Code Orange vient solidifier sa réputation de groupe à prendre très au sérieux, malgré la jeunesse de ses membres (tous dans la vingtaine), avec son nouvel album <em>Underneath</em>.
Code Orange vient solidifier sa réputation de groupe à prendre très au sérieux, malgré la jeunesse de ses membres (tous dans la vingtaine), avec son nouvel album <em>Underneath</em>.

La trame sonore métal de votre été

Un tour d’horizon en cinq albums du meilleur metal de l’été 2020.

Lamb of god, Album éponyme, déjà sur le marché

En général, les groupes lancent des albums éponymes en tout début de carrière, mais les vétérans de la scène metal américaine Lamb Of God auront attendu plus de 25 ans avant de produire le leur. Sorti le 19 juin, l’album est un condensé du meilleur de Lamb Of God. Des riffs compliqués et entraînants, des solos techniques et mélodiques sous oublier des breakdowns toujours aussi lourds, le groupe sert sa recette gagnante, tout en gardant un côté innovateur. Après que Chris Adler, le légendaire batteur du groupe au style inimitable, ait dû quitter le navire en 2019, les admirateurs du groupe attendaient avec beaucoup d’impatience la prestation de son remplaçant, Art Cruz. L’ex-batteur de Wings of Plague vient compléter le brio des autres musiciens et participe à livrer l’un de leurs meilleurs albums depuis l’ère Sacrament et Ashes of the Wake. Le chanteur Randy Blythe fait quant à lui oublier ses 49 ans et offre une de ses prestations vocales les plus brutales, précises et lourdes. C’est un bon vin qui vieillit bien. L’album contient aussi deux pistes avec des artistes invités, Chuck Billy de Testament et Jamey Jasta de Hatebreed. Que du bonbon pour les oreilles des metalleux en cette saison estivale. 

Bury Tomorrow, Cannibal, 3 juillet

Arrivant tout droit de Southampton en Angleterre, le groupe Bury Tomorrow veut prouver que le genre metalcore n’est pas mort et qu’il sait se renouveler. Leur sixième album studio Cannibal est un bel argument en faveur de cette thèse. Il allie avec perfection les riffs agressifs typiques du genre et les refrains mélodiques qui se transforment rapidement en ver d’oreille. La voix rocailleuse et angélique de Jason Cameron, l’un des meilleurs aujourd’hui pour rendre une chanson entraînante, se substitue le temps d’un refrain au chant saturé et gras de Daniel Winter-Bates lors des couplets, et confère un son bien distinct au groupe. La piste Choke en est la meilleure illustration. Elle est jouée en boucle à la maison, parfaite pour se motiver à entamer sa journée ou être chantée furieusement sous la douche. Déjà bien connu de la scène metal, Bury Tomorrow risque de voir sa carrière catapultée au niveau supérieur avec Cannibal, un album de confirmation pour ce quintette.

Code Orange, Underneath, déjà sur le marché

Code Orange vient solidifier sa réputation de groupe à prendre très au sérieux, malgré la jeunesse de ses membres (tous dans la vingtaine), avec son nouvel album Underneath. La formation de punk hardcore, qui fait hésiter même les metalleux les plus endurcis à sauter dans le moshpit, récidive avec un album coup de poing de 14 chansons d’une belle maturité. La sonorité crue du groupe est rehaussée par des effets sonores synthétiques étranges. Tant dans le visuel que dans le son, l’album Underneath ressemble à une balade dans un hôpital psychiatrique désaffecté, au sein d’un monde dystopique du futur. Jami Morgan, le batteur-chanteur, a délaissé sa batterie pour se consacrer uniquement à son chant guttural, d’une lourdeur décuplée sur cet album. La guitariste Reba Meyers vient quant à elle occuper une place plus grande dans l’album avec quelques apparitions au chant clair, notamment sur la piste titre de l’album. Une chanson qui prouve aussi que le groupe expérimente avec des morceaux plus atmosphériques. 

Underneath est parfait pour agiter ses cheveux joyeusement lors d’un aller-retour Québec-Montréal sur la 20. Le riff qui clôture l’explosive chanson Swallowing The Rabbit Hole est d’une puissance telle que François Legault devrait se pencher dessus pour l’encadrer légalement.

Igorrr, Spirituality and Distortion, déjà sur le marché

Si la zone 51 avait une trame sonore, ce serait le plus récent album d’Igorrr. Ce groupe de metal expérimental français est un ovni insaisissable. S’il n’a cette fois pas composé un morceau grâce à un poulet — allez voir le clip vidéo Chicken Sonata —, Igorrr livre un album tout aussi intrigant, étrange et ingénieux. Fidèle à sa signature, il reprend des éléments de baroque, de musique électro, d’instruments traditionnels et bien sûr de metal (souvent du black metal), sur lesquels il appose une voix d’opéra complètement déjantée. L’album est un voyage infini dans une galaxie musicale encore inexplorée, dont seul Igorrr en connaît le secret. L’album est entre autres marqué par une collaboration inusitée avec Georges «Corpsegrinder» Fisher, le chanteur du célèbre groupe Cannibal Corpse, sur la chanson Parpaing. Si vous avez toujours rêvé d’entendre un accordéon sur une batterie metal, la chanson Musette Maximum satisfera vos désirs. 

