Bruno Mars est loin d'avoir eu un succès instantané lorsqu'il a tenté sa chance en musique et attribue en partie à ses origines métissées ses difficultés du début.

La magie selon Bruno Mars

À l'été 2013, Bruno Mars a conquis les plaines d'Abraham, s'imposant comme le nouveau roi de la pop. Quatre ans, un simple au succès planétaire (Uptown Funk) et un nouvel album (24K Magic) plus tard, le chanteur revient à la charge jeudi en prenant d'assaut le Centre Vidéotron. Anatomie d'un succès.
 
Une tête à chapeau qui cultive le doute
En prenant part au rigolo concept du Carpool Karaoke de James Corden - dans lequel l'animateur conduit des vedettes en voiture en reprenant avec eux leurs plus grands succès -, Bruno Mars a été confronté à un enjeu mode aussi superficiel qu'existentiel : sa tête à chapeau. «Si j'en porte tant, c'est à cause de ces cheveux... Je ne sais pas quoi faire avec!» a confessé celui qui arbore plus souvent qu'autrement ces jours-ci une casquette à palette plate sur laquelle on peut lire «XXIVk», du titre de son dernier album, 24K Magic (qu'on pourrait traduire par Magie 24 carats). 
Si sa tête soulève des questions, elle en renferme aussi plusieurs, semble-t-il. Poussé par l'immense succès du simple Uptown Funk, une collaboration avec Mark Ronson qui a fracassé des records de ventes, c'est un Bruno Mars rempli de doutes qui s'est pointé en studio pour créer la suite des choses. «Cet album a été intimidant parce qu'il suivait la plus grosse chanson de ma carrière. Après, tu te dis : "bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant?"» a-t-il indiqué à CBS ce printemps, ajoutant que la bombe Uptown Funk avait pris un an à venir au monde... et avait été mise aux poubelles une bonne dizaine de fois au cours du processus. 
La création de 24K Magic, paru l'automne dernier, a donc présenté son lot d'essais et d'erreurs avant d'arriver à sa forme finale. Mars aurait notamment pondu six versions de la ballade Versace on the Floor avant de trouver la bonne. C'est aussi ce qui expliquerait le fait que l'album se résume à neuf titres et 33 minutes de musique.  
«Pour moi, il y a tellement de manières d'écrire une chanson. C'est un casse-tête, c'est un problème. Est-ce que je connais la bonne manière? Non. Je n'ai pas 18 bonnes idées. Si j'avais 18 bonnes idées, vous auriez eu un album double», a expliqué Mars au London Evening Standard
«C'est tellement difficile, avait-il aussi évoqué au Rolling Stone. Chaque beat a déjà été fait, chaque rime a déjà été dite, chaque progression d'accords a déjà été entendue. Je suis en compétition avec des milliards d'autres chansons. C'est comme de gagner à la loterie, faut juste être chanceux.»
Gageons qu'une accusation de plagiat comme celle qui a été déposée par le groupe Collage à propos d'Uptown Funk, jugée très similaire au titre de 1983 Young Girls, n'a rien fait pour alléger les inquiétudes de M. Mars...
Un visage difficile à caser
Né à Hawaï d'un père juif portoricain et d'une mère originaire des Philippines, Peter Gene Hernandez - qui allait adopter le nom de Bruno Mars en même temps que la ville de Los Angeles - est loin d'avoir eu un succès instantané lorsqu'il a tenté sa chance en musique. Recruté puis abandonné par l'étiquette Motown, il a dû travailler dans l'ombre pour d'autres avant qu'on lui laisse à son tour avoir accès à l'avant-scène. 
«Je ne comprenais vraiment pas pourquoi je me faisais rejeter autant. J'ai tout entendu. Ça revenait souvent à mon apparence. Purement et simplement : "Il n'est pas une star". Ces gars me faisaient travailler avec des gens sur qui je ne dépenserais pas 10¢. C'est ce que j'avais à faire, j'en étais reconnaissant. Mais je ne comprenais pas la business», a-t-il évoqué au journal londonien Evening Standard en avril.  
