Olivier Arteau se penche sur le nationalisme québécois dans la pièce Made in Beautiful (Belle province). «L’histoire du Québec, je trouve qu’elle a été très peu racontée à la génération Y. Et on dirait qu’on n’a pas été au cœur de grands mouvements. Ça m’a donné envie de parler de la génération d’avant et même de celle de mes grands-parents pour comprendre le chemin qu’ils ont fait.»

La quête d'identité d'Olivier Arteau

Olivier Arteau avait trois ans quand les Québécois ont été une deuxième fois appelés aux urnes pour se prononcer sur la souveraineté. De ce jour historique, le jeune dramaturge ne garde aucun souvenir. Ça ne l’a pas empêché de le choisir comme point de départ pour Made in Beautiful (Belle province), un questionnement théâtral aussi coloré que percutant sur le nationalisme et l’identité québécoise.

La saison dernière, Olivier Arteau s’est imposé à Premier Acte avec Doggy dans Gravel, un portrait incisif et déjanté de sa génération. Il revient sur la même scène cette semaine en élargissant son sujet d’étude. 

«D’essayer de nous décrire à travers un portrait ludique, c’est toujours mon but. Je pense que le rire, c’est ce qui permet au spectateur de s’ouvrir complètement. Et le rire fait tout le temps appel à l’intelligence», résume l’auteur et metteur en scène.

«Il y a une volonté de fouiller des sujets que d’emblée, je ne connais pas si bien, reprend-il. L’histoire du Québec, je trouve qu’elle a été très peu racontée à la génération Y. Et on dirait qu’on n’a pas été au cœur de grands mouvements. Ça m’a donné envie de parler de la génération d’avant et même de celle de mes grands-parents pour comprendre le chemin qu’ils ont fait. C’était d’analyser ce qu’ils ont transmis pour essayer de comprendre pourquoi l’identité québécoise, pour ma génération, elle est devenue extrêmement floue.»

Son enquête théâtrale se fera sur fond de partys d’Halloween, où nous retrouverons la famille d’une dénommée Linda (Marie-Josée Bastien) à précisément 19h17 le 31 octobre entre 1995 et 2017. Des fêtes costumées où ce clan de la classe moyenne québécoise traversera, entre deux gorgées de vin ou de Coca-Cola, plusieurs événements qui ont marqué l’histoire récente du Québec : lendemain de référendum ou d’attentats, phénomène de mondialisation, légalisation du mariage gai, printemps érable, etc. 

«Le but n’est pas de dire oui ou non ou d’indiquer au spectateur la bonne réponse par rapport à la gauche ou la droite, précise Olivier Arteau. C’est de dire qu’il ne faut jamais succomber à l’ignorance. La mondialisation fait-elle en sorte qu’on perd les cultures propres? Est-ce que ça nous donne des choses positives et progressistes? Je pense que oui. Je pense qu’il faut autant critiquer que célébrer.»

Influence de la télé

Pour les fins de Made in Beautiful, Olivier Arteau a ainsi imaginé trois générations de personnages qui changent au fil du temps, sous l’influence d’événements de l’actualité ou de la télévision, notamment. Le texte stipule d’ailleurs que les scènes plus anciennes doivent être jouées dans un style s’apparentant à la comédie La petite vie avant de glisser, à mesure qu’on approche de 2017, vers une esthétique plus près de la téléréalité.

«Le texte est une trame, c’est le discours de l’heure. Mais après, la progression de la mise en scène, des costumes, des vidéos et de la musique va parler autant», promet Arteau, qui ponctue sa pièce d’une multitude de références — personnalités publiques, œuvres, objets —, question de bien camper son portrait. Il ne s’en cache pas, il en appelle ici à la nostalgie, même s’il est trop jeune pour avoir vécu tout ce qu’il décrit. 

«Il y a eu beaucoup de recherche pour cibler quand était l’époque des pagettes ou des Tamagotchis, cite-t-il en exemple. L’idée, c’était de trouver ce qui nous rend nostalgiques et pourquoi la nostalgie nous touche tant. Pourquoi on trouve ça cute de voir qu’on ne pouvait pas parler au téléphone tout en étant branché sur Internet? C’est comme la mode du cellulaire Flip qui revient parce qu’on veut se détacher de ça», dit Olivier Arteau, en pointant son téléphone intelligent. 

«C’est cette idée de dire que le passé était tellement plus beau, ajoute-t-il. J’espère qu’à la fin de la pièce, on va s’ennuyer des premières scènes parce qu’elles étaient tellement rythmées, alors qu’à la fin, c’est plus édulcoré. J’espère qu’en 1h45, on réussisse à avoir un sentiment de nostalgie par rapport au début du show…»

Avec Made in Beautiful, Olivier Arteau dit souhaiter s’éloigner du cynisme et célébrer les batailles menées par les Québécois, mais en même temps «souligner une perte de rêve collectif…»

«On dirait qu’il n’y a jamais de bonne réponse par rapport au nationalisme, estime-t-il. Il peut être dangereux comme il peut être extrêmement riche et enthousiasmant. Le show ne donne pas de réponse. Après, ce sont les discussions entre les générations qui vont être les plus pertinentes. Si ça peut créer un dialogue et un brassage d’idées, ça aura été une petite victoire.»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : Made in Beautiful (Belle province)

Texte en mise en scène : Olivier Arteau

Texte et distribution : Léa Aubin, Marie-Josée Bastien, David Bouchard, Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Jonathan Gagnon, Lucie M. Constantineau, Marc-Antoine Marceau, Vincent Roy, Nathalie Séguin

Quand : du 23 janvier au 3 février

Où : Premier Acte

Billets : 27 $

Info. : www.premieracte.ca

AUSSI À PREMIER ACTE CETTE SAISON

Angle mort (du 20 au 24 février)

Production : Théâtre pour pas être tout seul, parrainé par Le fils d’Adrien danse

Création et distribution : Elizabeth Baril-Lessard, Harold Rhéaume, Lydia Wagerer, Vincent Nolin-Bouchard et Vincent Roy

***

Conversation avec mon pénis (du 27 février au 3 mars)

Texte : Dean Hewison (traduction de Marc-André Thibault)

Mise en scène : David Strasbourg

Distribution : Marc-André Thibault et Mary-Lee Picknell

***

Embrigadés (du 13 au 31 mars)

Texte et distribution : Blanche Gionet-Lavigne, Félix Delage-Laurin et Vincent Massé-Gagné

Mise en scène : Pascale Renaud-Hébert

***

Extras et ordinaires (du 10 au 28 avril)

Texte : Duncan MacMillan (traduction de Joëlle Bond)

Mise en scène : Maryse Lapierre

Distribution : Jonathan Gagnon