Directrice générale de la Télévision de Radio-Canada depuis janvier 2015, Dominique Chaloult tirera sa révérence à l’automne.

La fin de l’ère Chaloult

CHRONIQUE / Après avoir donné le go à des succès comme «District 31, 1res fois, Deuxième chance» et «Les dieux de la danse», Dominique Chaloult tirera sa révérence à l’automne. Directrice générale de la Télévision de Radio-Canada depuis janvier 2015, elle invoque le souhait de se consacrer à sa famille et de travailler à titre de consultante, à son propre compte. «Je ne prends pas ma retraite», précise celle qui aura passé huit ans à occuper un poste aussi stratégique, si on compte ses trois années à Télé-Québec.

Pour plusieurs, l’ère Chaloult aura représenté la trop forte présence de vedettes à la télé publique; pour d’autres, elle sera synonyme de succès d’écoute et de fidélisation du public avec des productions de grande qualité. La principale intéressée considère qu’elle laisse la maison en très bonne condition, après avoir permis à ICI Radio-Canada Télé de devenir «la chaîne la plus regardée des francophones en heure de grande écoute partout au pays», de 19h à 23h, une première en 25 ans. «Je suis devant le sentiment du devoir accompli. J’ai monté une super équipe, solide, avec laquelle on a eu de beaux succès», affirme l’ancienne productrice.

Un des accomplissements dont elle est le plus fière : avoir installé une stratégie multiplateforme, une synergie forte entre ICI Télé, ICI ARTV, ICI Explora et ICI Tou.tv. «Ça prenait de la persévérance. Au début, les producteurs n’aimaient pas ça quand on mettait leurs séries en primeur sur Tou.tv. Il a fallu les convaincre qu’on se ne cannibalisait pas en faisant ça», explique-t-elle, convaincue que c’était la chose à faire. «ICI ARTV a augmenté ses parts de marché depuis un an», donne-t-elle comme exemple. Elle se dit à l’aise avec le principe de l’abonnement payant de l’Extra d’ICI Tou.tv, qui irrite au plus haut point des joueurs comme le Groupe TVA. «40 % de nos revenus proviennent encore de la publicité. Mon travail est de m’organiser pour avoir assez d’argent pour donner au public les programmes qu’il aime. Je travaille avec cette vision-là depuis cinq ans.»

Même si elle n’a jamais traversé de controverse majeure, elle reconnaît qu’il «faut avoir de bons nerfs» pour occuper cette fonction, scrutée à la loupe. On lui a notamment reproché la légèreté des Échangistes, et la trop grande présence de «A» (les plus gros noms) à la télé publique. Parmi ses décisions moins appréciées, il y a récemment l’annulation de la série Demain des hommes après une seule saison, malgré une moyenne de 695 000 téléspectateurs l’automne dernier. Dominique Chaloult partira peu de temps après avoir mis fin à plusieurs émissions bien implantées, dont Entrée principale, Marina Orsini, Deuxième chance, Ici Laflaque, et tout dernièrement, Des squelettes dans le placard. Un grand ménage qu’elle associe à un désir d’étonner le public. «Il faut rester dans la mouvance. Le téléspectateur veut du changement, de la diversité, de l’audace. Il faut savoir se renouveler, amener de nouvelles têtes à l’écran. Ça demande du courage, parce que chaque fois qu’on prend de telles décisions, les gens les questionnent», explique-t-elle.

Elle a toujours considéré le mandat de Radio-Canada comme un outil plutôt que comme un boulet, même s’il est constamment remis en question par les détracteurs du diffuseur public, qui déplorent l’insuffisance de produits culturels. Un argument qu’elle réfute. «J’ai eu beaucoup de plaisir à faire l’équilibre entre notre mandat et les émissions plus populaires. Je suis fière de la stratégie culturelle qu’on a mise sur pied. Le problème, c’est que les médias en parlent moins. On a toujours un peu plus de misère à faire parler de nos émissions «mandats».»

Dans une vision plus large, Dominique Chaloult ne s’inquiète pas pour l’avenir de la télévision. «Il faut bien s’adapter aux changements, être toujours à l’affût. Mais je crois que la télévision linéaire ne disparaîtra pas de sitôt. Quand on voit des succès comme District 31 et le Bye Bye, on constate qu’il y a encore des gens qui se regroupent devant la télé.»

Le diffuseur public a déjà mandaté une firme de chasseurs de têtes pour lui trouver un successeur. «Ça permet de découvrir des gens auxquels personne ne pense. C’est une bonne chose de diversifier les forces. Ça permettrait d’avoir quelqu’un qui peut avoir des qualités différentes des miennes, et amener Radio-Canada encore plus loin», croit Dominique Chaloult, qui compte rester en poste jusqu’à ce que soit nommé son successeur. Parions que quelques-uns ont déjà commencé à se voir dans ce siège convoité, mais à haut risque.