L'humoriste Rosalie Vaillancourt a lancé cette année son premier spectacle solo, «Enfant roi».
L'humoriste Rosalie Vaillancourt a lancé cette année son premier spectacle solo, «Enfant roi».

La grosse année de Rosalie Vaillancourt

Rosalie Vaillancourt rigole lorsqu’on l’interroge sur la réplique «OK Boomer», qui a gagné en popularité cette année. Parce que l’humoriste dit l’utiliser à la blague, même en parlant à des gens de son âge. Et parce qu’elle fait écho à un enjeu générationnel qu’elle a voulu explorer, notamment avec son premier spectacle, «Enfant roi».

Lancée sur le réseau social TikTok, l’expression «OK Boomer» a fait boule de neige comme riposte cinglante à certains comportements stéréotypés attribués à la génération des baby-boomers (résistance aux changements technologiques, climatosceptiscisme, jugement des milléniaux, etc.) Si elle n’y voit pas une réponse constructive, Rosalie Vaillancourt dit elle-même observer un problème générationnel.

«Je pense que c’est mondial, indique-t-elle. Je trouve que mon show arrive au bon moment. J’essaie de toucher à toutes les générations pour qu’on ait un moment ensemble. Moi, mes parents, ce sont mes meilleurs amis. Ce sont des boomers et des fois, je les trouve “boomers”. Mais ça n’empêche pas qu’on puisse s’entendre sur plein de sujets et avoir des discussions. Si dès qu’il y a un problème, on tourne la page en disant “OK Boomer”, je ne sais pas si ça donne quelque chose. Mais je trouve vraiment qu’il y a un problème générationnel et c’est ça que je veux défaire avec mon show.»

À l’écran et sur le Web

Avant de fouler les planches avec Enfant roi, la comique au timbre strident — «Déjà que j’ai un physique typique, au moins, j’ai une voix qui se différencie!» note-t-elle — a beaucoup œuvré sur le Web et au petit écran. Elle a jasé avec des enfants dans le podcast 18 ans et moins et a répondu à leurs questions dans la websérie de Radio-Canada Demande donc à Rosalie. Avec son confrère Julien Lacroix, elle s’est adressée aux ados dans les capsules On parle de sexe. On l’a entendue au micro de La soirée est (encore) jeune et vue faire des chroniques animalières aux côtés de Jean-Philippe Wauthier à Bonsoir bonsoir!. Entre autres. Bref, elle ratisse large, la Rosalie. Et c’est ce qu’elle veut.

Rosalie Vaillancourt à la première médiatique de son spectacle à la salle Albert-Rousseau.

«Ce que j’aime le plus, c’est que tout le monde embarque. Je pense que c’est dans mon one-woman-show que je le réussis le mieux. Il y a des gens de 14 ans qui viennent le voir, comme il y a des gens de 65 ans. En fait, 40 % du public, c’est des gens de plus de 65 ans. Ce sont des abonnés ou des gens qui m’ont vue à la télé. Ce sont eux qui s’amusent le plus, je pense. Ou qui me détestent le plus... C’est un des deux!» s’esclaffe celle qui n’a pas peur d’ajouter un peu de décapant à ses propos ou d’aborder des sujets crus. Au final, elle prône la bienveillance.

«J’ai l’impression d’avoir un humour qui dit : “soyez gentils avec les autres, soyez ouverts d’esprit”», décrit la comique, soucieuse de dédramatiser les thèmes qu’elle choisit d’explorer.

«C’est ma plus grande qualité, croit-elle. J’essaie que ça puisse rejoindre le plus de gens possible. Je parle autant des problèmes de jeunes que des problèmes des moins jeunes. Le texte final de mon spectacle parle du fait que j’ai hâte de vieillir et de pourquoi c’est hot d’être vieux. C’est pour dédramatiser cette partie de la vie, parce que vieillir, c’est l’une de mes plus grandes peurs. Pas parce que j’ai peur de vieillir corporellement. Mais parce que j’aimais tellement ça être une enfant...»

L’année 2019 en aura donc été une de changements pour Rosalie Vaillancourt, dont la première montréalaise a eu lieu le soir de ses 27 ans. Elle évoque une remise en forme pour se mesurer à l’exigence des prestations scéniques ou la routine qu’elle a dû se construire pour conjuguer la vie de tournée avec son trouble de déficit de l’attention. Mordue d’agriculture, elle profite notamment de ses déplacements pour visiter des fermes aux quatre coins du Québec (elle a même prêté sa voix à une série de capsules produites par l’Union des producteurs agricoles).

Rosalie Vaillancourt entamera 2020 la tête pleine de projets. Et si l’on se fie à l’admiration qu’elle voue à la Poune, on n’a pas fini d’entendre parler d’elle...

Rosalie Vaillancourt présentera de nouveau «Enfant roi» à la salle Albert-Rousseau le 3 mars.

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COUPS DE CŒUR ARTISTIQUES

Métiers d’art : Cybele B. Pilon

«C’est une céramiste que j’aime beaucoup. Elle a sorti une nouvelle collection qui s’appelle Franfreluche. C’est vraiment beau. C’est inspiré des années 70 et du personnage de Franfreluche.» 

On peut voir son travail au cybelebpilon.com

Une pièce de Cybele B. Pilon

Théâtre : Bonne retraite, Jocelyne, Fabien Cloutier

«J’ai aimé que ça aborde la question générationnelle. Les répliques sont toutes drôles. Moi, je ris beaucoup. Même quand c’est malaisant, je ne suis pas capable de me retenir. À un moment, les gens dans la salle ne riaient plus et moi, j’étais genre : “pouah!” C’est une pièce qui est touchante en même temps qu’elle est un peu rude.»

La pièce «Bonne retraite, Jocelyne» de Fabien Cloutier

Livre : L’arabe du futur, Riad Sattouf

«C’est ma série de livres préférée. C’est une BD. Moi, j’ai de la misère à lire à cause de mon TDAH (trouble de déficit de l’attention). Les romans graphiques m’ont vraiment sauvée. J’en lis deux ou trois par semaine et L’arabe du futur, c’est mon préféré. C’est un français qui s’appelle Riad Sattouf qui a fait ça. J’ai lu les quatre premiers et j’attends le cinquième impatiemment.»

Musique : Jérôme 50 et Les Louanges

«J’adore Jérôme 50, surtout qu’il a fait une chanson sur moi [Chaise musicale]. Je ne le connaissais pas avant qu’il s’inspire de ma série Web pour faire une toune. Je l’ai chantée avec lui plusieurs fois. Il y a aussi Les Louanges que j’ai quand même full aimé cette année. J’aime les harmonies qu’il y a là-dedans. C’est une musique travaillée. Ça paraît qu’il a mis son cœur là-dedans. Il a vraiment son style à lui.»

Série télé : Anne With an E, CBC

«C’est une série canadienne autour d’Anne… La maison aux pignons verts, en version féministe. Et dans la saison 3, ils ont même intégré les Premières nations. Anne, pour moi, c’est presque une obsession. Une petite fille qui parle tout le temps et qui est débrouillarde pour son âge, ça me rejoint vraiment beaucoup.»

Les deux premières saisons sont actuellement sur Netflix. La troisième y sera le 3 janvier.

«Anne With an E»