C'est le 9 juillet 2000 que les Cowboys Fringants ont vécu leur baptême du FEQ alors qu'ils avaient assuré la première partie du spectacle de Plume Latraverse.

La première fois

Depuis le 28 juin 1968, le Festival d'été a connu de nombreux soirs de première. Les Renaud ou Desjardins y ont vécu des moments fondateurs. Les soirées thématiques, country et électro, ont connu leurs premiers succès. Retour sur une série de premiers rendez-vous.
Les Cowboys Fringants reçus comme des rois
9 juillet 2000 / Les Cowboys Fringants sont entrés au Festival d'été de Québec (FEQ) par la grande porte, sur la scène des plaines d'Abraham. En 17 ans et six invitations - ils y sont une nouvelle fois attendus cette année -, ils ne l'ont jamais quittée. La festive bande de Lanaudière a vécu son baptême du FEQ en 2000, alors qu'elle avait assuré la première partie du spectacle de Plume Latraverse. Son troisième album autoproduit, Motel Capri, était encore tout chaud et allait certes marquer un tournant dans le cheminement de la jeune formation. Mais avant même la parution de la bombe Break syndical, qui allait vraiment lui servir de tremplin deux ans plus tard, le groupe se voyait déjà confier la scène principale du FEQ. Ses membres gardent en mémoire la visibilité qui leur a été offerte, mais surtout la manière avec laquelle ils ont été reçus. 
«L'accueil des artistes, c'est ça qui nous a frappés à nos débuts, raconte la multi-instrumentiste Marie-Annick Lépine. Quand tu commences, tu ne t'attends pas à ce genre d'accueil. On était reçu comme des artistes internationaux, avec une belle chambre dans un hôtel, une van qui venait nous chercher pour nous amener à la scène, on avait accès à des loges... On n'avait jamais vécu ça et c'était LE festival au Québec qui offrait ça. Ailleurs au Québec, il y a plein de beaux festivals, mais ici, on voyait que c'était une organisation autre. C'est le genre d'événement qui pourrait aussi recevoir Madonna, peut-être...»
Le groupe a renoué avec le Parc des Champs-de-Bataille à quatre reprises pendant le FEQ. En 2005, ils ont quelque peu bousculé les habitudes des festivaliers en offrant le premier spectacle payant sur les Plaines. Mis sur pied à Montréal comme un party de la Saint-Jean-Baptiste alternatif, le concert auquel participaient aussi Dumas, Loco Locass, Les Zapartistes, Stephen Faulkner et Mononc' Serge était accessible au coût de 24 $. À cette époque, le macaron était vendu 20 $. Les fans ont été moins nombreux qu'escomptés à répondre à l'invitation: le lendemain, Le Soleil a fait état d'une «foule modeste, mais enthousiaste» pour le «marathon musical» des Cowboys Fringants. 
***
Richard Desjardins s'impose
Richard Desjardins en spectacle en octobre 1990
11 juillet 1990 / Il y a de ces moments fondateurs entre un artiste et son public. Richard Desjardins a vécu l'un d'eux à son premier passage au Festival d'été (FEQ), en 1990, lorsqu'il a été invité à réchauffer les planches pour le Suisse Stephan Eicher. 
Desjardins est monté sur la scène du Pigeonnier quelques mois avant la parution de son deuxième album solo, Tu m'aimes-tu, qui allait marquer tout un tournant dans sa carrière d'auteur-compositeur-interprète et s'imposer comme un incontournable de la chanson québécoise. 
«La première fois est importante. Ça faisait plusieurs années que je trimais pas mal fort un peu partout au Québec. Je me suis retrouvé seul devant 5000 personnes, avec une guitare et un piano. Je n'avais jamais expérimenté une chose pareille!» nous confiait-il en entrevue en 2013. «C'était en première partie de Stephan Eicher. Ç'a été une bonne soirée parce qu'on est tous les deux repartis avec un prix!» a ajouté Desjardins, qui avait récolté le Miroir de la chanson d'expression française. De son côté, Eicher avait été récompensé du prix de la meilleure prestation scénique.
