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La crise vue par…
La crise vue par…
Maude Audet
Maude Audet

Capsules sur d'autres artisans 

L'équipe des arts
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Le Soleil
  • Maude Audet, autrice-compositrice-interprète

«J’essaie de la vivre [la période de confinement due à la pandémie de COVID-19] avec le plus de philosophie possible. Je suis d’accord avec toutes les mesures qui sont prises. Je pense que c’est nécessaire. Si on veut s’en sortir rapidement, il faut faire tous les efforts.

«Mais c’est sûr que ç’a changé notre quotidien, avec tous les spectacles annulés. Je venais de lancer mon album [Tu ne mourras pas], la promotion prend une claque. Mais en même temps, on se retrouve en famille. […] On se trouve des activités, on essaie de travailler avec les enfants qui sont là. On essaie de faire ressortir du positif de tout ça.

«Je pense qu’on en a encore pour un petit bout de temps. C’est certain que je vais essayer de tirer profit de ça et de créer. Ce ne sont pas des conditions idéales. En général, j’ai besoin de tranquillité et là, je n’en ai pas beaucoup. Mais je vais trouver des moments pour composer. Ça va devenir nécessaire pour moi.

«J’ai beaucoup de compassion pour les gens qui sont seuls à la maison. Oui, ils peuvent faire ce qu’ils veulent et travailler autant qu’ils veulent. Mais la solitude, ce n’est pas tout le monde qui vit bien avec ça. Tout le monde vit une situation avec des points positifs et négatifs.

«Je trouve qu’il ressort vraiment du positif sur le Web en ce moment. Il y a quelque chose de rassembleur. J’ai l’impression que les gens sont moins cyniques.

«Au début, on était tous collés sur nos téléphones pour suivre les nouvelles. Maintenant, à travers ça, il y a des artistes qui partagent des choses, des gens qui offrent de l’aide.

«Ça fait du bien. Il y a beaucoup de solidarité et je trouve ça vraiment beau.» Geneviève Bouchard

Maude Audet offrira une prestation en direct sur la page Facebook de La fabrique culturelle le 30 mars à 17h. Geneviève Bouchard

Bruno Savard
  • Bruno Savard, chef d'antenne du téléjournal Québec 

Je n’ai jamais senti autant le contact direct avec le téléspectateur. Ça me prend 15 minutes de plus entre le stationnement et la station parce que les gens m’interpellent pour avoir de l’information. Je suis renversé de la confiance des gens envers nous. Je suis extrêmement fier de travailler à Radio-Canada, je sens que les gens se tournent vers des marques de confiance.

«Au Téléjournal Québec, on a beaucoup de gens en télétravail, la moitié en fait, la salle commence à se vider. Ça change la dynamique. Le jour, je me gave d’infos, je regarde tous les points de presse. Le reste du temps, ça ne change pas grand-chose au solitaire que je suis, qui s’entraîne déjà à la maison.

«Stabilité»

«Le soir, je l’avoue, je regarde moins les infos, pour préserver ma stabilité mentale. C’est tellement intense, je veux arriver frais et dispo le lendemain. Ce n’est pas le temps d’alarmer les téléspectateurs. Ce dont je parle, je le vis tous les jours : ma blonde a perdu sa job, doit faire une demande à l’assurance-emploi, mes parents qui ont plus de 70 ans sont confinés aussi.

«Après la crise? Il y aura certainement une prise de conscience comme après le 11 septembre 2001. Le fameux télétravail, qui pour plusieurs réglerait la congestion routière, on se rend compte que ça marche mieux que ce qu’on pensait! Je constate aussi que les gens prennent conscience de l’importance d’une information validée, et qu’autrement, ça peut partir tout croche... Richard Therrien

Philippe Soldevila
  • Philippe Soldevila, auteur et metteur en scène

«Un jour, le temps de crier «virus», le Soleil crée la surprise. Le voilà qui se lève où il n’en a pas l’habitude. Le temps d’une toute petite révolution terrestre, une seule journée, du lever au coucher, le Soleil suit un parcours différent de celui auquel nous sommes habitués.

Au petit matin, étrangement baignés de lumière, surgissent au grand jour ceux qu’on a si longtemps oublié de voir. De précieux inconnus, dont nous dépendons depuis toujours sans le savoir, apparaissent. Ils ont soudainement un visage. Un nom. Ils sont d’ici, ils sont d’ailleurs. Ils ont tous les âges. Ils exercent ces métiers invisibles qu’on ne voyait plus à force de les prendre pour acquis.

«Poursuivant sa trajectoire jusqu’au coucher, le Soleil éclaire et multiplie ensuite, à l’infini, le nombre et la nature de ceux qui sont essentiels et précieux. Ça nous frappe en plein dans les yeux et dans le cœur : la reconnaissance. Et pourtant, ils étaient là depuis toujours. Les autres.

«Ce que ce petit parcours nous aura offert, éblouissant et de vérités occultes, est un immense privilège. Un périple de lucidité intensive. Un nouvel éclairage qui, enfin, change notre perception du monde.

«Hier, on croyait faire partie d’un monde fragmenté. Dans la lumière, sont apparus les fils qui nous relient. Ce virus nous aura fait réaliser qu’on fait tous partie d’un même tissu, tricoté serré, serré. C’est en cela que nous sommes à la fois si fragiles et si privilégiés.

