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Marie Gignac, directrice artistique du Carrefour international de théâtre

La crise vue par

Marie Gignac, directrice artistique du Carrefour international de théâtre

«J’ai du mal à imaginer les lendemains de ça. On dirait que je ne réalise pas complètement encore ce que nos vies vont devenir. Le théâtre me manque. Je me sens amputée d’une partie vitale de mon être.»

«J’ai fait toute ma vie dans le théâtre. J’ai commencé comme comédienne. J’ai fait de la création, beaucoup avec Robert Lepage. On a fait des tournées internationales. J’ai voyagé ensuite pour le Carrefour. Je fais de la direction artistique, ça fait plus de 20 ans que je suis là. 

Là, je suis devant un gros point d’interrogation. Je me demande si ma carrière va finir comme ça. Ça, c’est d’un point de vue personnel. Mais comme bien des gens, je me demande ce qui va arriver à notre art, à notre façon de pratiquer notre métier. Est-ce qu’on va être capable de recommencer à créer dans ce domaine-là?

Moi, j’en ai plus derrière moi que devant. Mais je pense à des gens qui sont au sommet. Je pense à Alexandre [Fecteau, coordonnateur du parcours théâtral Où tu vas quand du dors en marchant…?], qui est dans la fleur de l’âge. Il est au top de sa forme artistique. Il a sa compagnie, il a plein de projets, il a des ouvertures à l’international. Et c’est juste un exemple. 

J’ai l’impression que ça ne sera plus jamais pareil. Ou que ça va prendre beaucoup de temps pour se rétablir, pour revenir comme avant. Et on n’oubliera jamais ça. Les jeunes qui entrent au Conservatoire, ça va être de l’enseignement à distance? C’est tout ça qui m’inquiète.»

Steve Veilleux, auteur-compositeur-interprète 

La crise vue par

Steve Veilleux, auteur-compositeur-interprète 

«Confinement. Un mot que je n’avais, jusqu’ici, que très peu utilisé, dans ma vie. Mais depuis une couple de semaines, peut-être plus, le voilà à la grosse mode et aux quatre coins de notre langue, de toutes les langues, peut-être.»

«Même si la route est belle et nous fait de l’œil, on ne peut l’emprunter. Juste pour déambuler dans le supermarché. Et encore.

Les journées passent assez vite… des fois. 

Des fois, non. 

On soude la famille, on fait le ménage, on désherbe les plates-bandes, on balaie le garage. Je ne suis maintenant plus qu’un bon père de famille en m’efforçant d’être un «bumper» de famine. 

La scène me manque. 

Je suis en état de manque. 

Privé de ma passion, moi, le «piocheux» de guitare, je m’ennuie de mes frères, de partager des accords. Je promets de ne plus jamais chialer, sur le temps que ça prend entre Montréal et Val-d’Or. Du temps, j’en ai, je compte les tours d’horloge, en kilomètres carrés. 

Je m’ennuie de vous autres, ma gang de matous, de vous entendre chanter, des frissons jusqu’au cou. 

Je fantasme à l’idée d’un roadtrip arrosé, d’une terrasse animée au fin fond de La Malbaie. 

De me laisser surprendre par la fin d’une journée, de me coucher serein, la tête vide, le cœur full. En plein cœur d’une foule sur les Plaines d’Abraham ou en plein rodéo, à Saint-Tite, paradise. 

Confiné, je me sens con de trouver le temps long. 

La vie continue de passer pendant que j’passe à côté. Mais, au fond je l’sais bien que ça va pas durer, il fait beau en avant, pour de vrai, le printemps.

Je vous sème.» Propos recueilis par Mario Boulianne, Le Droit

Travis Cormier, auteur-compositeur-interprète

La crise vue par

Travis Cormier, auteur-compositeur-interprète

«Je pense qu’il y a beaucoup de bien qui peut sortir de cette mauvaise situation. Je crois aussi que ça aide les gens à s’arrêter une seconde, à prendre du recul et à réaliser ce qui est important dans leur vie.»

