Lamar est arrivé avec une production très sobre, apparaissant seul sur scène. Il ne s'appuyait donc que sur son flow, ses chansons et sa gestuelle pour faire lever la soirée.

La sobre conquête de Kendrick

CRITIQUE / «Kendrick! Kendrick! Kendrick!» C'est par son prénom que les festivaliers réclamaient le roi du hip hop, vendredi, sur les plaines d'Abraham. Il n'y avait pas de place pour le doute : le rappeur originaire de Compton, en Californie, débarquait en territoire conquis.
Une foule aussi jeune qu'imposante était venue accueillir Kendrick Lamar, levant bien haut les mains lorsque l'artiste le demandait ou l'accompagnant dans les chansons qu'elle connaissait le mieux, comme sur l'excellente King Kunta, en début de programme.
Si on exclut des performances dans deux festivals en avril et en mai, c'est véritablement vendredi que Lamar a lancé sa nouvelle tournée, accompagnant son album Damn. Dans la première moitié de la soirée, on a senti que ça ne tournait pas toujours rondement. Rien à redire sur le flow du rappeur, en pleine possession de son art, mais quelques temps morts se sont insérés ici et là, dont un particulièrement long, en raison d'un problème d'ordinateur, selon les informations fournies par le Festival d'été. Lamar, d'abord peu jasant, a laissé les fans dans la brume, mais à son retour, a promis qu'il ferait le party toute la nuit. 
Vrai qu'il a marqué des points avec plusieurs titres, dont Humble. Il a cependant trouvé que le party ne levait pas à son goût, interrompant l'une de ses pièces pour pointer la zone avant-scène et l'invectiver: «si tu ne participes pas, fous le camp!» Il a aussi réclamé davantage de «mosh pit», tout en prévenant le public de ne pas se blesser. C'est que plusieurs festivaliers et festivalières ont quitté régulièrement, victimes de malaises ou de blessures... Un peu plus tard, cependant, le rappeur s'est dit touché de l'accueil qu'il recevait pour cette première visite et a confié que «l'énergie était folle», en plus de promettre qu'il reviendrait.
Seul sur scène
Lamar est arrivé avec une production très sobre, apparaissant seul sur scène - ses musiciens étaient disposés de manière discrète. Il ne s'appuyait donc que sur son flow, ses chansons et sa gestuelle pour faire lever la soirée. Du coup, ce n'était pas la performance la plus distrayante ou dynamique qu'on pouvait espérer, mais pourtant, ça marchait bien, y compris sur la ballade Pride, où les cellulaires illuminaient les Plaines. Il faut dire que le public était particulièrement heureux d'entendre le répertoire de Lamar et prêt à faire la fête. Aussi, quand il a sorti Alright, les Plaines ont semblé être sur un nuage. 
Cela dit, la soirée a aussi connu des baisses d'énergie, y compris en fin de parcours: ça s'est terminé un peu abruptement, alors que certains, visiblement, espéraient un rappel qui n'est pas venu.
Au final, Lamar a livré une bonne performance, mais pas le spectacle mémorable ou renversant qu'on espérait. Visiblement, le show n'était pas encore pleinement rodé. Et peut-être, aussi, que les attentes étaient trop élevées...
Anderson .Paak
C'est un Anderson .Paak tout sourire qui s'est chargé de mettre la table pour Lamar. Le rappeur n'a pas manqué de souligner qu'il était à son premier passage à Québec et qu'il venait de Los Angeles pour faire «le party», prenant la peine de lancer des «bonjour motherfuckers», sans omettre des «je t'aime».
Tout au long de son programme, .Paak a maintenu le contact avec les spectateurs, que ce soit en se faisant sulfureux sur les planches, en glissant des allusions à la ville dans ses paroles ou encore en chantant derrière la batterie. Il s'est distingué avec les baguettes sur plusieurs titres, notamment durant l'excellent doublé The Season/Carry Me, puis avec Put Me Thru ou encore avec Luh You, où il faisait chanter le public.
C'est un spectacle très varié auquel on a assisté, où l'on pouvait passer du hip hop mordant à des passages soul plus subtils, puis à des envolées funky, tout ça livré avec l'équipe compétente des Free Nationals, le band du leader.
.Paak est talentueux et charismatique. Il a sans doute recruté de nouveaux fans, bien que le niveau d'écoute semblait aléatoire, dès qu'il s'éloignait trop du rap ou qu'il proposait des titres plus lents. Dommage, car c'était du solide. 
Dead Obies
Les Dead Obies ont eu une promotion par rapport à l'an dernier. Les gagnants du prix Espoir FEQ de 2016, qui avaient volé la vedette à House of Pain, au parc de la Francophonie, avaient cette fois la mission de lancer la soirée des Plaines. Les six compères sont apparus avec leur verve habituelle, s'échangeant les rimes et occupant l'espace avec aisance et dynamisme.
Si les Plaines n'étaient pas encore remplies durant le passage des Montréalais, une belle foule les attendait néanmoins et les a accueillis chaleureusement. Le groupe a défendu une solide Johnny, a interprété Allo Allo avec Naadei et a fermé les livres avec l'incontournable Tony Hawk.