Une fois que le groupe Lakou Mizik a réussi à transmettre son énergie, la fête s’est installée à demeure, sans aucune baisse de régime.

Lakou Mizik au cœur du carnaval haïtien

CRITIQUE / L’espace d’une soirée, lundi, à Place d’Youville, les festivaliers ont été transportés à Port-au-Prince, en plein carnaval haïtien. Le formidable groupe Lakou Mizik a fait swinger la compagnie, dans un concert qui a passé à la vitesse de l’éclair.

Après le gros party de Five Alarm Funk (voir plus bas), la foule a éprouvé un peu de mal à souscrire à la proposition. Mais une fois que le chanteur Steeve Valcourt et ses six compagnons de scène ont réussi à transmettre leur énergie, la fête s’est installée à demeure, sans aucune baisse de régime.

Ça dansait, sautillait, gigotait, tapait des mains sur un méchant temps, seul, en couple ou en groupe, au rythme des sonorités traditionnelles de cette île des Antilles, dans un amalgame de rasin (racine) et de twoubadou.

Le leader de la formation, un as dans l’animation de foule, a mené le jeu de main de maître. Heureux de se retrouver en pays francophone, il en a profité pour enseigner quelques mots de créole aux spectateurs. Pour le reste, impossible de comprendre quoi que ce soit, mais qu’importe, on a eu une autre belle preuve que la musique est un langage universel.

Formé à la suite du tremblement de terre qui a ravagé Haïti en 2010, la bande de Lakou Mizik a aussi démontré brillamment qu’elle peut être aussi un formidable outil de résilience.

Pour la dernière chanson, le groupe a réservé toute une surprise en descendant jouer en plein milieu du parterre. Autour d’eux, que des spectateurs en liesse. Un moment magique.

Five Alarm Funk

La seconde partie de la soirée a été l’affaire de Five Alarm Funk, une formation qui a le don de mettre le feu. Le beau problème, c’est qu’ils ne peuvent pas l’éteindre. Les sept gars de Vancouver ont mis les festivaliers dans leur petite poche d’en arrière avec leur musique, énergique et festif, mélange de funk, évidemment, mais aussi de musique latino, de ska, de gypsy rock et même d’un peu de métal.

Guitares, basse, trompette, saxophone, conga et batterie, les instruments se sont déchaînés, en groupe ou en solo, pendant plus d’une heure, semant la bougeotte dans l’assistance. Le coloré joueur de conga Tom Towers, tout un personnage, s’est amusé à changer régulièrement de costume. Torse nu et affublé d’une jupe rouge en crinoline pour exécuter une danse indienne avec un tomahawk, déguisé en banane ou avec une tête de requin sur la tête, il ne semble rien avoir à son épreuve pour créer une ambiance loufoque.

On ne s’ennuie pas une seconde avec FAF. La foule a grandement apprécié. Que le funk (et le fun) soit avec eux pour longtemps.

Maya Kamaty

En provenance de l’île de la Réunion, la voix de Maya Kamaty a résonné avec puissance en début de soirée. La sympathique et énergique artiste de 34 ans a démontré l’étendue de son talent, enchaînant les chansons en créole et en maloya réunionnais. Faute de comprendre la teneur de ses textes, on a pu facilement se raccrocher à sa musique entraînante.

Humaniste dans l’âme, la jeune femme, d’une politesse exemplaire — «Bonsoir mesdames et messieurs de la société» — a expliqué que son coin de pays, «la terre du vivre ensemble», a vu arriver récemment par la mer de nombreux réfugiés sri-lankais. «On a tendance à oublier qu’un jour, on est aussi arrivés en bateau. Si on pouvait essayer, autant que faire se peut, de s’aider les uns les autres.»

Comment ne pas craquer en plus pour quelqu’un qui vous remercie, avec son joli accent, de «prêter vos oreilles»...