Dans la pièce de théâtre «Hate», Laetitia Dosch, nue, parle avec son cheval, monte sur son dos, brandit une épée, chante, danse, rappe et évoque les migrants, Harvey Weinstein, la cause animale, l’état du monde et sa propre vie, mélangeant douceur et radicalité.

Laetitia Dosch, à bride abattue

PARIS — Elle est l’une des actrices montantes du cinéma français. Bientôt à l’affiche de «Nos Batailles» avec Romain Duris, elle se met à nu pour un duo avec un cheval dans «Hate», son dernier spectacle. Inattendue, Laetitia Dosch est une comédienne singulière, à l’énergie brute.

Dans Hate, créé à Lausanne et qui se joue jusqu’à dimanche au Théâtre des Amandiers à Nanterre avant une tournée en France et en Suisse, l’actrice franco-suisse de 38 ans ose beaucoup.

Nue, elle parle avec son cheval — de façon parfois crue —, monte sur son dos, brandit une épée, chante, danse, rappe et évoque les migrants, Harvey Weinstein, la cause animale, l’état du monde et sa propre vie, mélangeant douceur et radicalité.

«Avec ce spectacle, je voulais parler des rapports qu’on a avec l’autre, que ce soit en général, avec la nature ou dans le couple. Qu’est-ce qui nous pousse à vouloir détruire, dominer?» explique à l’AFP cette rousse à la peau claire, qui se compare volontiers à Bernadette Laffont, pour sa «liberté», sa «singularité».

Au cinéma, elle s’est illustrée plutôt dans des rôles de jeunes femmes paumées, lunaires ou excentriques.

Dans La bataille de Solférino de Justine Triet, qui l’a fait connaître en 2013, elle incarnait une journaliste et mère de famille frôlant la crise de nerfs.

Dans Jeune femme de Léonor Seraille — Caméra d’or à Cannes, et pour lequel elle a été nommée au César du meilleur espoir cette année —, elle est Paula, une trentenaire à la dérive. Un film «crucial» pour celle qui dit avoir mis du temps à percer, car les réalisateurs «ne savaient pas où la caser».

«La fille drôle de service, on ne l’imaginait pas avec mon physique. Et la jeune première, on l’imaginait beaucoup plus douce. Heureusement que j’avais le théâtre et mes spectacles pour pouvoir me construire».

«Rêveuse un peu ourse»

Née en 1980, Laetitia Dosch s’est formée au cours Florent à Paris, puis au conservatoire de Lausanne en Suisse.

«Je ne pensais pas être actrice au départ», raconte-t-elle. «J’étais au collège privé catholique et j’ai découvert le théâtre là-bas. C’est l’endroit où je me sentais vivre. Le reste du temps, j’étais vraiment mutique», poursuit celle qui se définit dans la vie comme «une rêveuse un peu ourse», qui «aime bien faire de l’humour».

L’actrice débute sa carrière au théâtre, notamment dans Mesure pour Mesure avec Eric Ruf, dans la danse avec Marco Berrettini et dans des courts métrages, avant son premier long métrage Complices de Frédéric Mermoud.


« La fille drôle de service, on ne l’imaginait pas avec mon physique. Et la jeune première, on l’imaginait beaucoup plus douce. Heureusement que j’avais le théâtre et mes spectacles pour pouvoir me construire »
Laetitia Dosch

Puis elle alterne cinéma (La Belle saison, Les Malheurs de Sophie...), et spectacles décalés — Laetitia fait péter... et Un Album sur l’humoriste Zouc — avant Gaspard va au mariage d’Anthony Cordier et Jeune femme.

Dans Nos Batailles de Guillaume Senez, en salles le 10 octobre, elle campe «une sœur hyper aimante». Un nouveau rôle de fille en galère qui plaît à l’actrice «parce que c’est des personnages souvent très libres».

Pour la réalisatrice Justine Triet, Laetitia Dosch «est une actrice qu’on a cataloguée à un moment donné, alors que je pense qu’elle peut jouer beaucoup de choses.»

Pour Guillaume Senez aussi : «C’est quelqu’un qui aime prendre des risques, travailler autrement».

Celle qui dit admirer Meryl Streep, Romy Schneider ou Ronit Elkabetz, «des femmes puissantes, fortes», préférerait qu’on «la voie comme ça plutôt que comme une espèce de fantaisiste un peu délurée».

«On commence à me donner des rôles de gens qui ont un travail», s’amuse la comédienne, qui vient de jouer une assistante sociale dans Fourmi de Julien Rappeneau et s’apprête à tourner l’adaptation de Passion simple d’Annie Ernaux par Danielle Arbid.

«J’aimerais bien travailler à l’étranger, avec Hong Sang-soo par exemple. J’ai surtout envie de rencontres, d’aller là où je ne pensais pas aller au départ», dit-elle.