Après 20 ans passés avec Vulgaires Machins, Guillaume Beauregard fait maintenant carrière solo, fort d’une nouvelle maturité.

La nouvelle maturité de Guillaume Beauregard

CRITIQUE / Après une vingtaine d’années à donner dans le punk rock avec Vulgaires Machins, Guillaume Beauregard donne l’impression de s’être assagi. Et qu’on se le dise, ça lui va très bien. Son tour de chant présenté vendredi soir au Petit Champlain donne à voir un artiste au plus près de ses émotions, fort d’une quarantaine qui reste à apprivoiser et d’une paternité qui le fait maintenant se lever à l’heure où il se couchait au temps de ses folles années.

Pas étonnant que son dernier album, Disparition, dont il a interprété les neuf pièces, place à l’avant-scène des thèmes comme la disparition de la jeunesse et des illusions, l’importance d’être authentique, le temps qui passe trop vite ou ces ruptures qui laissent des traces. L’auteur-compositeur-interprète originaire de Granby y est également allé de six morceaux tirés de son premier album solo, D’étoiles, de pluie et de cendres. Du gros matériel où la mélancolie a pris souvent le haut du pavé.

D’entrée de jeu, l’artiste a ouvert les vannes avec les accrocheuses mélodies Besoin d’amour et De pluie et de cendres, en parfaite symbiose avec les musiciens Manuel Gasse (guitare et voix), Jason Kent (basse et voix), Pat Sayers (batterie) Renaud Gratton (trombone), ainsi que Geneviève Clermont et Stéphanie Pellerin, violoniste et violoncelliste membres du quatuor Orphée. Une collaboration qui a donné lieu à de magnifiques envolées, comme avec Goodbye et Je ne sais plus.

Beauregard aime se payer gentiment la gueule des autres et la sienne. Aussi a-t-il surfé avec beaucoup de dérision, ici et là, sur les secrets que les spectateurs étaient invités à lui envoyer par textos. Des messages parfois (un peu trop) salaces, dont la teneur peut difficilement être dévoilée dans un journal familial…

L’âge aidant, Beauregard a aussi livré un plaidoyer de son cru sur l’importance d’«arrêter de se mentir», d’affronter la vérité «même si c’est déprimant» et d’être un modèle pour ses enfants, dans ce dernier cas, même si ce n’est pas toujours évident. «Criss, tu peux pas être un modèle, t’es un musicien...»

C’est en toute vulnérabilité qu’il a livré, avec le seul accompagnement du violon et du violoncelle, le touchant Trop peu, trop tard, suivi d’un autre beau moment de recueillement, avec Le cœur noir, celui-là seul à la guitare. Entre-temps, le musicien aura eu le temps de lire une lettre, dont on ne sait trop s’il fallait en rire ou en pleurer, au sujet de quelques paradoxes existentiels, comme «avoir chié sur le capitalisme», mais magasiner aujourd’hui au Costco «parce que ça vaut la peine»…

La soirée s’est terminée comme elle avait commencé, sous une bonne étoile, alors que les spectateurs ont pu se régaler en rappel des très poignants Cadeau du ciel et Solitude.

Juste Robert

À l’orée de la cinquantaine, Jean-Robert Drouillard, alias Juste Robert, est encore considéré comme un artiste émergent. Ce talent méconnu gagne à ne pas le rester encore longtemps. Sa magnifique (et trop courte) prestation en lever de rideau a donné le goût d’en entendre beaucoup plus.

Fort d’un premier album lancé cet hiver, Mon mammifère préféré, l’auteur-compositeur-interprète a mis en valeur son folk mâtiné d’une touchante poésie qui n’est pas sans rappeler celle d’un Richard Desjardins. Chapeau sur la tête, le chanteur guitariste de Québec a charmé à coup sûr, flanqué de Hugo Lemaître à la guitare électrique dont les notes ont fait corps avec les siennes.

En seulement quatre chansons — #kanyewest, Mon mammifère préféré (composée pour son épouse), Sous nos vieux disques et Pissenlits de lumière — le protégé de Tire le coyote a frappé dans le mille. Un artiste qu’on aurait aimé mieux découvrir. Ça tombe bien, il sera de retour au Petit Champlain en novembre.