«Cela nous fait réaliser toutes les choses que nous tenions peut-être pour acquises. La vie allait si vite que ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose de ralentir un peu. Nous vivons dans un monde fou, pris dans la pression sociale, nous sommes tellement occupés que nous oublions ce qui est vraiment important. Notre santé, l’amour, notre passion, notre bonheur et la santé de cette planète. Je pense honnêtement que cette situation aide à nous ouvrir les yeux, à être plus présents et conscients de ce qui nous entoure.

Christine Beaulieu, actrice et dramaturge

La crise vue par

Christine Beaulieu, actrice et dramaturge

«Quand tout ça est parti, nous étions en tournée pour J’aime Hydro en France. Les 10, 11 et 12 mars, je jouais à Nantes devant 900 personnes. Le 13, tout était fermé. On a écourté notre tournée et on est rentré à la maison. Le confinement a débuté.»

«J’étais censée être en vacances au mois d’avril et voyager en Asie. J’ai tout annulé. Je suis à la campagne et on dirait que c’est plus fort que moi, je ne suis pas capable d’être seulement en vacances. Je me suis mise en mode : comment je peux aider? J’ai des amis qui ont une ferme pas loin d’ici et qui font des paniers bio. J’ai toujours voulu les aider, j’ai travaillé longtemps à la ferme quand j’étais jeune, à partir de 11 ans. C’est le fun, travailler dehors. Ça me fait beaucoup bien. 

«Ma sœur Patricia réalise Ça va bien aller avec Fabien Cloutier et Marie-Soleil Dion. Je lui ai fait un topo de moi qui travaille à la ferme pour inviter les Québécois à s’informer s’il n’y a pas des fermiers près de chez eux qui ont besoin d’aide.

«Après, je suis aussi ambassadrice auprès des attraits touristiques de Trois-Rivières. J’ai appelé ma gang là-bas pour savoir ce que je pouvais faire pour aider. [On a lancé] une campagne de sociofinancement pour venir en aide aux restaurateurs. Les gens veulent être solidaires et attendent juste pour poser des gestes. Je trouve ça beau. 

«On va être beaucoup en situation précaire pour un bout de temps : on ne tourne pas, on ne travaille pas. Honnêtement, j’ai aucune idée quand je vais recommencer. J’étais censée reprendre le 8 mai le tournage de la saison 2 de Cérébrum et un long métrage, Crépuscule pour un soir, avec Éric Bruneau. Mais tout ça est sur pause.

«Le milieu théâtral va être un de ceux qui seront les plus affectés. Avant que les gens s’assoient dans une salle pleine… pfff. C’est très inquiétant pour plusieurs de mes collègues et très difficile d’évaluer comment le milieu du spectacle va se remettre de tout ça.

«[…] Ce qui est intéressant, c’est que c’est rare que tous les humains de la planète soient affectés par la même chose à peu près en même temps. Y a nulle part au monde où c’est simple. C’est très particulier que nous soyons tous attaqués par le même mal. Autrement, autour de moi, il y en a pour qui c’est difficile, mais pour certains, ça vient arrêter le rythme effréné dans lequel, pour plusieurs, nous étions pris. C’est comme une occasion pour remettre les choses en place : qu’est-ce que je fais dans la vie? À quoi ça sert? Quelles sont mes priorités? 

«Peut-être que chacun, à l’intérieur de nous, ça va avoir changé un petit quelque chose. Enfin, j’espère.»

Ariane Moffatt, autrice-compositrice-interprète

La crise vue par

Ariane Moffatt, autrice-compositrice-interprète

«Pour l’instant, je pense qu’on encaisse. On est des réceptacles, on est constamment en situation de devoir s’adapter. Comme artiste en ce moment, dès que je me mets à penser à ce que je pourrais écrire, je ne trouve pas que c’est cohérent. On est encore trop dans la digestion de ce qui se passe et qui change chaque jour.»

