La bête de scène Damon Albarn s'est pointée avec un show qui a démarré sur des chapeaux de roue, avec pas moins de 12 musiciens sur les planches.

La magie Gorillaz

CRITIQUE / À bien des égards, l'arrêt de Gorillaz sur les plaines d'Abraham avait des allures de test : est-ce que les festivaliers se déplaceraient massivement pour ce groupe qui, en dépit de sa remarquable feuille de route, n'est pas une évidence pour l'ensemble du grand public? La réponse est oui. Et ils ont eu droit à un magnifique spectacle, porté par la bête de scène qu'est Damon Albarn.
Damon Albarn, magnétique et tout sourire, a mis la vaste foule dans sa poche dans le temps de le dire.
S'il y avait des mordus, qui étaient arrivés très tôt pour se réserver une place, plusieurs ont préféré prendre leur temps et ne se présenter que quelques minutes avant le concert. Fans comme curieux avaient néanmoins bien rempli les Plaines et ils n'auront pas regretté leur déplacement. Albarn s'est en effet pointé avec un show qui a démarré sur des chapeaux de roue. Il avait toute une équipe : pas moins de 12 musiciens sur les planches. Et ça, c'est sans compter les invités qui sont apparus en cours de route. 
Mais plus que les invités ou les projections, faisant apparaître les membres virtuels de Gorillaz sur le grand écran, c'est Damon Albarn, magnétique et tout sourire, qui a mis la vaste foule dans sa poche dans le temps de le dire. Il s'amusait comme un gamin et il voulait qu'il en soit autant pour les spectateurs. Durant la soirée, il les a arrosés, les a fait sauter et leur a lancé un «je crois que je vous aime» complice, allant jusqu'à danser parmi eux.
Le concert était adroitement bâti.
Pendant que les efficaces M1 A1AscensionLast Living Souls ou encore Saturnz Barz se succédaient, sans temps mort, il allait à la rencontre du public d'un bout à l'autre de la scène, sortait son mélodica (ce clavier activé par le souffle), chantait dans un walkie-talkie, mettait un keytar en bandoulière ou se faisait porter à bout de bras par les fans.
En fait, il était si lumineux, que dans ce party qui carburait à la pop, au rock, au trip hop, au funk ou au rap, il a pu insérer la touchante ballade Busted and Blue avec Kelela sans perdre l'attention des spectateurs, qui levaient bien haut leur cellulaire. 
D'autre part, le concert était adroitement bâti. On s'est promené dans la discographie du groupe, avec une majorité d'arrêts, bien sûr, dans le récent Humanz. Les invités, présents dans la deuxième partie, en ont défendu plus d'un. Kelela donnait la réplique à Danny Brown pour Submission, Peven Everett est apparu pour Strobelite. Quant à l'exubérant Jaime Principle, il s'est distingué dans l'énergique Sex Murder Party.
Les autres invités qui ne pouvaient y être, comme Jehnny Beth des Savages dans We Got The Power, ont pris forme sur l'écran géant. C'est d'ailleurs avec cette chanson que le show devait se terminer officiellement, Albarn se déchaînant cette fois à la guitare.
«C'est une soirée vraiment spéciale pour nous», a déclaré le leader, revenant pour un généreux rappel, où l'on a trouvé bien sûr l'incontournable Clint Eastwood. Une magnifique version de Demon Days, étoffée par les choeurs, est venue mettre un terme à ce tour de piste qu'on aurait bien aimé voir se poursuivre, tellement il était réussi.
Une première visite à Québec des plus appréciées, donc. Espérons qu'il y en aura d'autres.
Danny Brown: «allez prendre un verre!»
Danny Brown n'a pas caché son irritation de voir la zone avant-scène peu impliquée et passablement déserte.
Comme Kendrick Lamar avant lui, mais avec une dose d'humour, Danny Brown n'a pas caché son irritation de voir la zone avant-scène peu impliquée et passablement déserte. À la moitié de son spectacle, il a blagué sur le fait que Québec était cool, même si les Backstreet Boys et Pink étaient venus. Puis, il a prévenu : «je joue de ce côté pour le reste de la soirée», pointant l'admission générale.
Plus tard, il en a remis une autre couche en lançant à la zone avant-scène «allez prendrez un verre, faites ce que vous voulez, ils ont du fun, je joue pour eux!», en parlant toujours de l'admission générale. Il est quand même retourné voir l'avant-scène et a réussi son coup, faisant lever les deux côtés.
Flanqué de son DJ, Brown est passé à travers son répertoire dynamique et rythmé avec sa voix nasillarde et son flow à très haute vitesse - même lorsqu'il parlait, on en perdait des bouts! Une performance qui a bien chauffé les lieux pour Gorillaz, même si pour la qualité de la prose, on repassera.
En douce avec Kelela
Le matériel soul et r'n'b de Kelela était intéressant et elle le rendait très bien, avec grâce et sensualité.
La soirée a débuté en douce avec Kelela. La chanteuse s'est présentée avec un DJ pour un tour de chant mettant sa voix fluide bien en évidence. Son matériel soul et r'n'b était intéressant et Kelela le rendait très bien, avec grâce et sensualité.
Cependant, ses chansons se prêtaient plus ou moins à une grande scène comme celle des Plaines. Et puis, il faut bien le dire, l'Américaine ne s'est pas tellement ajustée au contrat non plus : elle n'a sorti sa pièce la plus rythmée qu'en toute fin de parcours.
Malgré tout, les festivaliers les plus attentifs n'ont pas manqué de reconnaître son talent évident. Kelela s'en est montrée touchée : «c'est beaucoup d'amour pour une toute première partie, ça signifie beaucoup pour moi». Une prochaine visite en salle?
La liste des chansons de Gorillaz
1. M1 A1 
2. Ascension 
3. Last Living Souls 
4. Saturnz Barz 
5. Tomorrow Comes Today
6. Rhinestone Eyes
7. Sleeping Powder 
8. 19-2000
9. El Mañana
10. On Melancholy Hill
11. Busted and Blue (avec Kelela)
12. Submission (avec Kelala et Danny Brown)
13. Strobelite (avec Peven Everett)
14. Andromeda
15. Sex Murder Party (avec Jamie Principle)
16. DARE (avec Petra & Rebecca)
17. We Got the Power 
18. Stylo (avec Peven Everett)
19. Kids with Guns 
20. Clint Eastwood
21. Don't Get Lost in Heaven 
22. Demon Days