Dans les pages du Soleil, le critique Régis Tremblay avait souligné la qualité des deux performances. «Sont-ils parmi les derniers des vrais, ou au contraire, parmi les premiers d'un regain du folk?» interrogeait le journaliste le 12 juillet 1990, avant de décrire le lien que l'Abitibien avait su créer avec la foule: «Avant la fin de son tour de piste, Richard Desjardins était devenu un véritable porte-parole du populo, s'en prenant méchamment aux riches et aux puissants. On a toujours le gros du public avec soi, quand on s'attaque aux gros, les riches et leurs dollars, les gouvernements et leurs fonctionnaires.» Le ton était donné pour les années à venir...
***
Rancard avec Renaud
Renaud, en 1984, lors de sa première rencontre avec le public nord-américain
11 juillet 1984 / C'était son premier rancard avec un public nord-américain et Renaud n'allait certainement pas le manquer. Quand la pluie l'a évincé de la scène du Pigeonnier, le 11 juillet 1984, le chanteur français ne s'est pas tu pour autant, transportant plutôt son spectacle au bar L'emprise de l'hôtel Clarendon. 
Selon un «témoin fiable» cité par Le Soleil au lendemain de ce concert impromptu, «l'ambiance était au délire et la musique tout à fait exceptionnelle même dans un lieu aussi exigu pour une formation d'une telle importance». Renaud s'était semble-t-il entendu avec les musiciens ivoiriens du groupe Les Mewlessels pour concrétiser cette première rencontre avec une poignée de privilégiés. Un plus grand nombre a pu se reprendre dans les deux jours qui ont suivi, alors que Renaud figurait aussi à l'affiche du Pigeonnier. Le chanteur est repassé par le Festival d'été de Québec en 1991 et en 2007. Il s'était alors produit devant 60 000 personnes (selon l'estimation des services de sécurité) sur les plaines d'Abraham.
***
L'aubaine Ben Harper
Pour sa première visite, en 1994, le chanteur avait coûté 800 $ avec ses cinq complices de tournée.
7 juillet 1994 / En 50 ans, le Festival d'été (FEQ) a permis d'assister à l'éclosion de maints talents, sur la scène locale, nationale ou internationale. Parlez-en à ceux qui ont pu apprécier la toute première visite de Ben Harper, en 1994.
La mission du Californien? Chauffer les planches pour Colin James. Il l'a fait littéralement - la température était plutôt froide -, recrutant du même coup plusieurs admirateurs. À l'époque, Harper ne comptait qu'un seul album à son actif, il avait donc étiré ses chansons, créant l'enthousiasme avec des titres comme Like a King ou I'll Rise
Quand on sait combien les vedettes peuvent être coûteuses à programmer, il est amusant d'apprendre aujourd'hui à quel point Harper avait été une aubaine: on avait déboursé 800 $ pour le faire venir en ville, avec ses cinq complices de tournée.
«Le spectacle était sans faille, il était un peu comme entre Lenny Kravitz et Bob Marley, commente l'ancien programmateur Jean Beauchesne, pas peu fier de sa prise. Un an après, il avait sorti un autre album et là, et il a vendu un million et plus de copies. Ç'a été comme ça pour ses autres albums jusqu'au début des années 2000...»  Nicolas Houle
***
Birkin: les parapluies de Gainsbourg
Jane Birkin
17 juillet 1992 / Un an après le décès de Gainsbourg, le spectre de Serge se profilait au parc de la Francophonie. Sous la pluie battante de cet été de 1992, son ancienne muse, Jane Birkin, s'est appliquée à transmettre ses mots, avec son filet de voix et son unique aura. 
«L'ineffable Jane Birkin n'était pas encore débarquée de son Airbus qu'elle annonçait déjà qu'elle souffrait d'une affreuse extinction de voix, se remémore l'ancien journaliste du Soleil, Régis Tremblay. Des confrères français m'ont lancé un sourire en me glissant à l'oreille qu'elle faisait le même coup avant chaque concert. Le fait est qu'elle n'a jamais eu de voix du tout, cette asperge!»
Certes, elle n'a jamais été reconnue pour la puissance de son larynx, la Jane. Mais même si les éléments étaient contre elle pour sa toute première visite à Québec, elle avait su créer un moment magique devant sa cour d'admirateurs, sans recourir au moindre artifice. Elle avait notamment pris soin d'expliquer que pour elle, chanter Gainsbourg était le meilleur moyen de le garder vivant.