«C’est la fameuse idée de ne pas savoir ce qui nous attend dans la vie. Quand on a trinqué avec ma blonde pour la nouvelle année, on parlait des choses qui pourraient arriver. C’est tellement l’imprévisible et l’inconnu. Il faut voir comment on navigue… C’est comme si on est tellement habitués au confinement qu’on en vient à penser qu’on est déconfiné. On est dans une routine, on est dans de nouveaux paramètres auxquels on s’est adapté. Ç’a l’air moins contraignant qu’au début. 

J’ai vécu une chose vraiment intense et prenante le jour où on a appris qu’il n’y aurait pas de festivals jusqu’au 31 août. Le même jour, la mère de ma blonde, comme 100% des gens dans sa résidence privée, a été diagnostiquée positive… 

Je pense que nous, on n’expérimente pas le vrai drame des proches qui perdent des êtres chers, des gens qui sont dans le système de santé. Nous, on est des pare-balles pour diminuer la propagation. Quand, dans cette même journée-là, il y avait de l’inquiétude par rapport à son état versus le fait que je n’avais plus de spectacles pour l’été, j’ai vraiment relativisé. 

Finalement, elle est passée à travers avec une grosse fièvre. Elle va mieux. Mais pendant cette journée-là, il y avait de l’information mauvaise, Florence se rendait là pour des soins de fin de vie. C’était vraiment, vraiment dramatique. 

Ça peut être bien abstrait de dire qu’on est confiné. Mais il y a des gens qui vivent cette crise-là bien différemment, à une échelle bien plus intense.»

Chloé Robichaud, réalisatrice

La crise vue par

Chloé Robichaud, réalisatrice

Dès que le confinement a été annoncé, un de mes premiers réflexes aura été de faire une liste. Encore une liste ! Celle des choses qu’il me faudrait faire ; ce temps qu’on m’impose devait être utilisé de la bonne manière, pensais-je.

Et rapidement, je me suis épuisée, physiquement et psychologiquement, mettant en lumière ce réflexe constant de performance. Car oui, c’est comme s’il fallait performer dans notre confinement… Les choses deviennent parfois une série d’éléments à cocher sur la grande to-do-list de la vie. Je réalise que je ne sais plus m’arrêter. Moi qui me croyait de nature calme, je ne fais qu’entendre mon anxiété depuis quelques semaines. Je ne sais plus « être », simplement. Je suis une version automate de moi-même… Une automate certes chanceuse, car en santé, et bien entourée. Le confinement me force à trouver le simple humain en moi, qui existe au-delà du titre de réalisatrice ou de jeune trentenaire de la génération y avec des aspirations x. Et c’est tant mieux.

Est-ce que j’en ferai un film ? Oui, certainement, parce que tous les films en seront désormais teintés. Nous écrivons avec notre bagage, et ce que nous traversons ensemble teintera notre expérience humaine pour toujours. De mon côté, je ne sais pas encore ce qui en ressurgira. Je sens qu’il est trop tôt pour réellement comprendre toute la portée de ce qui est vécu. Tout ce que je peux dire, c’est que j’espère que cette souffrance mondiale ne serait pas en vain. Il faudra se souvenir. Et le cinéma sera là pour nous le rappeler.

J’ai grandi en croyant à un futur fructueux. Petite, jamais je n’aurais pu imaginer autre chose qu’une vie vécue sur une planète infaillible. Je trouve injuste que la jeunesse d’aujourd’hui soit celle qui devra réparer et payer pour les abus du passé, mais j’envie les enfants de ne pas connaître l’insouciance qui nous a collectivement forgé. Tout est précieux et mérite qu’on le traite ainsi. Et ça, les citoyens de demain ne sont clairement pas près de l’oublier…

J’aimerais dédier ce texte à mes grands-parents Raymond et Clorinthe, confinés dans leur résidence à Québec. Je pense à vous. Vous êtes aimés.

