Dans cette proposition aux airs de tableau vivant, l’accent visuel est d’abord placé sur les taupes elles-mêmes, craquantes avec leur museau pointu et leurs immenses mains. Puis, lorsque l’accent passe des taupes à leur monde en évolution, le vrai trip commence.

«La nuit des taupes»: rocker sous terre

CRITIQUE / Mardi, les taupes géantes du metteur en scène français Philippe Quesne sont sorties de terre pour faire coucou aux gens de Québec dans leur habitat naturel. Mercredi, l’heure était venue de leur rendre la pareille. Surprenantes et un peu fofolles dans les rues, elles se sont montrées besogneuses, attendrissantes, solidaires et créatives sur les planches… Sans oublier qu’elles rockent. Littéralement et furieusement!

La nuit des taupes, c’est d’une part une rencontre incongrue avec une faune que les amateurs de théâtre ne sont pas trop habitués de voir sur scène. C’est aussi une incursion dans une communauté en train de se construire elle-même. C’est finalement une belle fête un peu étrange où l’art est au cœur des célébrations. 

À l’arrivée des spectateurs, une grosse boîte neutre trône sur la scène de la salle Octave-Crémazie. Elle ne restera pas intacte bien longtemps. Une à une, les taupes — incarnées par des acteurs vêtus d’impressionnants costumes en peluche — y feront leur chemin. La première percera le mur du fond et creusera un tunnel pour les autres. Elles y débouleront en poussant de grosses boules de terre. Elles ont visiblement travaillé fort pour se rendre là. Elles ont besoin d’un moment de repos, mais celui-ci ne durera pas longtemps. Parce que sous terre, il n’y a pas de frontière. Et que leur exploration ne fait que commencer. 

Un mur qui tombe sous les coups de pioche amènera une première taupe vers des instruments de musique. Elle jettera son dévolu sur le thérémine, dont la sonorité inusitée deviendra un peu l’épine dorsale musicale de la pièce. La basse, la guitare et la batterie trouveront aussi preneurs dans ce spectacle en crescendo.

Changement d’accent

Dans cette proposition aux airs de tableau vivant, l’accent visuel est d’abord placé sur les taupes elles-mêmes, craquantes avec leur museau pointu et leurs immenses mains. Placées sur un fond blanc, elles laissent découvrir leur individualité : chapeau aux concepteurs de costumes et aux acteurs qui, dans des conditions tout sauf confortables, leur ont si brillamment insufflé des personnalités propres. 

Mais alors que la musique évolue et devient plus pesante, l’univers des taupes suit la même courbe. Elles nouent des liens entre elles, expérimentent la vie et la mort, jouent ensemble, créent et surtout, elles transforment leur environnement, sans cesse en expansion. Lorsque l’accent passe des taupes elles-mêmes à leur monde en évolution, le vrai trip commence : écrans de fumée, jeux d’ombre, effets psychédéliques, etc. Et la musique pour accoter l’ensemble… Ça rocke chez les taupes. C’est du solide. Et on a envie d’aller faire la fête avec elles! 

La nuit des taupes est présentée de nouveau jeudi à 19h30 à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre.