Vincent Bolduc, Christian Vanasse et Jean-François Nadeau célèbrent les 15 ans des Zapartistes en stimulant notre rate, mais surtout notre mémoire.

La revue du XXIe siècle: les Zapartistes se moquent du temps

CRITIQUE / À l'ère de l'actualité instantanée, des réseaux sociaux et du direct, on s'étonne toujours de retrouver dans les revues de l'année des événements politiques qui semblent déjà bien lointains. Alors ceux qui s'accumulent depuis 2001? Les Zapartistes ont flairé l'aubaine et célèbrent leurs 15 ans en stimulant notre rate, mais surtout notre mémoire.
Parce qu'après tout, au Québec, «nous sommes un peuple TDAH non diagnostiqué», soulignent-ils.
On rit jaune et on grince un peu des dents dans la première partie, alors qu'on rit plus franchement en deuxième, notamment lorsque Jean-François Nadeau incarne la terrifiante charte de la laïcité en imitant un dinosaure ou qu'il y va d'une chorégraphie cheesy et d'un discours sans queue ni tête pour exposer tout le paradoxe Justin Trudeau. 
Beaucoup de blagues font mouche, quelques-unes tombent un peu à plat, mais c'est l'heureux mélange de récits habiles, de vulgarisation efficace et l'environnement sonore et musical très présent (chapeau aux musiciens Simon Estérez, Jean-Sébastien Nicol et Benoit Rocheleau) qui font l'intérêt du spectacle. On tombe aussi parfois dans le message social, nécessairement, et on frappe intentionnellement un peu plus fort sur la droite que sur la gauche. 
Politiciens ressuscités
Ce collage bonifié du matériel des 15 dernières années nous a permis de réentendre de nombreux politiciens colorés. Jean Charest (Nadeau) s'est félicité d'avoir réussi à remplacer le mot environnement par «l'expression ludique développement durable» et d'avoir roulé tout le monde avec ces grosses coupes et ses petites rétractations. 
Vincent Bolduc a redonné vie de manière convaincante au syndicaliste Michel Chartrand et à une partie du monologue Les unions quossa donne? d'Yvon Deschamps, mais a aussi fait naître un nouveau personnage : une abeille abîmée par les monocultures et les constructions de condos. On a revu Michael Ignatieff en vampire, Stephen Harper en magicien, Mario Dumont pour un rigodon... on aura même vu Donald Trump, qui n'a pas eu toutefois le potentiel ironique des politiciens des années 2000, dont le destin connu rendait les anciennes promesses savoureuses. 
Les Zapartistes s'en sont aussi donné à coeur joie avec les dossiers «Québec» - les surprises électorales, la radio poubelle et un discours mégalomaniaque de Pierre Karl Péladeau (Christian Vanasse), qui note que le mot Québec signifie «Là où l'esprit rétrécit... le fleuve, pardon, là où le fleuve rétrécit!» Ils ont proposé de «retirer le plaster» Clotaire Rapaille en lisant un extrait intégral de son rapport - qui, pour 30 000 $, nous redisait finalement ce que les Zapartistes nous disent gratuitement depuis 15 ans («poudoum tish»!). 
Somme toute, leur revue de l'actualité nationale et internationale du jeune siècle a montré que les Zapartistes gagnent en pertinence et en esprit de synthèse lorsqu'ils prennent un peu de recul. Vivement 2031.
ZAP21 - La revue du XXIe siècle était présenté une seule fois, vendredi soir, à l'Impérial.