Claude Bégin dit avoir bossé beaucoup et avec rigueur sur Bleu nuit, la suite de son album pop Les magiciens, paru il y a trois ans.

L’ambitieux retour de Claude Bégin

Entre l’horaire chargé de son groupe Alaclair Ensemble et ses débuts au petit écran dans la série «Cheval-Serpent», Claude Bégin a trouvé «entre les branches» le temps de créer son deuxième album, «Bleu nuit», sur lequel il s’offre des collaborations avec Laurence Nerbonne et Marie-Mai, en plus de faire revivre momentanément le duo Accrophone.

«Je me suis demandé s’il fallait que je drop Alaclair», confie d’emblée le chanteur à propos du collectif hip-hop dont il est membre, triplement récompensé aux derniers galas de l’ADISQ. «Sur l’autre album, j’étais moins présent, ajoute-t-il. J’avais trop de stock dans mon projet solo. J’ai pensé laisser ça de côté… Mais il y a moyen de faire tout en même temps. Il ne faut juste pas se rendre malade. Disons que je suis passé proche...»

C’est un Claude Bégin à la mine sérieuse qui nous a rejoint en début de semaine dans un café du quartier Saint-Roch. Même si son côté décalé n’est jamais bien loin, il dit avoir bossé beaucoup et avec rigueur sur la suite de l’album pop Les magiciens, paru il y a trois ans.

«Pour le premier, je ne savais même pas ce que j’allais faire en solo, observe-t-il. Je n’avais aucune attente. Ç’a donné ça et c’est cool. Mais là, j’avais des attentes. Je suis parti dans une lignée d’orchestrations, dans de grosses tounes plus longues. Ç’a été vraiment plus complexe à faire que l’autre. Je n’ai pas eu de misère, mais ç’a été une charge de travail immense. Surtout que je fais tout tout seul.»

Créateur solitaire, Claude Bégin accole sur Bleu nuit son nom à quelques collaborateurs. Il y a d’abord son amoureuse, Clodelle Lemay, qui lui prête sa voix sur la pièce-titre, puis sa mère, Sylvie Morin, qui a vu une «démonstration technologique» du travail de son fiston en studio se transformer en duo endisqué.

Alors que Claude Bégin s’était promis depuis un moment de travailler avec Laurence Nerbonne, l’apport de Marie-Mai est arrivé plus par surprise. «Ça faisait un bout que je disais en blague que je ferais écouter du Marie-Mai à du monde de ma branche, du monde du rap», raconte Bégin. L’info s’est rendue aux oreilles de la chanteuse, qui lui a tendu une perche, précise Bégin.

Quant au retour d’Accrophone, le duo qu’il a fondé, ado, avec le rappeur Eman, on ne peut pas vraiment parler de retrouvailles, puisque les deux artistes se côtoient toujours au sein du groupe Alaclair Ensemble.

«Mais ça faisait presque 10 ans qu’on n’avait pas fait une toune d’Accrophone, précise Bégin. On avait presque peur de faire quelque chose juste les deux avec un concept, un sujet. Alaclair, ce n’est pas des sujets. C’est une expression, ce sont des trucs super abstraits. On a vraiment réussi à faire une toune d’Accrophone. On s’est dit que notre vieux crowd qui nous gosse depuis 10 ans, ils ont quelque chose à se mettre sous la dent.»

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UN HOMME ET SON CHEST

Qu’on se le tienne pour dit: «le chest de Claude est une marque de commerce Alaclair Ensemble», stipule le livret de l’album Bleu nuit. C’est qu’il a fait jaser, ledit torse, plus souvent qu’à son tour dénudé par son propriétaire, qui joue la carte du beau gosse avec un degré variable d’humour. 

«Beaucoup de gens me disent qu’ils ne savent pas quand je niaise», observe Claude Bégin, citant en exemple son projet de faire imprimer des t-shirts à l’effigie de son illustre chest

«Quelqu’un me disait: “man, je ne sais même pas si t’es sérieux dans cette démarche-là”, relate-t-il. Même moi, je ne sais pas si c’est drôle. C’est complètement grotesque. Il n’y a personne qui veut mettre ça. C’est comme quand on m’a dit: “veux-tu faire le clip [de la chanson Avant de disparaître] tout nu?” C’était drôle, mais il y a des gens qui ne l’ont pas trouvé drôle et qui ont pris ça comme si je disais: “moi, je me trouve tellement beau que je vais faire mon clip tout nu”. Les gens qui comprennent moins les choses me voient comme un esti de cave. Mais c’est pas grave…»


« Même moi, je ne sais pas si c’est drôle »
Claude Bégin, sur son projet de faire imprimer des t-shirts à l’effigie de son chest

Claude Bégin ne nie pas que toutes ces histoires sur son physique partent de blagues entre copains — sans doute de ceux qui l’exhortaient bruyamment à se dévêtir au lancement de son premier album — qui ont enflé avec sa notoriété. «Le chest, les affaires de “Claude est beau”, ça vient d’Alaclair…» laisse-t-il tomber. 

C’est le même genre d’humour aux frontières floues qui l’a poussé à emprunter son titre d’album aux films érotico-ringards que diffusait le réseau TQS à une certaine époque. 

«Mes amis sortaient des idées comme “Après la pluie, le beau Claude”, raconte-t-il. “Bleu nuit” faisait partie de la joke. En même temps, c’est court, c’est efficace. Et si tu parles à des Français, ils ne connaissent pas la référence. Et la nouvelle génération non plus.»

Claude Bégin reconnaît que de miser sur son physique «n’a pas nui» à sa carrière. C’est d’ailleurs ce qui l’a, de fil en aiguille, mené à faire ses débuts à la télévision, alors qu’il a interprété un danseur nu à ICI Radio-Canada Télé dans la série Cheval-Serpent

«Peut-être qu’à un moment donné, je vais juste me retirer de ça et devenir le plus laid possible pour vendre autre chose. En fin de compte, je veux juste faire de la musique. Le but n’est pas de scandaliser personne. Quoique là, il y a Cheval-Serpent qui s’est rajouté… Ça n’aide pas du tout si je veux me retirer de cet aspect-là!» convient-il en rigolant.