait du bien.

Q Qu’est-ce qui te fait courir alors?

R Je ne sais pas (rires). L’orgasme total (rires)? C’est un peu la maîtrise d’avoir à changer de langue. Au-delà de ça, il y a un exotisme à travailler ailleurs, même s’il y a plein de beaux projets au Québec. Je pense que j’ai cet appétit qui m’habite. Étonnamment, il y a vraiment un choc culturel quand on décide de vivre en partie en France. Il y a plein de petites choses, notamment dans la façon de gérer les rapports humains et professionnels. C’est complexe à expliquer. Mais ça fait partie de ce qui m’excite aussi dans tout ce que je fais. Et la façon d’envisager le cinéma, d’aborder les rôles, la façon de jouer… C’est aussi ce que les gens aiment de moi. J’ai une façon un peu différente d’aborder le jeu. C’est comme baigner dans des eaux différentes, où il y a beaucoup de non-dits.

Q Tu as eu la chance de jouer des rôles principaux dans plusieurs films avec de grosses pointures comme Albert Dupontel, Bouli Lanners, Emmanuelle Devos, Benoit Poelvoorde, ce n’est pas trop étourdissant?

Non. Je vis bien avec ça.

Q Plus récemment, tu as fait partie de la distribution du Sens de la fête d’Olivier Nakache et Éric Toledano (Intouchables), mais dans un rôle plus secondaire. Qu’est-ce qui t’a fait accepter de participer à ce projet?

C’était difficile de dire non. Même si je faisais en même temps [la série télé] Versailles et Le rire de ma mère, un film très important pour moi. J’ai hésité. Les réalisateurs aussi. Comme c’est un film choral, tout le monde est là presque tout le temps. Mais on a eu un coup de cœur mutuel. [Je l’ai fait] aussi pour rencontrer [Jean-Pierre] Bacri, travailler avec tout le monde. Ce n’était pas un exercice facile. Je n’aime pas l’attente et il y en a eu pas mal [sur le plateau].

Q Jean-Pierre Bacri, immense scénariste (quatre Césars) et acteur dans une catégorie à part, a aussi sa réputation de grognon. Est-ce que ça s’est bien passé?

Ça s’est fait super naturellement. Il est très charmant, adorable… Après, on a discuté du cliché de la maîtresse [qu’elle interprète]. Jean-Pierre voulait tweaker ça un peu, mais ce n’était pas dans les priorités des réalisateurs. Le rôle n’a pas beaucoup changé. On s’attendait là-dessus et le courant passait. C’était beau de le voir travailler. Je pense qu’il était heureux dans ce rôle.


« Un moment, j’ai beaucoup attendu, mais il a fallu plonger. J’avais besoin de prouver que j’étais capable d’improviser avec un accent français. C’est vraiment une autre langue, en quelque sorte. »
Suzanne Clément

Q Tu as moins joué dans des comédies ces dernières années, est-ce qu’un rôle plus léger était plaisant?

Oui, oui. Ça me plaisait. Il y a même des trucs qu’ils ont coupés parce qu’il y avait beaucoup de personnages, avec un brin de folie de plus. 

Q Et Le jeu de Fred Cavayé?

Ça a été un bonheur total, un régal. […] Pour le coup d’être en huis clos, toujours en scène [pendant les sept semaines de tournage] même si la caméra n’est pas sur toi, tu es en lien avec les autres acteurs, toujours en train de leur donner ton regard ou ton non-regard, ton jeu quoi, ça m’a remplie complètement.

Q Ces rôles de personnage plus matures sont en continuité avec ceux qu’on t’offre ces dernières années. Et tu peux continuer à tourner beaucoup. Est-ce qu’il y a une différence avec ce qu’on pourrait t’offrir au Québec, dans une tranche d’âge qu’on voit moins à l’écran?

J’ai quand même eu des propositions intéressantes au Québec, mais j’ai choisi des projets ici. Parce que mon désir était plus là. Après, il faut savoir dire non parce qu’on est partout. Je suis très choyée. Je commence à me détendre avec l’accent. Tout ça fait partie du défi d’aller à la rencontre de ce pays, de ces aventures de tournage. Chaque fois, c’est une expérience à de multiples niveaux, autant comme personnage que comme actrice qui fait que je dois sortir de ma zone de confort. C’est ce qui fait, je crois, que je suis encore ici. Bien sûr, le pays me manque. Le beau confort, la douceur de ce que j’avais avant. Mais je pense que cette quête fait aussi partie de mon ADN.

Q Avec tout ça, où est-ce que Suzanne Clément se voit dans cinq ans?

R Oh! Je ne pense pas comme ça (rires). Mais il y a des choses que je sais que je veux réaliser et que j’espère que j’aurai accomplies d’ici là.

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CES FILMS QU'ON AIMERAIT VOIR

Seule une petite quantité des films tournés en France sont présentés sur grand écran au Québec. Au rythme où elle tourne, il y a forcément des longs métrages de Suzanne Clément qui sont inédits ici, comme Les premiers, les derniers (2016) de et avec Bouli Lanners et Albert Dupontel. 

L’actrice québécoise espère beaucoup que Numéro une, de Tonie Marshall (Vénus beauté) sera distribué au Québec, parce que «je ne joue pas dans l’affect. Il y a un aspect féministe». Appelée pour un remplacement à une semaine du début du tournage, «ça a été une belle surprise que je ne pouvais pas refuser». Elle ne tarit pas d’éloges sur sa partenaire de jeu, Emmanuelle Devos (Sur mes lèvres). 

Le rire de ma mère de Colombe Savignac et Pascal Ralite lui tient aussi particulièrement à cœur. Suzanne Clément y joue le rôle d’une mère en phase terminale qui continue à boire et à fumer malgré tout. Et on ne parle pas des séries télés comme Versailles ou La forêt (où elle joue une gendarme!). 

Heureusement pour le cinéphile avide de sa production, une «petite pause» est à son horaire «pour attirer ce que j’ai vraiment le goût de faire». 

Le sens de la fête prend l’affiche le 15 décembre.