Par amour pour les albums concept, le bassiste Carl Mayotte, le batteur Olivier Bussières et le guitariste Sylvain St-Onge ont bâti leur album de jazz progressif autour d’une trame narrative digne d’un film de Roland Emmerich.

L'apocalypse sur fond jazz de Nouvelle R

Un groupe de scientifiques découvre un nouvel organisme microbien, qui a le potentiel d’anéantir l’espèce humaine. Et si c’était la Terre, elle-même, qui avait décidé de se débarrasser de l’Homme? De précipiter sa dégénérescence et son extinction?

Le scénario est digne d’un fim de Roland Emmerich, et pourtant, c’est plutôt celui… d’un album de jazz progressif. Le jeune groupe de Québec Nouvelle R a bâti son nouvel album, Sénescence, autour de cette trame narrative. Par amour pour les albums concept, mais aussi pour ancrer la musique instrumentale à travers une histoire. «Avoir des images à se mettre en tête quand on écoute la musique, on dirait que ça sécurise les gens. Ça permet de se concentrer sur l’impact émotionnel de la musique», explique Sylvain St-Onge, guitariste du groupe. «Il y a une certaine partie du public pour qui se rattacher à quelque chose de connu est utile, surtout que, parfois, on va dans quelque chose de plus complexe», poursuit-il.

Repousser les limites
Ses deux acolytes (Carl Mayotte à la basse électrique et Olivier Bussières à la batterie et aux percussions) et lui se sont d’ailleurs lancés dans le projet de Nouvelle R il y a deux ans, en 2015, avec l’intention de complexifier leur musique. «Notre but au début était d’essayer de repousser nos limites, de faire des choses qu’on n’était pas à l’aise de faire», explique le guitariste. Jouer avec les métriques, chercher de nouvelles sonorités à leurs instruments… «C’est difficile de pousser les paramètres plus loin, mais de rester accessible, de garder quelque chose qui accroche l’auditeur. Ce qu’on a trouvé, c’est de ne jamais pousser tous les paramètres en même temps. Il y a encore des mélodies chantantes même si c’est sur des rythmiques complexes, ou des rythmiques plus simples si les mélodies sont complexes», donne-t-il en exemple.

Parce qu’au final, les musiciens, tous âgés dans la mi-vingtaine, veulent trouver l’oreille du public. Une tâche qui n’est pas mince dans l’univers musical actuel. Comme jeunes musiciens, les trois membres ont chacun leurs projets parallèles avec d’autres groupes. «On n’a pas le choix de faire beaucoup de projets et beaucoup de styles de musique, ce qui n’est pas nécessairement évident pour les musiciens. […] Être dans l’émergence, c’est assez facile, mais avant d’être vraiment connus, il y a une très grosse zone grise à traverser avec peu de résultats sur le moment. Il faut se tenir actif et toucher à tout», résume Sylvain St-Onge.

N’empêche, le projet de Nouvelle R sourit aux trois jeunes hommes, qui ont déjà roulé leur bosse pas mal avant de lancer ce premier album complet de matériel inédit, après le minialbum L’emporte-pièce en 2015. Ils ont notamment représenté le Canada au Festival de musique universitaire de Belfort, en France, l’an dernier. Ils ont aussi beaucoup joué aux quatre coins de la province, à Ottawa et au Nouveau-Brunswick.

Le rendez-vous est donné à Québec, le 29 mars, pour le lancement de Sénescence. «Aujourd’hui, on est tellement habitués d’écouter la musique sur shuffle, en faisant autre chose, qu’on l’entend plus qu’on l’écoute. C’est peut-être ça qui fait que c’est plus dur d’atteindre les gens. Le spectacle, c’est la clé pour vivre le moment», plaide Sylvain St-Onge. Plusieurs dates se profilent à l’horizon pour le groupe, notamment à Rimouski en mai, à Ottawa en juin et en juillet au Nouveau-Brunswick.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: lancement de l’album Sénescence

Qui: Nouvelle R

Où: District Saint-Joseph

Quand: 29 mars, 20h30

Billets: 10 $ à lepointdevente.com ou 15 $ à la porte