La crise vue par... Véronique Côté

La crise vue par...

La crise vue par... Véronique Côté

La pandémie de la COVID-19 a durement secoué la communauté artistique. Tout comme plein de leurs concitoyens, chanteurs, dramaturges, auteurs et compagnie ont vu leurs vies bouleversées. Les journalistes des six coopératives ont eu le goût de savoir ce que la situation changeait dans leur pratique, leur quotidien, mais aussi ce que la crise suscitait comme réflexion. Certains nous en ont parlé, d’autres ont pris la plume pour vous en faire part.

Véronique Côté, actrice, poète et dramaturge

La crise vue par Richard Séguin [VIDÉO]

Arts et spectacles

La crise vue par Richard Séguin [VIDÉO]

«Ici on traverse les jours au gré des saisons et c’est la nature qui décide de tout.»

Et peut-être que c’est aussi la nature qui a décidé de nous ralentir un peu. 

Je pense au courage, à tous ces humains au travail chaque jour pour endiguer le virus, pour nous nourrir, pour nous transporter, pour nous prêter vie. 

Je pense à ce jeune couple et leurs trois enfants venus vivre le confinement dans leur chalet dans la montagne.

Je pense à notre voisine, seule dans sa grande maison. 

J’entends en écho la voix de notre amie d’Italie et de tous les habitants de la ville de Rome chantant en chœur le soir à l’heure du souper.

Je pense à mon ami Florent, à son implication et aux projets suspendus auprès des musiciens, musiciennes de Maliotenam en haut, au nord du pays.

Je pense à la disparition du caribou, aux vans de bois qui n’en finissent plus de vider le sommet de la montagne. 

Je lis le texte d’Alain Deneault publié dans Libération intitulé Gaia vit son moment #metoo et je me demande ce que nous aurons appris de cette pandémie. 

Jean-Jacques Pelletier: troublant silence sur l'avenir

Arts et spectacles

Jean-Jacques Pelletier: troublant silence sur l'avenir

L’œuvre de Jean-Jacques Pelletier se nourrit depuis longtemps des maux de notre époque : guerre informatique, montée du populisme, manipulation des individus, mondialisation tous azimuts… Dans le dernier tome de la saga Les Gestionnaires de l’Apocalypse, il avait même imaginé un virus fabriqué pour contenir la surpopulation humaine. Confronté à une réalité aux allures de tragédie, le romancier se dit étonné de la surprise, voire de l’indignation, qui frappe la population.

«Pour l’instant, la pandémie m’inspire surtout de l’étonnement, explique l’ex-professeur de philosophie au cégep de Lévis. On est surpris, indignés même, comme si une immense injustice nous est faite.»

Andréanne A. Malette, autrice-compositrice-interprète

La crise vue par...

Andréanne A. Malette, autrice-compositrice-interprète

«Heureusement, ma tournée s’est terminée en décembre et la prochaine va commencer en 2021. Je m’étais réservé le printemps pour composer. J’ai fait attention à mes finances pour être correcte cette année, je me suis équipée… Je suis en mode création.»

«Actuellement, ça me permet de prendre une pause. Je produis mes trucs, j’ai tout le temps quelque chose à gérer autre que d’être une artiste. Ça, ce n’est plus là. On dirait que j’ai 15 ans et que je retrouve ma guitare pour la première fois depuis vraiment longtemps. Je suis dans l’introspection, ça aide beaucoup à écrire des chansons.

«Des aspects positifs [à la crise], j’en vois plein sur la planète. Évidemment, ça crée une pause. La couche d’ozone sourit présentement.

«Je vois des aspects positifs humainement aussi. Je me souviens de la crise du verglas. Je devais avoir huit ans et j’y songe comme une belle période de ma vie. J’étais avec mes parents, il y avait plein de monde chez nous, on jouait à des jeux… Les enfants, actuellement, ont comme trois mois de verglas où ils ont leurs parents tout le temps. Je pense que ça va créer de belles affaires chez ces enfants-là qui étaient peut-être habitués de voir moins leurs parents ou de les voir tout le temps pressés. Là, on n’est pas pressé.