Avec le recul, Bruno Mars attribue en partie ses difficultés à ses origines métissées, au fait que l'industrie ne savait tout simplement pas où le caser. «Je pense que plusieurs personnes se questionnent sur la couleur de ma peau. C'est comme si on se disait : il n'est pas assez noir, il n'est pas assez blanc. Et il a un nom latin, mais il ne parle pas espagnol. À qui doit-on le vendre?» a-t-il aussi analysé en entrevue à l'émission 60 Minutes de CBS en juin. 
Une image étudiée avec soin 
«Si je pouvais porter une telle quantité de soie, je pense que je serais heureux. Mais contrairement à toi, j'aurais l'air de me taper une dépression», a résumé l'animateur James Corden lorsqu'il a convié Bruno Mars à son Carpool Karaoke. Pas de problème, le monsieur assume. De ses fringues soyeuses à ses bas dorés en passant par le bling-bling qu'il porte fièrement, tout est étudié et fait partie d'un ensemble. Un look sur mesure pour chanter sa  «magie 24 carats»...
«Je me préoccupe vraiment de ce que les gens voient, a-t-il confirmé à l'émission 60 Minutes de CBS. Je veux qu'ils sachent que je travaille fort. Les artistes qui m'impressionnent - Michael Jackson, Prince, James Brown -, on les regarde et on comprend qu'ils prêtent attention aux détails de leur art. Ils se préoccupent beaucoup de ce qu'ils portent, de leur façon de bouger, de leur manière de toucher leur auditoire. Ils ne sont pas faux. Ils montent sur scène avec l'idée de massacrer quiconque va jouer après eux et tous ceux qui sont passés avant. C'est ce que j'ai regardé toute ma vie, c'est ce que j'admire.»
Le coeur toujours endeuillé
À son dernier passage dans la capitale, en 2013, Bruno Mars venait de perdre sa mère, décédée subitement d'une rupture d'anévrisme à 55 ans. Dévasté, il avait offert son concert sur les plaines d'Abraham, mais refusé de se faire photographier ou filmer sur scène. 
«[À cette époque], j'étais en miettes, a-t-il confié au magazine Rolling Stone. Je ne savais pas quoi faire. Il n'y a rien à faire à part se recroqueviller et pleurer sa vie.»
Au moment de lancer l'album 24K Magic, Mars se disait toujours affecté par le deuil. «À ce jour, je ne sais pas comment gérer ça. C'est une partie de ton coeur qui disparaît pour toujours. Je ne sais pas comment en parler. C'est un cauchemar. C'est littéralement un cauchemar», a ajouté le chanteur, qui a récemment fait don d'un million de dollars pour venir en aide aux résidents de Flint, au Michigan, victimes d'une grave crise d'eau contaminée. Maman aurait sûrement été fière...
Un gars qui sait où il s'en va
S'il s'interroge quand vient le temps d'écrire des chansons, Bruno Mars sait où il s'en va au moment de les présenter sur scène. Le bonhomme peaufine son art depuis l'enfance - il a commencé à quatre ans comme imitateur d'Elvis Presley - et personne ne le fera douter de ses capacités. Pas même les organisateurs du Super Bowl, où il s'est produit à deux reprises à la mi-temps. «Ils voulaient montrer une image du public qui portait des bracelets lumineux, a-t-il relaté au Rolling Stone. Je leur ai dit : "vous ne vous rendez pas service en pointant les caméras ailleurs que sur moi". Ils ont finalement dépensé tout cet argent sur des bidules qui n'ont pas fonctionné. Je répète en malade avec mon groupe. Même sous des lumières de cafétéria, on va quand même faire comme si on avait une production à 5 millions $. Je viens de cette école. On est un band de bar. Chaque machine à fumée et chaque éclairage laser, c'est juste un bonus.»
Vous voulez y aller?
Qui: Bruno Mars
Quand: 24 août à 20h
Où: Centre Vidéotron
Billets: 140 $
Info.: www.lecentrevideotron.ca