Une nouvelle tournée québécoise de Notre Dame de Paris démarre samedi, au Grand Théâtre de Québec.

La renaissance de Notre Dame de Paris

Depuis sa création en 1998, «Notre Dame de Paris» n’a jamais cessé de tourner. La comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante renaît sans cesse, dans huit langues et une vingtaine de pays. Pour ses 20 ans, une nouvelle tournée québécoise démarre samedi, au Grand Théâtre de Québec.

La genèse

Les principaux thèmes de Notre Dame de Paris ont été composés à Miami, alors que Richard Cocciante, qui faisait déjà carrière comme chanteur en Italie et en France, voulait renouer avec ses contacts sud-américains. Luc Plamondon a entendu Cocciante les jouer au piano dans un studio de Londres, alors qu’il enregistrait Question de feeling avec Fabienne Thibault. 

«C’était tellement beau, je lui ai demandé ce que c’était. Il m’a dit que c’était des chansons qu’ils avaient composées mais qu’il ne chanterait pas, parce qu’il était un rockeur et qu’il ne voyait pas non plus des chanteurs populaires chanter ça. Ce n’était ni de la musique populaire, ni de l’opéra. Je lui ai dit que c’était peut-être une comédie musicale», raconte Luc Plamondon.

Le compositeur lui a fait une cassette, qui a dormi quelque temps dans les tiroirs du parolier, à Paris.  

«C’était après la mort de Michel Berger [le compositeur de Starmania], je n’avais plus de compositeur, j’étais en deuil, pendant un an et demi, je n’ai pas été capable d’écrire. Puis j’ai pensé à faire Notre Dame de Paris en comédie musicale, ça ne s’était jamais fait, ni en opéra non plus, alors que Verdi s’est inspiré d’Hugo pour Rigoletto et qu’il y avait Les Misérables qui triomphaient dans le monde entier. Je me suis jeté sur ce sujet», indique le parolier. 

Pour lui, chaque grande œuvre part d’un mot, unique, qui résume tout. Cette fois, ce fut «belle» qui devint le titre de la première chanson, comme «stone» l’avait été pour Starmania

«Cocciante faisait des tournées, donc il était libre à coups de deux ou trois jours. J’arrivais avec des textes, et il faisait la musique en cinq minutes. Il dit qu’on a écrit Notre Dame de Paris en trois mois, je dis qu’on l’a fait en trois ans», illustre M. Plamondon.

Luc Plamondon et Richard Cocciante

D’amour et d’humains

Même si l’histoire de la comédie musicale Notre Dame de Paris se situe en 1482, comme le roman de Victor Hugo dont elle est inspirée, le duo Plamondon et Cocciante a tenté d’en faire une œuvre moderne et intemporelle.

«C’est une histoire que j’avais lue et vue au cinéma, mais c’était la première fois qu’on l’affrontait en musique. En fait, il y a eu une musique, L’Esmeralda, du temps de Victor Hugo, mais ce n’était pas tellement bien, donc on l’a presque oubliée, commente M. Cocciante. C’est une histoire d’amour extraordinaire, mais aussi avec un fond de vie sociale qui a encore des échos aujourd’hui. Ça a permis de faire de la musique intéressante, à la fois de la musique de cœur et de la musique de révolte.»

L’œuvre se déroule à la jonction de deux époques, alors que le Moyen-Âge se termine et que la Renaissance s’ouvre. «Dans la musique, j’ai essayé de faire communier le passé et le présent. Je n’ai pas utilisé la batterie, mais des percussions. Il y a un mélange d’instruments modernes et anciens. Le langage qu’utilise Luc est aussi comme ça. "Sans-papiers" est un terme d’aujourd’hui, mais il intègre parfois des manières de parler d’une autre époque», expose le compositeur. 

Le même amalgame est présent dans les chorégraphies de Martino Müller, qui mélangent acrobaties et danse moderne, et dans les décors et les costumes, qui sont les mêmes depuis la création.

Vingt ans de premières

La première officielle de Notre Dame de Paris a lieu le 16 septembre 1998 au Palais des Congrès de Paris. «On était tous tendus, mais à la fin, lorsqu’on a vu le public se lever, on a su que c’était un succès», se souvient Richard Cocciante. 

La comédie musicale amorce ensuite une tournée qui la mènera dans plusieurs villes en France, puis au Québec. Elle traverse le nouveau millénaire en anglais, à Las Vegas et à Londres, puis en italien, en espagnol et en russe. 

«Dans d’autres pays, la langue change, mais tout le reste demeure pareil. C’est rare de voir une œuvre qui a 20 ans et qui n’a pas été modifiée. L’œuvre passe dans toutes les cultures, c’est fascinant. Chaque première, pour moi, est mémorable», observe Richard Cocciante, qui sillonne le monde, tout comme le metteur en scène Gilles Maheu, pour s’assurer que chaque nouvelle production respecte le concept original.