«Je vois aussi que tout le monde se tient plus. On n’a jamais pris autant de nouvelles de nos amis. Les gens cuisinent, ils achètent local, ils sont soucieux les uns des autres.

«Au niveau de la musique, par contre, j’ai des craintes. Je pense que ça va faire en sorte que beaucoup d’artistes qui étaient dans une situation plus précaire vont se tourner vers un autre métier. Ça, c’est sûr que ça va faire mal.

«Il y a un appel à écouter la musique d’ici, mais il y a aussi beaucoup de prestations offertes gratuitement en ligne. Est-ce que ça va prendre du temps avant que ça retourne en salles? Est-ce que les gens vont avoir envie de payer? Je pense que ça va shaker l’industrie beaucoup.» 

Lara Fabian: une «opportunité» pour réaligner ses priorités

Arts et spectacles

Lara Fabian: une «opportunité» pour réaligner ses priorités

Au-delà de l’inquiétude, du confinement et des morts qu’a provoqués la COVID-19, Lara Fabian voit ce bouleversement de sa vie comme une «opportunité» pour réaligner ses priorités.

«J’appelle ça le cadeau mal emballé», illustre la chanteuse internationale, en entrevue téléphonique de sa résidence à Montréal où elle est confinée depuis mi-mars. 

Malgré tout le côté anxiogène de la situation, Lara essaye de voir le bon côté des choses en profitant au maximum de sa famille à la maison, elle qui passe la grande majorité de son temps dans des avions, des hôtels et divers pays dans le monde. 

«C’est fou en fait. C’est un privilège d’avoir le temps d’être en famille, de redécouvrir qui sont les gens avec lesquels on vit, explique-t-elle. Bien souvent à cause de nos vies, de nos urgences et de nos besoins de survie, on ne pouvait échanger que le minimum.»

Le jour où tout a basculé 

Quelques jours avant que le premier ministre François Legault annonce la mise en pause du Québec avec la fermeture des commerces et des entreprises non essentiels, Lara Fabian se trouve dans son studio aménagé dans sa maison montréalaise avec Moh Deneb pour travailler sur l’album de Félix Lemelin (ex-participant à l’émission La Voix). 

«Ma fille rentre de l’école et elle me dit : “Tu n’as pas vu les nouvelles. Les écoles ferment à partir de demain. On dirait que le monde va s’arrêter”», raconte-t-elle.

Lara allume alors la télévision et tombe sur les images des Italiens confinés qui chantent l’hymne national à leur fenêtre. «J’étais sidérée d’émotions. Je me suis assise et je me suis mise à pleurer comme une madeleine», confie-t-elle. 

Moh Deneb lui propose alors de retourner au studio pour écrire une chanson. «J’ai appelé mon amie Élodie Hesme en France et on a écrit le texte.»

LIRE AUSSI : Lara Fabian dévoile Nos coeurs à la fenêtre en hommage aux personnes en première ligne

Sa fille et son conjoint, le magicien italien Gabriel Di Giorgio, entendent la mélodie de Mon cœur à la fenêtre et se mettent à fredonner. «C’est ma famille qu’on entend dans les chœurs», glisse Lara. 

Une fois la chanson enregistrée, Lara mobilise toutes les personnes autour d’elle, son équipe, ses fans et des personnalités pour créer le vidéoclip. «J’ai eu des réponses rapidement. On a reçu plus de 1000 vidéos.»

Une journée type

Comme la grande majorité des humains dans le monde, Lara Fabian a vu son emploi du temps voler en éclat avec la pandémie. Le 4 avril, elle devait normalement se produire au Centre Vidéotron pour présenter 50 World Tour. Le concert a été repoussé une première fois au 21 juin. Mais il a dû être annulé en raison de l’interdiction de tenir des rassemblements jusqu’à nouvel ordre. L’équipe de Lara travaille actuellement pour trouver une nouvelle date. 

