Jusqu’à la sortie de son album «Les marches lentes», Bruno Marcil avait mis sur une tablette son chapeau d’auteur-compositeur-interprète pour privilégier celui d’acteur, un métier qui lui a souri dans les dernières années.

La sortie libératrice de Bruno Marcil

Si ce n’était de ses deux filles de 9 et 11 ans, Bruno Marcil n’aurait peut-être jamais lancé son deuxième album. Les chansons, extrêmement personnelles, étaient prêtes depuis trois ans, pourtant. Un peu échaudé par son expérience sur la scène musicale, leur créateur avait mis sur une tablette son chapeau d’auteur-compositeur-interprète pour privilégier celui d’acteur, un métier qui lui a souri dans les dernières années. Il a finalement dévoilé Les marches lentes il y a quelques jours. Un geste qui s’est avéré pour le moins libérateur...

«Mes filles m’ont motivé, explique Bruno Marcil. Moi-même, j’aimais beaucoup mon disque. Mais en même temps, j’avais peut-être une pudeur de le sortir, comme c’est très personnel, très fragile. Quand elles ont su qu’il n’était pas sorti, elles ont dit : “Voyons donc!” J’ai décidé de lui laisser la chance de vivre.»

Retour en arrière. En 2007, Marcil a fait paraître l’album Pas dormir, qui l’a notamment amené à se produire en première partie de spectacles de Robert Charlebois… Une expérience au final un peu difficile pour l’auteur-compositeur-interprète. 

«C’était super de faire ça, c’était super gentil de sa part de m’inviter. Mais concrètement, ce n’est tellement pas le fun à faire! Les gens, ce n’est pas toi qu’ils viennent voir, c’est lui. Faut que tu te prouves, t’essaies d’être le fun», avance le musicien, qui raconte avoir ressenti un malaise dans ce qu’il décrit comme «un cirque où on quête de l’attention».

Pour cette raison, il a sorti Les marches lentes «du bout des doigts». Sa relationniste de presse nous avait dit qu’il avait hésité à donner des entrevues. Au bout du fil, Marcil confirme. «Je veux que l’album ait la chance d’exister, mais je ne veux pas jouer de game avec lui. Je veux être sincère comme il l’est. Et s’il prend sa place, il prendra sa place», note-t-il à propos de cette œuvre d’une sincérité palpable, sorte de journal intime musical sur lequel le père, le fils et l’amoureux qu’il est se mettent à nu.

Les réactions qu’il a reçues dans la foulée de la parution de ses chansons l’ont convaincu de prendre la parole. «Des gens que je ne connais pas m’ont écrit, confie-t-il. C’était très touchant. Ce que je souhaitais intérieurement se concrétisait. Cette vulnérabilité que je mets de l’avant, c’est dans le but d’ouvrir un dialogue avec l’autre.»

«C’est une manière de dire : “ça c’est ma vie et elle est un peu croche”. En même temps, elle est lumineuse, mais elle peut avoir ses côtés tristes, comme la vie de pas mal de monde, je pense. C’est ça que j’ai reçu [comme commentaires]. Ça m’a fait me dire : “OK, c’est correct, je suis capable d’aller en avant avec cet album-là”.»

Musique retrouvée

Comédien qu’on a notamment pu voir dans Olivier et Mémoires vives, Bruno Marcil sera en vedette cet hiver dans l’adaptation de la série française Dix pour cent. Il raconte avoir renforcé un rapport à la musique qui s’effritait en proposant finalement son disque, mitonné avec la complicité de son grand ami Philippe Brault et sur lequel on peut entendre la voix d’une autre amie, Ariane Moffatt.

«J’ai écrit les pièces au cours de quelques années. Je les ai enregistrées, elles étaient finies. Mais je ne sortais pas l’album et plus le temps avançait, moins je jouais de musique. Je n’étais plus capable d’écrire de nouvelles pièces. Je me suis mis à vendre mes guitares», relate Marcil, qui a notamment cédé à Safia Nolin une «vieille Gibson», qu’il aimait beaucoup.

«Je laissais tranquillement la musique partir de ma vie, reprend-il. Je trouvais ça bien dur. À un moment, je me suis dit qu’il fallait que je sorte l’album, sinon j’allais vendre ma dernière guitare. Là, l’album est sorti et l’envie de faire un show, l’envie de peut-être écrire autre chose, tout ça me revient d’un coup. Il y a deux semaines, je ne l’avais pas. Il y a deux semaines, j’hésitais encore à le sortir...»