Sylvain Parent-Bédard a toutes les raisons de rire. Son festival ComediHa! a littéralement le vent dans les voiles depuis 20 ans.

La progression exponentielle de ComediHa! [VIDÉO]

D’un festival de trois jours baptisé Le Grand rire Bleu, doté d’un budget de 300 000 $, d’une trentaine d’employés et d’une affiche comptant une trentaine d’humoristes, la version moderne de ComediHa! Fest-Québec est passée à un événement aux statistiques stratosphériques. Vingt ans plus tard, c’est 12 jours d’activités, un budget de 15 millions $, 1500 employés et 500 artistes.

Le bébé de Sylvain Parent-Bédard a connu une crise de croissance phénoménale, au point de revendiquer le titre de plus grand festival d’humour de la francophonie. Plus grand que Juste pour rire, si l’on exclut son volet anglophone, Just for Laughs.

«Vingt ans, qui aurait dit ça? Je n’avais aucune idée qu’on irait aussi loin», lance d’entrée de jeu le patron de ComediHa!, en prenant place à une table sur la terrasse du resto Il Theatro, place D’Youville. L’anniversaire est l’occasion de revisiter les grandes étapes du festival (qui se tient cette année du 7 au 18 août), mais également de jeter un regard vers l’avenir. Car son fondateur estime qu’il est possible de le faire grandir encore, sans le dénaturer bien sûr.

«Je n’avais aucun objectif au départ. J’ai lancé le festival par passion pour l’humour et j’ai poursuivi par opportunité», explique Sylvain Parent-Bédard, qui a toujours cru que faire rire était «un acte noble». Il se souvient qu’à l’époque, l’organisation Juste pour rire, à Montréal, regardait son nouveau-né de haut, estimant qu’il n’y avait pas de place pour deux festivals de l’humour au Québec. 

Grâce à un plan stratégique minutieux, ComediHa! a fini par faire rire jaune son vis-à-vis mont­réalais. Le public l’a adopté massivement. Autre chiffre qui témoigne de l’engouement : de 12 000 spectateurs présents à l’origine, ce nombre est passé à plus d’un demi-million l’an dernier.

LOL :-), la série qui carbure

Au fil des ans, ComediHa! Fest-Québec — qui s’est aussi appelé un bon moment Le Grand Rire de Québec — a su diversifier son contenu et ses sites de spectacles. Théâtre, cinéma, improvisation, musique, émissions de télé ont été conjugués sous le sceau de l’humour. De petites scènes ont poussé un peu partout au centre-ville, devant le Manège militaire, au parc de la Francophonie, une quinzaine de lieux de diffusion au total, ce qui confère à l’événement un côté intimiste apprécié du public. 

Sylvain Parent-Bédard se dit particulièrement fier d’avoir propulsé son produit dérivé le plus populaire, l’émission LOL :-), dans les hautes sphères internationales. Avec les captations télé, il s’agit d’une de ses branches les plus rentables. Vendue dans 125 pays, cette série de micro sketchs sans paroles rempile cette année pour une dixième saison. «Sur YouTube, on compte 150 000 abonnés. La moitié est en Asie. En Italie, les comédiens se font arrêter dans la rue pour signer des autographes.»

Développement en région

Le festival a fait parler de lui en orchestrant la venue de grosses pointures de l’humour comme Jerry Seinfeld, Roberto Benigni et Whoopi Goldberg. L’idée de poursuivre l’expérience est toujours sur l’écran radar de Sylvain Parent-Bédard, même si sa priorité reste le développement du volet francophone. «Ce n’est pas exclu, tout dépend de la disponibilité, de l’agenda et des cachets demandés», avance-t-il, avançant les noms d’Adam Sandler, de Kevin Hart et d’Ellen Degeneres.

Le festival entend aussi faire des petits en région, que ce soit en Gaspésie, à Rimouski, à Saguenay, à Sherbrooke ou à Trois-Rivières. Une annonce pour deux de ces endroits aura lieu «bientôt», indique-t-il.

Quand il voit plus loin, Sylvain Parent-Bédard voit aussi plus gros. Il imagine une branche de son festival qui ferait voyager l’humour à l’international grâce à un spectacle visuel à grand déploiement, dans le style du Cirque du Soleil. «Et pourquoi pas s’installer à Los Angeles, à Las Vegas?»

ComediHa! se tiendra dans une quinzaine de lieux au centre-ville de Québec, du 7 au 18 août.

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FRAPPÉ PAR LE MANQUE DE MAIN-D'OEUVRE

Sylvain Parent-Bédard, vingt ans plus jeune, lors du lancement de la première édition du Grand Rire Bleu.

La rareté de la main-d’œuvre touche tous les secteurs d’activités dans la région de Québec, pas seulement celui de la restauration. Le ComediHa! Fest n’échappe pas à ce phénomène économique, souligne son fondateur Sylvain Parent-Bédard, qui peine à recruter du personnel spécialisé en divertissement.

«C’est très dur, très difficile dans le domaine de la production à Québec. C’est devenu un enjeu très important. De 10 à 15 % de mes postes ne sont pas comblés. Ça prend des semaines à trouver des employés, et une fois formés, quand ils sont devenus bons, ils partent pour Montréal, Toronto, Los Angeles. Parfois, il arrive d’en convaincre quelques-uns de déménager à Québec.»

Directeur marketing spécialisé en divertissement, auteur humoristique, directeur de production télévisuel, à peu près tous les secteurs de l’organisation sont frappés par la disette. «Ça dépasse le divertissement, on a de la misère à engager une réceptionniste présentement.»