Elle rythme donc ses journées sur celle de sa fille et de son conjoint et profite de chaque instant pour vivre de nouvelles choses en famille.

Lou, sa fille, suit les cours de son collège via Skype. «Pendant ce temps, je fais mon école à moi», relate Lara qui a été tenue très occupée avec Nos cœurs à la fenêtre

La famille décide ensemble ce qu’elle prépare pour souper. «On est tous les trois dans la cuisine pour décider des recettes avec ce qu’on a.» «On chante, on joue à des jeux de société, on regarde des films qu’on n’a jamais eu l’occasion de voir ou des films qu’on avait regardés respectivement et on en discute à table.»

La famille en Europe

Si sa maison est située au Québec, Lara n’oublie pas sa famille en Europe, en Belgique et en Italie. «On se parle tout le temps, on se skype, se texte. On est encore plus proche qu’avant», mentionne Lara, qui trouve tout de même la distance difficile. 

Son papa vit en Belgique. Par chance, de nombreuses personnes se relaient pour savoir s’il a besoin de quelque chose. 

On ne sait pas quand la planète va retrouver une vie normale et comment les gens se comporteront après cette épreuve, mais pour Lara Fabian, une chose est sûre, sa vie ne sera plus jamais la même.

Fabien Cloutier, comédien, dramaturge et animateur de <em>Ça va bien aller </em>

Arts

Fabien Cloutier, comédien, dramaturge et animateur de Ça va bien aller

«J’ai la chance d’avoir de l’espace autour de chez moi et de pouvoir aller dehors. Ce qui nous manque le plus, c’est de ne pas voir nos familles. On aura bien le temps d’aller voir des shows, mais là on ne voit pas nos proches. Serrer quelqu’un dans ses bras, il n’y a rien qui remplace ça.»

«J’ai un ami psychologue qui continue ses rendez-vous à distance et qui sent une pression monter dans la population. Nous, on apprivoise notre confinement, on cuisine, on écoute des séries, pendant que des gens se demandent s’ils vont pouvoir manger. Faut pas oublier qu’on n’est pas tous confinés de la même façon. Dans les résidences, il y a des gens qui commencent à dîner à 6h30 pour que les 200 personnes âgées ne soient jamais trop nombreuses dans la salle à dîner. Il faut penser à ces gens-là. Il y a des gens seuls présentement qui ont besoin qu’on leur parle.

«Je suis un éternel optimiste, j’espère qu’après, on va aller à l’essentiel. On nous invite, quand le 1er du mois arrive, de ne pas vider les épiceries; il y a des gens sur l’aide sociale, c’est leur journée, où ils ont besoin d’un transport pour se rendre, qu’on leur laisse la place. J’espère que des initiatives comme celle-là vont continuer après. Je pense que ça va nous transformer. 

«Des gens vont peut-être se demander: “Est-ce que j’avais vraiment besoin de faire ce voyage-là? Est-ce que j’aurais pu être plus proche de chez nous, voir mon monde?” Ça va aussi changer notre façon de consommer. On voit nos amis qui gèrent des PME, des restaurants, des commerçants, et là, doivent tenir ça à bout de bras, seuls. Nos entrepreneurs sont importants, nos bénévoles aussi; il faudrait mettre la lumière sur cette richesse collective qu’on a.»

Liana, autrice-compositrice-interprète

Arts

Liana, autrice-compositrice-interprète

«Au départ, c’est une situation qui est arrivée rapidement et qui a surpris tout le monde. Ça force un rythme qui est différent. Moi, je suis habituée à un rythme plus rapide dans ma vie professionnelle et personnelle. Ça me force à faire un retour aux sources, comme à la cuisine maison, par exemple. C’est de prendre le temps de faire les choses. On a rarement l’occasion de faire ça dans notre rythme de vie normale.»