«Nous sommes bien plus que des individus. Et ce qui nous relie est plus grand que ce qui nous sépare.

«Nous sommes un tout.

«C’est ensemble que nous vivons, et c’est ensemble que nous mourrons…

«… et, aussi, que nous vaincrons.» Normand Provencher

Michel Nadeau
  • Michel Nadeau, comédien, auteur, metteur en scène et directeur artistique de La Bordée

«Je trouve que ça met en lumière le fait que de façon générale, l’attitude des Québécois est exemplaire. Il y a une solidarité, les gens sont obéissants, ils font confiance aux institutions publiques, du moins au Dr Arruda. 

Ce que je trouve encourageant, aussi, c’est une observation du sociologue Gérard Bouchard. On disait que dans toute cette ère de mondialisation, la notion de nation était quelque chose de rétrograde. Mais finalement, quand il arrive un coup dur, on se rassemble. Je n’en parle pas d’un point de vue souverainiste. Indépendamment de ça, la nation existe et le Québec se mobilise. Pour moi, c’est intéressant, c’est une identité. Ça révèle qu’on n’est pas perdu, qu’on n’est pas juste des gens qui achètent sur Amazon. 

Sur le plan écologique, j’espère que ça va donner un petit coup de pouce dans le dossier de l’urgence climatique. On voit qu’on est capable de faire quelque chose de très fort en très peu de temps. Peut-être qu’on peut continuer dans ce sens-là pour essayer d’être un peu plus en harmonie et respectueux de la nature et de l’environnement dans lequel on est.»

La pièce Rouge, dans laquelle Michel Nadeau partageait les planches avec Steven Lee Potvin, peut être entendu en radio-théâtre au bordee.qc.ca Normand Provencher

Nancy Florence Savard (gauche) et Annouk Bissonnette 
  • Nancy Florence Savard, productrice et réalisatrice

«Le jour se lève. Le rouge oranger du soleil réchauffe le ciel bleu printanier. La lumière est belle, prometteuse. L’odeur du café s’associe à mon début hâtif de journée. 6h40. Déjà j’ai pris des nouvelles de mes collègues en Europe. J’ouvre plusieurs courriels fraîchement arrivés : un scénario en version finale, des esquisses, un lien vers une démo, des propositions de chanteuses, une publication pour les réseaux sociaux, un modèle de personnage en animation 3D… La vie suit son cours, mais tout le monde s’informe de la santé de chacun. Gling! Ma maman me texte pour me dire que la chanson à Salut Bonjour, Qui a tué grand-maman?, de Safia Nolin, l’a émue. Nous aussi, on s’émeut de son isolement, on va la voir par dehors, sur la galerie. Nous sommes tous sur une galerie, un balcon à s’étendre le cou pour prendre des nouvelles, isolés mais à la fois si ouverts sur ce qui se passe dans le monde. Depuis quelques jours, quelques semaines, on livre tout sur la galerie : de la nourriture, des médicaments, des vêtements. Certains font même des prestations de musique. D’autres déneigent leur galerie afin de pouvoir s’y réfugier et prendre l’apéro en vidéoconférence, en faisant un pied de nez au Covid-19. Parce que même si le virus nous oblige à être confinés dans notre foyer, ils nous rapprochent chacun à nous-mêmes, nous ramène à ceux qu’on aime, ce qu’on doit réellement préserver, à l’essentiel. Ce n’est pas un moment facile, c’est un vrai bouleversement. Et dans cette période de réclusion, la musique, les livres, la cuisine, la sculpture, les jeux, le cinéma, la peinture, la danse, la télévision, le dessin et l’écriture sont de bons compagnons. Et dans quelque temps, nous pourrons lire que l’humain a su se montrer résilient, mais d’ici là, continuons à espérer un jour meilleur, tranquilles sur notre galerie.» Normand Provencher

Christine Eddie

Christine Eddie, autrice

«Quoi qu’il arrive, je ne suis pas prête d’oublier que le ciel, comme celui de Wuhan, peut redevenir bleu en un seul petit mois d’usines fermées. Que dix jours sans touristes sont susceptibles de ramener les poissons à Venise ou les dauphins en Sardaigne. Que, sur les médias sociaux, les voix fielleuses peuvent soudain se taire. Que, sans voitures, mon quartier appartient aux piétons, des piétons qui se sourient sans se connaître. Quand cette crise sera terminée, je me rappellerai que des milliers d’hommes et de femmes ont spontanément offert de l’aide aux plus démunis et au personnel hospitalier, de qui on aura exigé des efforts héroïques. Et que mon gouvernement est capable de donner de beaux mots d’ordre : achetez local et prenez soin les uns des autres. Je me pincerai encore d’avoir découvert que oui, c’est possible que nos politiciens enterrent leurs lassantes haches de guerre. La planète est plus tranquille et soudée que jamais. On n’est sûrs de rien, mais j’ai envie de nous faire confiance. Surtout que bientôt, les oies vont revenir. Bientôt, on pourra ouvrir grandes nos fenêtres et chanter sur nos balcons, nous aussi. Les printemps québécois ont toujours eu l’art de me porter à espérer le mieux.» Normand Provencher