«Montrant, exhibant une tendresse intégrale, comme un nu intégral, Jane Birkin est d'une imparable gentillesse, d'une irrésistible politesse de coeur, avait conclu Régis Tremblay, dans sa critique. Elle nous prie, nous remercie, nous chérit... Si on ne la retenait pas, elle resterait avec nous toute la nuit! L'amour attire l'amour, c'est bien connu.»  Nicolas Houle
***
La spectaculaire promotion de Louis-Jean Cormier
7 juillet 2014 / Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas pour Louis-Jean Cormier au Festival d'été. Avec sa formation Karkwa et leurs quatre présences entre 2006 et 2011, le chanteur méritait déjà le statut d'habitué. C'est toutefois en solo qu'il a vécu une spectaculaire progression, passant en un an de la scène de l'Impérial à celle des plaines d'Abraham. 
Le 5 juillet 2013, Louis-Jean Cormier s'est pointé au théâtre de la rue Saint-Joseph... Et il est loin d'être le seul à l'avoir fait. Quelques heures avant sa prestation, une file interminable s'étirait sur plusieurs coins de rue. Ils seront des centaines à se voir refuser l'accès à la salle remplie à ras bord. 
Au lendemain du spectacle, le directeur de la programmation du FEQ, Louis Bellavance, a admis avoir sous-estimé, au moment de boucler sa grille, le pouvoir d'attraction de ce projet solo encore tout jeune. Il avait promis qu'on ne l'y reprendrait plus. Et il a tenu parole! L'année suivante, il a confié la plus grande scène du FEQ à l'auteur-compositeur-interprète, qui a convié dans une soirée carte blanche les complices Marie-Pierre Arthur, Ariane Moffatt, Lisa LeBlanc et Martin Léon.
***
Une première expérience électro avec Skrillex
11 juillet 2012 / En 2012, le FEQ décide de suivre une tendance marquée dans les grands événements internationaux et d'inclure un volet de musique électronique. La tête d'affiche de ce premier ElectroFEQ? Skrillex.
Le directeur de la programmation Louis Bellavance et ses complices voulaient créer un événement à l'intérieur même de l'événement, tout en admettant n'avoir aucune idée de ce que serait l'accueil du public pour cette musique commandant les déhanchements. Les festivaliers ont répondu massivement à l'appel. Le programme incluait, outre le maître du dubstep, six formations ou DJ, dont Major Lazer et AraabMUZIK. Cette proposition avait attiré de jeunes festivaliers, de même qu'une faune des pistes de danse qu'on avait rarement vue au FEQ: chic, bronzée, voire sexy, sur talons hauts!
En direct?
On n'a jamais trop su si Skrillex mixait en direct ou s'il faisait semblant, or il avait préparé un programme dynamique et spectaculaire depuis le vaisseau spatial qui lui servait de cage de DJ. Il avait sorti autant les confettis que les projections soignées, les éclairages élaborés, les canons de fumée, les flammes et les jeux de laser.
La vague électro a continué de prendre de l'ampleur durant les années suivantes, atteignant un sommet en 2014, avec des artistes programmés sur quatre scènes différentes.  Nicolas Houle
***
L'opération charme de Keith Urban
10 juillet 2015 / Il serait faux de dire qu'il n'y avait jamais eu de country sur la scène principale du Festival d'été avant 2015: 13 ans plus tôt, le spectacle Cowboys dans l'âme avait obtenu un succès mitigé sur les plaines d'Abraham. Mais on ne peut nier que le genre avait été éclipsé du site depuis que les vedettes internationales y pullulent... Il aura fallu Keith Urban pour remédier à la situation. 
Le chanteur né en Nouvelle-Zélande et établi à Nashville a un peu joué les pionniers en faisant entrer le country au FEQ par la grande porte. Et il en était conscient. «Je suis la première tête d'affiche country à ce festival, n'est-ce pas? Je suis honoré... et surpris que ça ne se soit pas produit avant!» avait-il confié au Soleil avant sa visite dans la capitale. 
Le moins qu'on puisse dire, c'est que M. Nicole Kidman - il est marié à l'actrice depuis 2006 - a pris son rôle au sérieux, livrant une prestation généreuse ponctuée de quelques mots en français, de câlins aux fans et d'un bain de foule qui s'est soldé par le don d'une guitare à une admiratrice. Le public était au rendez-vous, l'opération charme d'Urban a fait mouche... Et la porte qu'il a ouverte ne s'est pas refermée pour ses confrères dans les années qui ont suivi.