Mélina Kerhoas et Alice Guéricolas-Gagné
Mélina Kerhoas et Alice Guéricolas-Gagné

La montée des eaux, un parcours théâtral enraciné dans la collectivité

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Les 11, 12, 25 et 26 septembre, le quartier Saint-Jean-Baptiste sera la scène, le décor et l’âme du parcours théâtral La montée des eaux. Les participants y découvriront l’île de Saint-Jambe, une utopie post-apocalyptique qui rappelle subtilement l’époque et la communauté actuelles dont elle s’inspire.

En 2018, Alice Guéricolas-Gagné publie Saint-Jambe, son tout premier livre, un recueil de textes qui imagine Québec inondée. Le fleuve Saint-Laurent s’est élargi, a envahi la ville et a fait du quartier Saint-Jean-Baptiste… une île. La montée des eaux, c’est un peu la suite du livre, c’est ce drôle d’univers qui prend soudain vie, le temps de quelques soirées. 

«Dans La montée des eaux, on n’est pas dans le choc de la catastrophe. On est au moment où les gens ont réussi à s’adapter [à la montée des eaux]. Et parce qu’on est dans une utopie, ils se sont adaptés pour le mieux», précise Alice Guéricolas-Gagné, autrice et codirectrice du parcours théâtral. 

Comme une vraie pièce qui coule selon une suite logique, le parcours conduit ses spectateurs à travers une douzaine de stations réparties dans tout le quartier. Au total, près d’une vingtaine d’artistes s’activeront afin de raconter le mode de vie des nouveaux insulaires. Musiciens, acteurs ou encore échassiers seront notamment de la partie pour expliquer leurs pratiques de subsistance ou de transport. Mélina Kerhoas, également codirectrice de l’événement, a quant à elle mis sur pied plusieurs projections. 

L’utilisation de divers médiums, un parcours qui traverse le quartier, bref un projet qui posait bon nombre de défis techniques – et d’autant plus en pleine pandémie, admettent les deux codirectrices. Ce qui a rendu le tout possible? Les habitants de Saint-Jean-Baptiste. Selon Mélina, ils ont été nombreux à accepter de prêter leur cour arrière, leur fenêtre, ou leur balcon afin que l’œuvre voie le jour. «Ils nous prêtent leur électricité, trouvent des rallonges pour nous dépanner. Les gens ne nous disent jamais non. Ils sont vraiment la pierre angulaire du projet», explique-t-elle. 

Le but d’écrire La montée des eaux était aussi, en quelque sorte, de redonner une certaine voix à ces résidants qui ont inspiré les deux jeunes femmes dans de nombreux projets. Alice et Mélina ont d’ailleurs commencé le tout par une collecte de témoignages : «On a demandé aux gens qui habitent dans le secteur : quelle serait votre utopie pour l’île de Saint-Jambe? Et il y a vraiment quelque chose de très propre au quartier qui a émergé de tout ça.» 

«Notre projet est optimiste, mais on vit dans une époque qui ne l’est pas tant que ça. Il y a un clash entre le nom du projet et le réel état d’esprit de celui-ci. Je pense qu’avec La montée des eaux on vient chercher une partie d’un public qui a soif de quelque chose de constructif, de rassembleur, d’un sentiment de communauté. Je pense que, les gens qui ont dit oui pour prêter des lieux ou des fenêtres, ce sont des gens qui étaient habités par cette envie-là», affirme Mélina.

Si les billets pour les 11 et 12 septembre ont tous trouvé preneurs, les jeunes femmes et leur équipe mettront en vente, le 14 septembre prochain, ceux pour les 25 et 26 septembre. Chaque soir, trois départs auront lieu à partir d’une intersection gardée jusqu’ici secrète. 

Un parcours et une exposition 

En parallèle au parcours théâtral multidisciplinaire, une exposition illustre quant à elle certains paysages typiques de la nouvelle île. Les onze œuvres, signées par l’artiste français Sébastien Brunel, ont été disposées un peu partout dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Exposés dans les fenêtres de généreux citoyens, les dessins sont accompagnés d’aphorismes inédits, composés par Alice Guéricolas-Gagné. 

«Au début, on pensait peut-être exposer dans une galerie, mais très rapidement cette idée-là a pris le bord et on a opté pour l’idée d’exposer dans les fenêtres. Ça amène vraiment ce côté, assez exceptionnel pour moi, où une personne qui ne serait jamais rentrée dans un musée ou dans une galerie peut voir une œuvre par hasard. C’est un peu aussi à ces gens-là qu’on s’adresse», indique Alice.

Seulement quatre des onze dessins seront visités lors du parcours théâtral. Les intéressés pourront donc, du 11 septembre au 13 octobre, poursuivre l’expérience et redécouvrir le quartier Saint-Jean-Baptiste comme ils ne l’ont jamais vu. 

Les billets ainsi que la carte qui détaille l’exposition sont disponibles sur le site web du projet ainsi que sur sa page Facebook.