Sous un écran où défilent les images de jeux vidéos les plus éclectiques, chanteurs et musiciens s’appliquent à créer des atmosphères, à faire monter la tension et à faire naître des mondes.

«La symphonie du jeu vidéo»: épique, éclectique et interactif

CRITIQUE / La musique de jeux vidéo se faufile dans les salles de concert de la capitale depuis plusieurs années, avec des spectacles en tournée. Le chœur et l’Orchestre symphonique de Québec entrent dans la danse en reprenant La Symphonie du jeu vidéo, un événement multimédia et interactif dédié exclusivement aux jeux conçus au Québec.

Sous un écran où défilent les images de jeux vidéos les plus éclectiques, chanteurs et musiciens s’appliquent à créer des atmosphères, à faire monter la tension et à faire naître des mondes. L’enchaînement d’une vingtaine de pièces (dont plusieurs pots-pourris) les oblige à rester aux aguets, puisqu’ils auront à plusieurs moments à adapter leur jeu aux mouvements d’une joueuse professionnelle, voire à ceux des spectateurs.

En deuxième partie, Trois jeux pour orchestre et ballon de plage, une création de Maxime Goulet, concepteur et coordonnateur artistique du spectacle, oblige les spectateurs du parterre à coopérer pour déplacer un immense ballon qui permet de déplacer un icône sur l’écran. L’orchestre souligne en direct les gains et les pertes du public, qui ne manquent pas de susciter des réactions.

La chef d’orchestre Dina Gilbert, fascinante à regarder aller, dirige le concert avec application et créativité. D’un geste du bras gauche, elle fait signe à la harpiste de faire tinter ses cordes parce qu’un bloc jaune a été attrapé; en fléchissant les genoux, elle indique à l’orchestre de jouer en sourdine parce que le personnage est entré dans une pièce. Comme dans une tour de contrôle, des écouteurs aux oreilles, une pédale à sa portée pour lancer les vidéos et un ordinateur ouvert près des partitions, elle règne sans conteste sur le concert. 

À l’animation, Stéphanie Harvey, championne et une icône du jeu vidéo féminin, manque toutefois d’aisance. Son enthousiasme et ses connaissances n’arrivent pas à compenser les phrases un peu creuses et le fait qu’on manque certains mots malgré son micro. Plusieurs pièces, déjà clairement identifiées dans les vidéos, auraient pu se passer d’introduction.

Maelstrom sonore

Nous nous sommes aussi questionné sur l’intérêt relatif de faire jouer une joueuse professionnelle à Omensight, avec paroles, sous-titre et bruitage par-dessus la musique de l’orchestre. Un mael­strom sonore plus ou moins heureux, qui ne s’est heureusement pas reproduit par la suite. 

L’expérience orchestre, chœur et images de jeux fonctionne très bien pour les environnements immersifs, épiques, montrant des dragons, des guerriers et de grands espaces. Le monde proposé nous avale, particulièrement lorsque les voix (préparées par David Rompré) s’élèvent. Toutefois, lorsque l’on suit un personnage qui déambule ou que l’on voit la carte du jeu (outils, objets, points, niveaux, etc.), il est presque impossible de susciter une émotion, encore moins une immersion. C’est davantage le cerveau qui travaille, qui compare le design des jeux, qui prend note de la variété incroyable de ce qui est produit au Québec.

Le spectacle vu jeudi au Grand Théâtre y sera présenté à nouveau vendredi à 20h.