«Au début du confinement, il y avait beaucoup d’incertitude, surtout financière. Je suis reconnaissante de vivre au Canada, où des mesures ont été mises en place. […] Je pense que ça va permettre d’apaiser des gens. Moi, ça m’apaise et ça me permet de me concentrer sur des attitudes qui sont positives et créatives. 

«On est chanceux, on a encore le droit d’aller prendre des marches en gardant une bonne distance avec les autres. J’en profite chaque jour. Ça m’aide à donner un sens de normalité à la situation. C’est un de mes principaux outils. Je continue de pratiquer le chant chaque jour, j’écris… Et comme je n’avais jamais vraiment réussi à bien jouer de la guitare, j’en profite pour faire des séances de pratique. Ça me fait du bien, ça me sort de la situation et de l’anxiété qu’elle peut provoquer. C’est une nouvelle habitude qui me donne un temps d’arrêt. 

«C’est une situation sur laquelle on n’a pas beaucoup de contrôle. Dans les deux premières semaines, ça me travaillait beaucoup. J’ai l’impression que quand ça va finir, on va sortir d’une espèce de coma, qu’on va sortir dehors et qu’on va compter le nombre de restaurants et de bars qui ont fermé. C’est sûr que nos villes vont avoir changé beaucoup. Dépendamment de la durée de tout ça, c’est difficile de savoir comment ça va avoir affecté nos villes et nos vies. […] En attendant, j’essaie de me concentrer sur les choses que je peux contrôler.» 

Jeffrey Piton, auteur-compositeur-interprète

Arts

Jeffrey Piton, auteur-compositeur-interprète

«Je profite du confinement pour terminer des chansons qui dormaient dans mon ordinateur.»

«J’entame quelques collaborations musicales sur différents projets. J’écoute des séries sur Netflix et j’en profite aussi pour terminer des projets à la maison. En dehors de mes sorties par rapport à la musique, je suis quelqu’un qui passe beaucoup de temps à la maison, donc je ne ressens peut-être pas les effets de la crise de la même façon que tout le monde. C’est un bon moment pour être créatif et apprendre!»

La crise vue par... Anthony Kavanagh, humoriste, chanteur, animateur et acteur 

La crise vue par...

La crise vue par... Anthony Kavanagh, humoriste, chanteur, animateur et acteur 

La pandémie de la COVID-19 a durement secoué la communauté artistique. Tout comme plein de leurs concitoyens, chanteurs, dramaturges, auteurs et compagnie ont vu leurs vies bouleversées. Les journalistes des six coopératives ont eu le goût de savoir ce que la situation changeait dans leur pratique, leur quotidien, mais aussi ce que la crise suscitait comme réflexion. Certains nous en ont parlé, d’autres ont pris la plume pour vous en faire part.

«Quelle chance on a d’avoir toute cette technologie à notre disposition. D’avoir les Skype, WhatsApp, Messenger, Facebook et les réseaux sociaux. Juste l’Internet, la télé, la radio. On a une pléthore de différents moyens [de communiquer] et de se divertir. 

C’est là aussi où on voit que l’art est un besoin essentiel de l’humain. C’est dans des moments comme ça qu’on le réalise. J’espère qu’en sortant de ça, le gouvernement va investir encore plus dans l’art au Canada et au Québec. […]

Je vois la créativité des gens et ça nous remet en question sur pas mal de choses. C’est un bon moment pour se retrouver afin de savoir qui on est vraiment et de voir quelles sont nos priorités dans la vie. 

J’ai l’impression que ça va peut-être donner un coup à la télé. En ce moment, tout est simple. Les chanteurs font ça dans leur salon. Tout le monde est obligé d’être authentique. C’est bien de faire des shows à grand déploiement, mais là, on ne peut pas trop se cacher. On lève le voile, donc on est obligé d’être authentique. T’es chez toi, en t-shirt, cerné, avec les enfants qui courent partout. Mais les chanteurs vont chanter leurs chansons, les humoristes vont faire des capsules… On fait ça avec les moyens du bord et tout le monde est content quand même. Ça divertit quand même. C’est un gros pensez-y-bien.»

