Les trois dames de la Reine de la nuit (Lyne Fortin, Megan Latham et Allyson McHardy)

«La Flûte enchantée»: fine pluie de magie

CRITIQUE / Si on a parfois reproché à Robert Lepage de laisser trop de place à la machinerie scénographique, pour «La flûte enchantée», nous en aurions parfois pris un tout petit peu plus. Le metteur en scène a habillé l’opéra de Mozart d’une pluie de tours de magie charmants et de quelques imposants coups de tonnerre scéniques. Plusieurs scènes plus statiques au 2e acte donnaient toutefois l’impression de passer d’une image à l’autre sans que l’histoire nous emporte tout à fait.

Le type d’illusions utilisées par Lepage et les concepteurs Jamie Harrison à la scénographie et Simon Wilkinson aux lumières est tout de même fascinant. À tout moment, les objets et les personnages surgissent d’une zone noire à l’arrière-scène ou y disparaissent. On devine parfois les mouvements d’une horde de ninjas athlétiques tout de noir vêtus — ceux-ci ont d’ailleurs chaudement été applaudis à la fin de la représentation —, on tente de deviner comment les tapis volent et les oiseaux apparaissent. Le mouvement des personnages lorsqu’ils sont en vol, sur le dos de porteurs presque invisibles, est ponctué de petites secousses, comme les décors mouvants des films de Georges Méliès.

Gare à l’imprudent qui cligne de l’œil (ou regarde les surtitres) au mauvais moment, il risquerait de manquer les tours plus subtils, qui se déroulent en un éclair, et qui permettent réellement de faire naître la magie autour de La flûte enchantée.

Les coups de tonnerre évoqués plus haut accompagnent les apparitions de la Reine de la nuit et l’entrée de Sarastro. La première surgit dans une robe gigantesque, sertie de lumières, dont la jupe servait de toile de fond pour les premières scènes. Plus tard, elle entre dans une lune, une sphère aux allures de sas tenue par une grue. Sarastro surgit quant à lui dans toute sa splendeur sur un char d’or tiré par six personnages à tête de lion et aux yeux lumineux, devant un imposant chœur brillant de mille feux dans des toges dorées. En comparaison, l’habillage de la plupart des airs semblait démesurément dépouillé.

Frédéric Antoun en Tamino

Le couple de jeunes premiers, Frédéric Antoun et Simone Osborne, ont des voix divines, une bonne présence scénique, mais un jeu souvent figé. Les trois dames de la Reine de la nuit, Lyne Fortin particulièrement, sont quant à elle fort investies dans leur rôle. Lorsque, juchées sur des paravents en miroir, elles donnent l’impression, en balançant une jambe, de s’être mutées en quelque créature méduse flottant dans l’air, l’effet est très réussi. Le trio des enfants a lui aussi un jeu vif et des voix surprenantes. 

John Relya en Sarastro a une voix de basse très texturée, dont les descentes abyssales siéent bien à son personnage. Quant à Gordon Bintner en Papageno, il parvient à amuser sans tomber dans la caricature, notamment lorsqu’il joue des clochettes en faisant mine de laisser l’instrument résonner seul. Un jeu plus habile que celui d’Antoun sur la flûte, où ses doigts demeurent statiques. 

Audrey Luna est terrifiante en Reine de la Nuit, surtout lorsqu’elle arbore une imposante perruque de métal qui lui cache les yeux. Le fameux air Der Hölle Rache… rigoureusement exécuté, nous a presque donné des frissons, il aurait suffi d’une petite étincelle supplémentaire.

L’orchestre symphonique de Québec et le chef Thomas Rösner se sont fort bien acquittés de leur tâche, avec enthousiasme, doigté et légèreté.

À la première, mardi soir, chaque air suscitait des applaudissements. Ce qui renforçait cette impression d’assister à un enchaînement de numéros plutôt qu’à un spectacle mû par un souffle constant. L’enthousiasme a culminé à l’apparition de Robert Lepage sur la scène pendant le salut. Le public avait visiblement envie de signifier son appui à l’artiste, dans la tourmente des annulations de SLAV et Kanata, et de saluer son lien privilégié avec le Festival d’Opéra de Québec. 

La flûte enchantée de Mozart, vue mardi, sera de nouveau présentée jeudi, samedi et lundi, dans le cadre du Festival d’opéra de Québec.