L’ex-leader de Garolou, Michel Lalonde, revient sur la scène pour offrir un troisième album solo baptisé Comme un engin.

La soif de création de Michel Lalonde

Dès les premières intonations de la ballade «J’suis fait comme ça», ceux qui avaient 16 ans en 76, comme dans la chanson de Beau Dommage, reconnaîtront la voix de Michel Lalonde, leader du légendaire groupe Garolou. Quarante ans plus tard, le chanteur franco-ontarien revient en solo, fort d’une belle maturité, pour offrir un autre album de son cru.

Parce qu’il se sent en pleine forme à 72 ans, qu’il a encore plein d’énergie, et surtout parce qu’il a le goût d’explorer de nouveaux horizons, Lalonde a senti le besoin de plonger dans la création, huit ans après Amour fou. «J’ai comme l’impression de juste commencer à comprendre comment ça fonctionne...», glisse-t-il, badin, au bout du fil, depuis sa résidence d’été de Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Teintées de folk rock, de country et de cajun, les dix chansons de ce troisième album, Comme un engin, sont autant de réflexions sur l’amour et l’amitié, mais aussi, triste actualité oblige, sur notre planète si malmenée. Le mot engin est pris ici au sens d’«une masse de terre et d’humanité dont nous faisons tous partie».

À l’époque de Garolou, Lalonde confie «ne pas avoir écrit beaucoup». Lui et son frère Marc, ex-enseignants et membres fondateurs de la formation, et leurs compagnons de scène Michel «Stan» Deguire et Georges Antoniak, s’amusaient plutôt à revisiter, sous des arrangements rock, des pièces du répertoire traditionnel français et canadien-français. Ah, toi belle hirondelle, Dis-moi Charles, Victoria, Germaine, sans oublier La complainte du maréchal Biron, ont fait les belles heures des radios commerciales, à une époque où l’expression musique trad n’avait pas encore été inventée.

«Notre premier album est sorti le même jour que la station CKOI est entrée en ondes. Nos chansons jouaient cinq six fois par jour.» Garolou est vite devenu un phénomène populaire, avec à la clé deux Félix et 225 000 albums vendus. La formation s’est produite en spectacle au Carnegie Hall de New York, en Europe, et même au Moyen-Orient.

Le chanteur se souvient de cette époque comme celle de tous les possibles. «Il y avait une sorte de liberté, on sentait une effervescence partout. C’était l’éveil nationaliste. Il y avait une éclosion de groupes et d’artistes. Les studios avaient des moyens. Dans les magasins de disques, quand on voyait une pochette d’album qu’on ne connaissait pas, on l’achetait.»

Célébrer le français

Natif du village ontarien de Glen Robertson, près de Cornwall, résident temporaire de l’Île-du-Prince-Édouard, là où tout a commencé pour Garolou, citoyen de la Saskatchewan, où habitent sa fille et sa petite-fille, Lalonde s’avère un observateur privilégié de la situation des communautés francophones hors Québec. Alors, sont-ils vraiment si mal en point nos cousins des autres provinces?

«Il y a un éveil depuis une trentaine d’années. C’était plus fermé avant. La mondialisation et le mélange des cultures ont changé bien des choses. Je crois que les gens ont le goût de célébrer la langue française, pas juste de la défendre. C’est devenu un objet de fierté.»

Michel Lalonde conserve de beaux souvenirs de Québec, une ville qu’il a habitée cinq ans dans les années 80, et qu’il retrouve dimanche, le temps d’un show en basse-ville. Lors de l’été Mer et Monde de 1984, il louait un appartement dans la rue Sous-le-Fort, en plein coeur des festivités. C’est au coin des rues Saint-Pierre et Saint-Paul, dans un édifice qui accueillait alors un studio, que Garolou a enregistré leur troisième et quatrième album. Lalonde s’est aussi produit en solo au Festival d’été, au Pigeonnier, à la même époque.

La bande de Garolou pourrait-elle se reformer le temps de quelques spectacles, comme ce fut le cas il y a 25 ans? Le chanteur ne ferme pas la porte. Les membres du groupe demeurent de «très grands amis». «Ça ne dépend pas juste de moi. Il faudrait que les planètes soient alignées...»

Michel Lalonde est en spectacle à L’Anti Bar de Québec le 17 novembre, et à la Coopérative de solidarité Paradis de Rimouski, le 19.