Igorrr c’est le fruit du travail du multi-instrumentaliste et producteur d’électro français Gauthier Serre. Au départ un projet solo, il a depuis été rejoint par deux chanteurs, Laure Le Prunenec — la voix d’opéra féminine — et Laurent Lunoir, ainsi que par le batteur Sylvain Bouvier. Autant que les chansons, les clips vidéo valent le détour, comme celui de Very Noise.

Unleash The Archers, Abyss, 21 août

La formation de Vancouver Unleash The Archers a annoncé la sortie de son nouvel album Abyss pour le 21 août. Fondé en 2007, le groupe allie un mélange efficace de trash, death et de power metal, sur un fond toujours mélodique. Surtout, la voix de la chanteuse Brittney Hayes vient conférer une dimension épique aux chansons, propre au power metal, mais sans tomber dans l’aspect parfois ringard du genre. Sa voix est d’une puissance telle qu’on aurait presque peur que l’écho de l’un de ses cris résonne à l’infini dans les Rocheuses. 

Le simple Abyss se donne des airs de chanson d’Iron Maiden et promet un album aligné sur les précédents, composé comme un hymne guerrier du XVIe siècle. Après tout, le groupe s’appelle Unleash The Archers. Il ne manque plus qu’un chant de marins, similaire à leur fameuse chanson Northwest Passage.

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BLACK LIVES MATTER ET LE MÉTAL

Avec la mort de Georges Floyd, les États-Unis et le monde ont été frappés par le mouvement Black Lives Matter. La scène métal n’est pas restée impassible aux événements et a tenu à apporter son soutien, dont voici quelques exemples. 

Le groupe californien Machine Head, vieux routier du heavy métal, a composé deux chansons en soutien au mouvement, rassemblées sur un mini-album baptisé Civil Unrest. Les profits sont reversés en majeure partie à l’association Grassroots Law Project, dédiée à Georges Floyd et à d’autres victimes de brutalité policière aux États-Unis. Très actif sur les réseaux sociaux, le chanteur de Machine Head, Robb Flynn a indiqué avoir composé les paroles de sa chanson Stop the bleeding  le jour du scandale entourant la mort de Georges Floyd. Rapidement produite, cette chanson voit aussi apparaître le chanteur du groupe Killswitch Engage, Jesse Leach. Lors du refrain on peut entendre Robb Flynn chanter : «Beating after beating/Throat choked under knee/Help me please/Because I can’t breathe/Just stop the bleeding», que l’on peut traduire par : «raclée après raclée/La gorge étouffée sous un genou/Aidez-moi s’il vous plait/Car je ne peux pas respirer/Stoppez l’hémorragie». 

La deuxième chanson s’intitule Bulletproof et a été enregistrée en décembre 2018, mais n’a jamais été dévoilée. Les paroles ont été changées pour traiter des événements récents. 

De nombreuses voix du métal se sont élevées pour dénoncer les événements dans des messages publics, comme le chanteur de System Of A Down, Serj Tankian ou encore Matt Shadows d’Avenged Sevenfold. Le légendaire groupe Black Sabbath a également pris position. La formation britannique a décidé de produire un t-shirt pour Black Lives Matter, sur lequel il est écrit le nom du mouvement avec la typographie bien connue de l’album Master Of Reality du groupe, en lettres violettes. Les t-shirts sont vendus 25$ l’unité et l’ensemble des profits iront à la fondation Black Lives Matter Global Network. 

Des groupes moins connus prennent aussi part à des initiatives en faveur du mouvement. C’est le cas du groupe britannique Derange qui a décidé de monter une compilation de 10 chansons, toutes de groupes différents, dans le but de lever des fonds. L’album s’intitule We Stand : BLM Collective Vol. 1 et contient des morceaux de groupes comme Exist Immortal, On Hollow Ground, A Titan A Deity ou encore de la formation originaire d’Inde, Bloodywood. Vous pouvez l'entendre ici

La musique métal est aussi un genre qui compte des groupes qui dénoncent depuis de nombreuses années la brutalité policière. Si le rap a Ice Cube et son groupe N.W.A, le métal a le chanteur Ice T – souvent plus connu pour ses rôles à télévision, comme dans la série New York, unité spéciale – et son groupe Body Count. Depuis 30 ans, le groupe Body Count a fait de la brutalité policière aux États-Unis son thème central. Comme prémonitoire des événements de la fin du mois de mai, Body Count a sorti un album le 6 mars dernier intitulé Carnivore, avec entre autres le morceau Bum-Rush, qui parle de révolution contre le système.