«Ça ne s’est jamais arrêté. On vient de fêter les 10 ans de présence de Notre Dame de Paris en Corée, en coréen», note Cocciante, soulignant que le chiffre de 4700 représentations vient d’être atteint.

Une scène de la version en espagnol, une des huit langues dans laquelle Notre Dame de Paris est jouée.

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UNE DISTRIBUTION INTERNATIONALE

Les premiers interprètes de Quasimodo, Gringoire, Esmeralda et Frollo ont marqué les esprits et ont contribué au succès de Notre Dame de Paris.

«Pratiquement tous les chanteurs québécois sont venus à Montréal en audition», souligne Luc Plamondon. Ce n’est toutefois pas pendant celles-ci qu’il trouve les perles rares.

Il dénichera son Quasimodo au fond d’un bar de Magog, où Garou chante des reprises de succès américains. «Je l’avais déjà auditionné pour Starmania, mais il était trop jeune pour jouer Zéro Janvier et chanter Le blues du businessman. Et honnêtement, à ce moment-là, je ne m’en souvenais plus», relate le parolier.

Plusieurs membres de la distribution originale ont aussi fait partie de la version londonienne, dont Daniel Lavoie, Garou et Bruno Pelletier.

Pour le prêtre Frollo, il approche d’abord Claude Dubois, mais celui-ci est occupé par un projet sur Fellini, Gelsomina: signé Dubois. Lorsqu’il évoque Daniel Lavoie, le metteur en scène Gilles Maheu rétorque que le chanteur n’est pas assez mobile. C’est avec les phrases «Contre vents et marées j’étais inébranlable/Droit et fier comme une tour de cathédrale», tirées de la chanson Être prêtre et aimer une femme, que Plamondon parvient à le convaincre. «Il a imaginé un jeu statique, une posture très droite et des déplacements majestueux», note Plamondon. Daniel Lavoie est le seul interprète de la distribution originale à reprendre son rôle dans la nouvelle distribution. «Il a une voix encore plus large, c’est magnifique», commente le parolier. 

Bruno Pelletier, qui a enchaîné les trois rôles masculins principaux de Starmania, est un carré d’as dans la manche de Luc Plamondon. «C’est un acteur né, quelqu’un de vraiment unique. Si je refais une comédie musicale, je vais vouloir qu’il soit dedans!, assure-t-il. Il voulait faire Quasimodo, mais Cocciante voulait une voix rauque, alors je lui ai offert Gringoire. J’ai dû le convaincre, lui dire que ce serait le narrateur, et en faire un rôle important.» 

Hélène Segara (Esmeralda) a été amenée à Luc Plamondon par son agent, Julie Zenatti (Fleur-de-Lys) par une dame du festival de La Rochelle qui l’avait entendu chanter à travers le mur de son appartement, alors que Patrick Fiori (Phoebus), en Corse à l’époque, a été recommandé par le parolier Eddy Marnay.

«Ils crevaient tous l’écran. La télévision française a été très importante pour le succès de Notre Dame. Il y avait aussi beaucoup d’émissions où on pouvait chanter les chansons, on a même pu présenter un numéro avec les danseurs et acrobates sur TF1», rappelle Luc Plamondon.

Pour la tournée québécoise qui s’amorce, deux distributions joueront en alternance. La première comprend Hiba Tawaji (Esmeralda), Angelo Del Vecchio (Quasimodo), Daniel Lavoie (Frollo), Richard Charest (Gringoire), Valérie Carpentier (Fleur-de-Lys), Martin Giroux (Phoebus) et Jay (Clopin). La seconde rassemblent Elhaida Dani (Esmeralda), Matt Laurent (Quasimodo), Robert Marien (Frollo), Flo Carli (Gringoire), Idesse (Fleur-de-Lys), Yvan Pedneault (Phoebus) et Gardy Fury (Clopin).

L’une des deux Esmeralda de la tournée québécoise de Notre Dame de Paris, la Libanaise Hiba Tawaji

Douze chansons sacrifiées

Les amateurs d’opéra le savent: les adaptations musicales d’œuvres littéraires créent des œuvres costaudes. La première version de Notre Dame de Paris faisant près de trois heures, mais le producteur Charles Talar a demandé que le spectacle tienne en deux heures, tout au plus. «Il y a une douzaine de belles chansons que les premiers chanteurs de Notre Dame ont chantées. Ils ont tous une chanson qu’on leur a arrachée. Quand je croise Patrick Fiori ou Hélène Segara, ils m’en parlent encore», raconte Luc Plamondon. «On pourrait faire un album des chansons rejetées de Notre Dame. Parfois on pense à en ajouter une, mais finalement, ça marche bien comme ça, la mise en scène fonctionne.»