La pop de chambre d'Agnes Obel, qui se distingue par ses subtilités et ses nuances, requiert non seulement une bonne qualité sonore, mais une écoute assidue.

La douce conquête d'Agnes Obel

CRITIQUE / Agnes Obel était de retour à Québec, mercredi, entourée de son habituelle formation féminine à laquelle s'était greffé, pour la première fois, un homme. Défendant principalement les titres de son récent Citizen of Glass, la Danoise a graduellement fait entrer le public du Palais Montcalm dans son cocon sonore.
La pop de chambre d'Agnes Obel, qui se distingue par ses subtilités et ses nuances, requiert non seulement une bonne qualité sonore, mais une écoute assidue. Il y avait tout ça, dans la salle Raoul-Jobin, qui était remplie à pleine capacité. En fait, le public était tellement silencieux que la chanteuse s'en est même inquiétée, l'incitant à se laisser aller davantage.
Si cette grande écoute était toute à l'honneur des spectateurs, c'est peut-être aussi que durant la première moitié de la soirée, l'enthousiasme s'est fait attendre. La sélection ou plutôt la séquence des chansons n'était pas idéale. On n'avait rien à redire sur l'exécution, précise, or on a mis du temps à sentir que les pièces s'imbriquaient pour véritablement bâtir quelque chose. Il y avait trop de retenue dans le jeu et une certaine redondance dans les arrangements. On pouvait par ailleurs noter les limites des percussions électroniques sur quelques titres. 
Cela dit, prises séparément, les interprétations avaient assurément leur charme. La voix éthérée d'Obel flottait dans les lieux - même si des maux de dos la tenaillaient - et les harmonies vocales, assurées par ses complices féminines, étaient d'une rare beauté. Familiar, où la leader traitait son chant dans des effets pour le rendre plus grave ou encore It's Happening Again avec l'apport de la clarinette de Catherine De Biasio ont été parmi les bons coups.
Deuxième moitié réussie
Puis, peu à peu, Obel est parvenue à plonger davantage la foule dans son univers pour finalement le gagner entièrement - comme si on avait assisté à douce et subtile conquête. Elle s'est en effet mise à marquer des points à répétition, qu'elle se retrouve seule au clavier ou que ses complices fort compé­tent(e)s à plus d'un instrument et à divers effets, soient mis(es) à contribution.
Mary, durant laquelle la salle retenait son souffle, The Curse, qui était attendue, ou encore Stretch You Eyes, où la section de cordes réunissant John Corban (violon), Charlotte Danhier (violoncelle) et Kristina Koropecki (violoncelle) déployait tout son savoir-faire sur des orchestrations dynamiques et recherchées, ont été autant de beaux moments.
La Danoise, seule à arborer du noir et quelques couleurs parmi sa bande qui revêtait du blanc, est revenue en rappel d'abord en solo, pour ensuite poursuivre et culminer sur le crescendo de la très belle On Powered Ground. Une troisième visite qui a été, au final, bien appréciée.