«L’apothéose de Christophe Colomb de Napoléon Bourassa», salle Imaginer.

L’art ancien ancré au présent au MNBAQ

La réouverture du pavillon Gérard-Morriset, consacré à l’art ancien, amène un vent de renouveau sur le Musée national des beaux-arts du Québec. En proposant une scénographie ingénieuse et des parcours intuitifs, en révélant l’envers du décor et l’importance du travail de restauration, l’institution a repensé sa manière d’aborder l’histoire de l’art.

Finis les parcours chronologiques et l’approche didactique. L’institution muséale ne souhaite plus prétendre être l’unique détentrice du savoir, mais plutôt ouvrir le dialogue et engendrer des discussions sur notre histoire et sur l’art. «Nous voulions avoir une approche plus inclusive. Ça nous a obligé à avoir une grande réflexion sur notre collection, qui n’est pas nécessairement représentative de la société dans laquelle on vit en 2018», indique d’entrée de jeu Anne-Marie Bouchard, commissaire de l’exposition 350 ans de pratiques artistiques au Québec.

À l’issue d’un grand chantier qui aura duré quatre ans, l’équipe du musée a organisé ce redéploiement des collections autour de cinq verbes; Croire, Devenir, Imaginer, Ressentir et Revendiquer. Les visiteurs ont ainsi accès à 700 œuvres, dont 400 jamais montrées et une cinquantaine qui ont été restaurées.

Dans la salle Croire, les designers Jean Hazel et Marie-France Grondin ont imaginé des présentoirs qui rappellent les colonnes et les clochers. On y voit les pièces dorées dans toute leur splendeur, mais aussi l’envers des œuvres, beaucoup plus brut.

La salle Ressentir

Le but avoué du MNBAQ est de s’inscrire dans un mouvement mondial de «musée transparent». Les objets, tout comme les idées, ont leur face cachée, liées à des enjeux dont il faut discuter, comme la conservation du patrimoine religieux (à travers un maître-autel restauré, dont la dorure n’est pas terminée) ou la glorification de John A. MacDonald dans une toile monumentale et inachevée de Napoléon Bourassa.

Les textes ont quitté les murs pour laisser toute la place aux œuvres et ont été rassemblés dans un magazine grand format, qui permet d’approfondir les questions plus complexes.

Face à Croire, on trouve la salle Devenir, où une collection de portraits peints donnent l’impression d’être rassemblés sur les bancs d’église, ou encore de discuter joyeusement sur le parvis. Placés dos à dos sur des panneaux transparents, les portraits représentent «le réseau social du Bas-Canada», un clin d’œil aux réseaux sociaux comme Facebook. Les jambes des visiteurs donnent l’impression de prolonger les portraits, ce qui crée un intéressant effet ludique. 

La salle Croire

Imaginer nous permet d’entrer dans l’atelier de Napoléon Bourassa, puis dans un grandiose espace qui rappelle à la fois le Parlement et le tapis rouge hollywoodien. Entre deux toiles géantes où les hommes dominent (Jacques Cartier rencontre les Indiens à Stadaconé de Suzor-Côté et L’assemblée des six comtés de Charles Alexander), une table numérique permet de consulter les journaux de trois femmes patriotes. Donner une image à l’histoire est un ambition démesurée (et risquée) à l’heure où celle-ci semble devoir être réécrite.

Les paysages sont mis en valeur dans la salle Ressentir, qui inclut également des photographies (une première dans une salle permanente consacrée à l’art ancien et moderne) qui devront être présentées en rotation. «La solution la plus simple pour respecter la luminosité des œuvres et de rendre la salle lisible pour tous les publics, enfants, touristes, etc., était de regrouper les paysages par saison», indique la commissaire.

Au fond de chaque salle, une alcôve permet de mettre en exergue une collection ou un angle inédit de la thématique abordée. Ici, Anne-Marie Bouchard y a mis en évidence l’omniprésence des femmes comme sujets dans la collection, alors que celles-ci y sont sous-représentées parmi les artistes.

On accède à Revendiquer, la dernière salle, en traversant un nouvel espace qui s’ouvre sur les Plaines et laisse entrer la lumière naturelle, un beau prolongement de l’effet du pavillon Lassonde. Y sont rassemblées de manière intuitive et dynamique des œuvres du XXe siècle, ce qui permet de faire une synthèse des autres salles et de se laisser appeler par les œuvres qui nous attirent, plutôt que de suivre un trajet dicté d’avance. 

Info: mnbaq.org

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L’HIVER ET L'IDENTITÉ, TOUT EN NUANCES

Une œuvre de l’exposition «Mirage blanc»

Dans la foulée du redéploiement des collections et de la réouverture du pavillon Gérard-Morisset, le rez-de-chaussée accueille deux expositions temporaires mises sur pied par la commissaire Maude Lévesque.

Mirage blanc décline en mille nuances de blanc, à travers des œuvres contemporaines et anciennes, notre saison emblématique. Le titre est aussi celui d’une œuvre de Micheline Beauchemin, une cape scintillante comme la neige.

Simulé dans des décors pour des portraits en studio (et en fourrure de pied en cap), poétisé dans une sculpture de verre de François Houdé, morcelé en bouts de banquise à la dérive par Pascal Grandmaison (Desperate Island), l’hiver nous fait réfléchir et rêver.

D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?, titré d’après un triptyque ocre de Jean McEwen, pointe des inquiétudes liées à notre identité stratifiée à travers une quarantaine d’acquisitions récentes. It’s difficult to say d’Andrew Dutkewych, un grand personnage de bronze qui marche à quatre pattes sur des assiettes de porcelaine, représente bien comment on peut se sentir, aujourd’hui, devant les questions identitaires. Les sculptures de cheveux synthétiques et de goudron de l’artiste algonquine Caroline Monnet et le bâton de baseball perlé taché par un Canada rouge vif de Michael Patten évoquent, avec force, les blessures des peuples autochtones.

À travers des images d’hommes masqués, Locum Sanctum, de Dominique Blain, nous invite à réfléchir à la montée de la droite et au climat de peur qui modifie nos perceptions. «On voit vraiment un recrudescence de l’art engagé ces dernières années», note la commissaire.

La première expo est présentée jusqu’au 12 mai 2019 et la seconde jusqu’en novembre 2019.  

Au fond, «Locus Sanctum» de Dominique Blain