La pièce «La réunification des deux Corées», mise en scène par Michel Nadeau, sera présentée du 18 septembre au 13 octobre au théâtre La Bordée.

«La réunification des deux Corées»: l’amour au temps du chaos

À sa seconde année au poste de directeur artistique de La Bordée, Michel Nadeau a choisi le thème de l’identité comme fil directeur de la nouvelle saison. Thème porteur s’il en est un, à l’ère de la mondialisation, des combats pour la diversité culturelle et de la redéfinition des sexes. Tout cela dans un Canada qualifié de premier pays post-national par son premier ministre…

«Notre identité, notre spécificité, notre humanité semblent couler de nos mains comme du sable. Homme, femme, Québécois, Canadien, occidental, chrétien, musulman, bouddhiste, agnostique? Qui sommes-nous, finalement?» s’interroge Michel Nadeau dans son billet de présentation.

Pour lancer la rentrée automnale, c’est à une pièce importante du réputé dramaturge français Joël Pommerat, La réunification des deux Corées, que s’attaque Michel Nadeau avec son chapeau de metteur en scène. Le Soleil en a discuté avec lui.

Q Contrairement à ce que peut laisser croire le titre, La réunification des deux Corées n’a rien d’un docuthéâtre géo-politique autour d’un hypothétique rapprochement entre Pyongyang et Séoul n’est-ce pas?

R C’est évidemment une métaphore. Il s’agit plutôt d’une pièce de Joël Pommerat sur l’amour et les relations hommes-femmes. Les deux sexes représentent en quelque sorte les deux Corées. Trois pièces de Pommerat ont déjà été présentées au Carrefour international de théâtre (Les marchands, La grande et fabuleuse histoire du commerce et Cendrillon) mais c’est la première fois que l’une de ses œuvres est montée au Québec par quelqu’un d’autre que lui.

Q Il s’agit donc d’un grand défi?

R La barre est haute. J’ai vu la pièce à Paris en 1993 et je l’ai montée plus tard avec un grand plaisir pour les finissants du Conservatoire. Il s’agit de 18 tableaux où évoluent une cinquantaine de personnages. Je dis souvent aux comédiens que c’est comme un disque de greatest hits. Dans la relation amoureuse, chacun essaie de se définir par rapport à l’autre et c’est un peu ce que raconte la pièce. On se demande si c’est possible d’être soi-même sans relation avec l’autre, de quelle façon cet autre me détermine et m’aliène, comment la relation amoureuse nous définit et nous donne le plein sentiment d’exister. C’est très intéressant. On se promène entre la comédie, le réalisme et le fantastique. Le défi de la mise en scène est de créer un liant solide pour réunir tous ces tableaux.

Q Comment voyez-vous la situation du théâtre à Québec? On sent une effervescence certaine. Les salles montrent un bon taux d’occupation.

R À La Bordée, nous avons 2800 abonnés et un taux d’occupation qui varie entre 70 et 75 %. Je crois qu’il y aurait de la place pour une autre salle, une sorte de Deuxième Acte pour accueillir les plus jeunes comédiens, entre Premier Acte et Le Périscope. La salle des Gros Becs, sur Saint-Jean, l’Ancienne Bordée, pourrait l’accueillir. J’enseigne au Conservatoire et je sens aussi un engagement citoyen très fort de la part des jeunes comédiens, une urgence de parler d’enjeux comme la violence et l’inclusion. Les filles ont particulièrement envie de prendre la parole.

Q Le Diamant de Robert Lepage ouvrira ses portes dans environ un an. Est-ce que les théâtres de Québec ont raison de s’inquiéter de l’arrivée de ce gros joueur?

R C’est la grande inconnue que j’observe avec un mélange d’enthousiasme et d’inquiétude. Ça peut faire peur, mais ça demeure une super belle opportunité pour Québec. Peut-être que pendant les deux trois premières années, les gens ne s’abonneront pas à certains théâtres pour aller y voir des pièces, mais après un certain temps, je crois que les choses vont se stabiliser, surtout que les gens du Diamant sont très ouverts à collaborer avec le milieu. Peut-être aussi que des gens de l’extérieur vont prendre l’habitude de venir passer une fin de semaine culturelle à Québec pour voir plusieurs spectacles, comme on le fait sur Broadway. 

***

La réunification des deux Corées

  • Quand: du 18 septembre au 13 octobre
  • Texte: Joël Pommerat
  • Mise en scène: Michel Nadeau assisté d’Amélie Bergeron
  • Distribution: Ann-Sophie Archer, Emmanuel Bédard, Normand Bissonnette, Gabriel Fournier, Valérie Laroche, Véronika Makdissi-Warren, Olivier Normand, Sophie Thibeault et Alexandrine Warren

***

Aussi à La Bordée cet automne

The DragonFly of Chicoutimi

  • Quand: du 30 octobre au 24 novembre
  • Texte: Larry Tremblay
  • Mise en scène: Patric Saucier assisté d’Edwige Morin
  • Distribution: Jack Robitaille et Sarah Villeneuve-Desjardins