Leigh Melrose et Frode Olsen en action durant une pratique de «Fin de partie» du compositeur György Kurtag.

La Scala accueille le premier opéra du grand György Kurtag

MILAN — La Scala, le célèbre théâtre de Milan, accueillait en première mondiale jeudi soir «Fin de partie», le premier opéra du compositeur hongrois György Kurtag, âgé de 92 ans.

Il s’agit également du «premier opéra tiré d’une œuvre de Samuel Beckett» (1906-1989), a souligné le metteur en scène, Pierre Audi.

Considéré comme l’un des plus grands compositeurs en vie, György Kurtag n’avait jamais écrit d’opéra. Mais la ténacité d’Alexander Pereira, directeur artistique et surintendant de la Scala très attaché à ce projet, l’a convaincu.

Le compositeur, né en 1926 dans une famille hongroise en Roumanie, a été profondément marqué par une représentation à Paris en 1957 de Fin de partie, l’un des chefs-d’œuvre du théâtre de l’absurde de l’écrivain irlandais.

«J’ai eu la chance de voir (la pièce) quelques mois après la première mondiale. C’était ma première “rencontre” avec Beckett. Je comprenais très peu (ce que disaient les acteurs), je parlais français, mais le tempo de la pièce était très rapide», a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.

«Mais l’impression fut énorme, je me suis dit que si un jour j’écrivais un opéra, je m’inspirerais de ce chef-d’œuvre», a-t-il précisé dans un entretien avec le critique musical du Corriere della Sera, Enrico Girardi.

György Kurtag a mis plus de sept ans pour écrire cet opéra, d’abord pour comprendre le texte jusque dans ses moindres détails, puis pour décider ce qu’il voulait garder de la pièce et définir la musicalité de l’œuvre et enfin pour composer la partition. «Je voulais être à 100% fidèle à Beckett», a expliqué M. Kurtag.

M. Pereira, qui était directeur de l’Opéra de Zurich puis du festival de Salzbourg au début du projet, «a été extrêmement patient», a souligné Kurtag. «Il a annoncé la première de cet opéra tous les ans pendant sept ans», s’est amusée la femme du compositeur, Marta.

Modernité et tradition

György Kurtag, qui partage avec Beckett une passion pour la langue française, a abandonné les petites œuvres symphoniques qui ont fait sa renommée pour produire cet opéra en un acte de près de deux heures.

Selon le critique Enrico Girardi, «c’est un chef-d’œuvre destiné à réécrire l’histoire de la musique contemporaine. Le langage est très moderne, mais dans la myriade des gestes, lignes et couleurs qui le traversent, on sent en filigrane le poids de la tradition».

L’opéra a été mis en scène par le Franco-Libanais Pierre Audi et sera dirigé par le chef d’orchestre allemand Markus Stenz.

M. et Mme Kurtag, en raison de leur âge, ne feront pas le déplacement, mais deraient écouter la retransmission en direct à la radio.

«Fin de partie» met en scène Hamm, aveugle paraplégique, ses deux parents qui ont perdu leurs jambes et vivent dans deux poubelles, et Clov, le serviteur de Hamm, qui ne peut s’assoir.

«La chose merveilleuse est comment (Kurtag) a réussi à saisir l’humour de la pièce, son humour noir, tragique», a expliqué Pierre Audi.

Pour M. Stenz, «cela se sent que Kurtag a vécu très longtemps avec l’œuvre». Il a une vraie connaissance et une «vraie compréhension de ce que la musique peut faire», a-t-il expliqué, en soulignant que Kurtag avait utilisé l’orchestre «de la manière la plus colorée possible».