Véronique Côté
Véronique Côté

La crise vue par... Véronique Côté

La pandémie de la COVID-19 a durement secoué la communauté artistique. Tout comme plein de leurs concitoyens, chanteurs, dramaturges, auteurs et compagnie ont vu leurs vies bouleversées. Les journalistes des six coopératives ont eu le goût de savoir ce que la situation changeait dans leur pratique, leur quotidien, mais aussi ce que la crise suscitait comme réflexion. Certains nous en ont parlé, d’autres ont pris la plume pour vous en faire part.

Véronique Côté, actrice, poète et dramaturge

«S’il me semble qu’il y ait bel et bien un devoir de pudeur, dans les circonstances, à réclamer du soutien chacun pour sa gang, et si je me suis dit plein de fois: patience, il y a des urgences bien plus vives, je dois dire que le silence de la Ministre de la culture autour de la suite des choses commence à m’apparaître comme une dérobade, pour ne pas dire un abandon.

«Va pour les sacrifices du présent: ils sont partout les mêmes, et s’ils révèlent sous une lumière crue toutes nos inégalités systémiques, toute la précarité latente de certains milieux qui vivent à l’année longue sur la corde raide, on comprend bien que l’heure n’est pas aux revendications individuelles. Maintenant: que va-t-il se passer, à l’automne? Quand est-ce que les théâtres, les salles de spectacle, les salles de répétition même pourront réouvrir leurs portes? On nous dit que la règle du deux mètres perdurera pour de nombreux mois, peut-être pour encore un an: est-ce que quelqu’un s’affaire à réfléchir à l’application de cette règle dans le cadre bien précis des arts vivants?

«Contrairement à un magasin de piscines, nous ne pouvons pas repartir la machine à quelques jours d’avis: ce que nous fabriquons se mijote lentement, des mois à l’avance.

«Madame la ministre, comme nous ne savons pas quand nous pourrons nous réunir à nouveau dans un théâtre, artistes et public, pour nous chauffer à la lampe de la pensée, de la beauté et du lien qui nous unit, qu’est-ce qu’on fait d’ici là? Y pensez-vous? Et si ce n’est pas avant des mois, comment supporterez-vous les organismes, les travailleurs et les artistes tout au long de ce retrait forcé?

«Ces jours-ci, tout le monde tient bon grâce à la culture: les livres, la musique, les balados, les séries télé, les films, et la présence généreuse de tout plein d’artistes sur les réseaux sociaux sont un rempart pour notre santé mentale à tous. J’espère qu’on s’en rappellera quand tout aura repris son cours, et que les artistes seront à ce moment parmi les plus fragilisés par la durée de la crise et son caractère imprévisible.» Éric Moreault, Le Soleil