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La crise vue par...
Arts
La crise vue par...
La pandémie de la COVID-19 a durement secoué la communauté artistique. Tout comme plein de leurs concitoyens, chanteurs, dramaturges, auteurs et compagnie ont vu leurs vies bouleversées. Les journalistes des six coopératives ont eu le goût de savoir ce que la situation changeait dans leur pratique, leur quotidien, mais aussi ce que la crise suscitait comme réflexion. Certains nous en ont parlé, d’autres ont pris la plume pour vous en faire part.
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Denis «Snake» Bélanger, chanteur de Voivod

La crise vue par

Denis «Snake» Bélanger, chanteur de Voivod

«Quand la crise a commencé, je me suis confiné à Laval, dans le secteur Sainte-Rose. La rivière des Mille Îles coule derrière ma maison. On peut faire du canot, mais là, je trouve que c’est trop froid.»

«Je pourrais profiter de la pause pour écrire des chansons, puisque la pandémie représente une source d’inspiration intéressante, surtout au plan émotionnel. Il y a des choses à aller chercher là-dedans. C’est un wake-up call et peut-être qu’il va en sortir du positif. Il faut prendre conscience qu’on a besoin les uns des autres, éliminer ce qu’on fait de pas correct.

Je pourrais écrire, mais j’ai de la misère à me concentrer. J’ai la tête ailleurs et il y a des fois où j’ai besoin de lâcher le téléphone, les médias. Il y a un stress que je sens aussi chez les gens, quand je vais à l’épicerie. Moi, par contre, je trouve que c’est bien, dire un merci à la caissière, un merci plus attentionné que d’habitude.

Je n’ai pas joué avec les gars depuis deux mois, ce qui ne nous est jamais arrivé. D’habitude, on est toujours actifs. En moyenne, on se voit deux fois par semaine, que ce soit pour prendre des décisions administratives, préparer des compositions ou réchauffer de vieilles affaires en vue d’une tournée. On a un local à Montréal, mais on n’y aura pas accès avant le 24 mai, dans le meilleur des cas. Ce sera l’fun d’y retourner.

L’année passée, nous avons été très actifs. Il y avait le nouvel album, The Wake, des tournées en Europe et en Amérique, en plus d’un prix aux Juno. Cette fois-ci, nous voulions faire une petite pause en donnant des spectacles localement. Il y en avait dix en Ontario et quelques-uns au Québec, notamment à Alma. Ceux de juin ont été reportés à septembre, mais je nous considère chanceux quand je pense à Rage Against The Machine. Le groupe avait planifié une grosse tournée et comme tout le monde, il n’a pas vu venir la crise. Compte tenu des frais engagés, c’est désastreux.

Dans tout ce bordel, on avance à tâtons. Je ne serais pas surpris qu’on redémarre les spectacles et que soudain, ça fasse bang, qu’on nous dise : “Ne passez pas go et retournez à la case départ”. Malgré tout, on se donne des dates, comme en mars prochain, alors qu’on va tourner avec le groupe allemand Destruction. Le fait qu’il y ait ça en avant, ça donne un focus.

Ce qu’on ne sait pas non plus, c’est les conditions dans lesquelles on va reprendre nos activités. Les voyages. Les douanes. Les permis de travail. Bref, tout ce que ça prend pour tourner à l’international. Et il y a notre sécurité, une autre source de préoccupation. Dans certains pays, ils ne sont pas aussi rigoureux qu’en Angleterre.

En attendant, je ne peux même pas aller voir ma mère, à Jonquière. On peut juste se téléphoner, mais je sais qu’elle va bien. À 87 ans, elle vit encore dans sa maison. C’est mieux que dans un CHSLD.» 

David Jalbert, auteur-compositeur-interprète

La crise vue par

David Jalbert, auteur-compositeur-interprète

Mario Boulianne
Mario Boulianne
Le Droit
«Les gens qui me connaissent savent que je suis un gars assez extraverti et de nature globe-trotteur.»

«Je suis quelqu’un qui aime le monde, qui ne reste pas en place et qui carbure en mettant en place des projets et en montant sur scène. L’idée du confinement était tout sauf rassurante pour moi, mais près de deux mois plus tard, je suis reconnaissant d’avoir pris une pause de cette vie qui allait parfois trop vite.

«Je me suis fait une petite routine, et je prends le temps d’avancer quelques projets que j’avais en cours dont Hostel Qc, une production télé destinée aux amateurs de voyage. 

On est présentement en montage des deux premières saisons tournées en Irlande et Japon avec les artistes invités Annie Dufresne et Jeremy Demay.

«Je profite également de ce répit pour écrire quelques chansons, ce qui a soudainement ouvert la porte à un tome 2 de l’album Le doigt d’honneur que j’ai lancé au début de la pandémie. 

Mon album est sorti le 23 mars, donc en plein cœur de la crise. Ça pouvait paraître comme le pire timing au départ puisqu’on a dû annuler le lancement et surtout, le monde entier est en situation critique, mais je me suis dit que les gens qui me suivent en auraient encore plus besoin. 

Et c’est exactement le commentaire que j’ai reçu.

«N’ayant plus de contact avec la scène et la population comme plusieurs, j’ai sauté sur l’occasion de faire un lancement en ligne et un live chaque jeudi question de me divertir et de divertir. Rapidement, on a senti l’engouement et on a grossi la formule en impliquant une équipe web [Créative Nation] qui nous permet de maintenant recevoir des invités. Le jeudi apéro est maintenant bien encré dans le cœur de mes supporteurs.


« Plusieurs personnes autour de nous semblent épuisées du mode de vie 24 heures par jour avec leur conjoint/conjointe, mais pour nous, l’apprentissage était déjà fait depuis quelques années. »
David Jalbert

«Étant père de trois adolescents, faire l’école à la maison occupe aussi quelques heures de la journée. C’est une tâche assez ardue avec les outils qu’on a et le fait que nos années d’études sont plutôt loin derrière nous. Par contre, c’est toute une fierté que de remplir ce mandat et combien gratifiant. Je fais aussi du bénévolat chaque semaine à l’épicerie pour préparer les commandes en ligne et couper les frais de livraison pour les personnes âgées.

On prend aussi du temps pour des randonnées pédestres. Habitant en campagne, on est entouré de forêt. On en profite donc régulièrement pour aller se ressourcer dans la nature. Félix dessine et écrit, Jacob fait de la lecture et Alyssa dépense de l’énergie et se remplit les poumons d’air frais.

«Plusieurs personnes autour de nous semblent épuisées du mode de vie 24 heures par jour avec leur conjoint/conjointe, mais pour nous, l’apprentissage était déjà fait depuis quelques années. 

Étant tous les deux travailleurs autonomes, on est constamment dans cet univers sans bulle et avec plusieurs heures de silence à meubler, donc je n’ai pas ressenti ce poids. 

On avait entamé un voyage autour du monde, ma complice des 20 dernières années et moi, et c’est possiblement l’une des choses qui me manque le plus, voyager. Quand tu partages chaque instant de ta vie avec les gens, tu cherches quelque chose qui n’appartient à personne d’autre que toi et les voyages, ça nous appartient.

«Comme plusieurs, j’ai tout de même hâte de renouer avec la vie normale et de retrouver mes musiciens, mes amis et bien sûr, le public. 

«En cette période de transition, je me questionne tout de même à savoir si je veux réellement retrouver ma vie d’avant, toujours à 100 milles à l’heure. Cette crise m’aura appris à apprécier plus ce qui m’entoure, revenir à l’essentiel et je souhaite à tous ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre leur vie à fond de le faire.»

Cheers !