Webster: «On est obligé d’avoir de l’espoir»

La crise vue par

Webster: «On est obligé d’avoir de l’espoir»

«D’un point de vue humain, j’espère qu’il y aura un après-coronavirus. J’espère qu’on sera capable de réfléchir à ce qui s’est passé. 

«En ce moment, ce ne sont pas les gens de la Bourse qui rentrent au boulot. Ce sont des gens payés au salaire minimum qui travaillent dans les épiceries. Ce sont des infirmières et des médecins. Les gens qu’on a tenus pour acquis, on se rend compte qu’ils sont la colonne de la société. Ce sont eux qui la structurent et qui font qu’elle fonctionne. Ce n’est pas les grands patrons. Je pense que ça, c’est vraiment le capitalisme en pleine face. 

«Il faut revoir comment tout ça est échafaudé. Depuis tout ce temps, on le prenait à l’envers. Ce n’est pas l’accumulation personnelle de gains qui fait le succès de cette société. C’est ce qu’on a voulu nous faire croire. [...]

«Ce qui est fascinant [avec le coronavirus], c’est de voir cette interconnectivité globale. La mondialisation, on la ressent. Le virus est arrivé en Chine et quelques semaines plus tard, il est partout dans le monde. Quand je regarde la carte mise à jour quotidiennement par la Johns Hopkins University, ça me fascine de voir que même dans les petites îles du Pacifique, il y a des cas. Ce sont des choses qui ne se seraient pas passées il y a 100 ans. Ça se propage partout, partout, partout. 

C’est à l’image de notre système. On ne peut plus faire fi du reste du monde. Il faut penser globalement, on n’a plus le choix. Là, fermer les frontières, ç’a été utile pour contrer le virus. Mais ça prend des réponses globales aussi. L’idée de fermeture des frontières quand on n’est pas en temps de crise, c’est révolu.

«J’espère que ça fera réfléchir les gens. Mais j’ai l’impression qu’on va revenir à business as usual et qu’on ne va pas apprendre de ça. On dit que l’histoire se répète parce qu’on n’écoutait pas la première fois. Ça pourrait devenir juste un souvenir. […] C’est sûr que la crise va laisser des marques. Mais à quel point? Est-ce que ça va être des trucs plus anodins, comme de ne plus se serrer la main? Ou est-ce qu’on va remettre en question le système? Est-ce qu’on va se rendre jusque-là? 

«Dans la lutte pour l’environnement, on met tout le poids sur les individus, sur comment ils doivent recycler, faire du compost, faire ci et ça. On ne met jamais le poids du changement sur les grosses structures, les grandes compagnies, les gouvernements. Ma crainte, c’est que l’individu change certains comportements, mais que le macro continue son pillage des ressources naturelles ou humaines. 

«Mais je pense qu’on est obligé d’avoir de l’espoir, sinon on fait juste abandonner. On n’est pas obligé d’être naïf non plus. Il y a des changements qui se sont opérés au fil de l’histoire, donc oui, il faut pousser. On peut être pessimiste et avoir de l’espoir. Mais là, pour ma part, j’aime mieux être optimiste. J’aime mieux voir en avant et essayer de contribuer au changement. Même si je ne fais pas tant confiance au genre humain, il y a de belles choses qui se produisent pareil. L’un n’empêche pas l’autre. On peut être réaliste, mais décider de faire notre part et croire au futur. L’histoire nous montre que les deux sont possibles.» 

Souldia: «Notre planète a craqué»

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Souldia: «Notre planète a craqué»

«Je pense que notre planète a craqué. Même avant la crise sanitaire, il y avait les feux en Australie et ci et ça. Du côté environnement, notre planète ne va vraiment pas bien. Là, la crise sanitaire est venue mettre la cerise sur le sundae. 

«Pendant que l’humain est atteint comme ça, j’ai vu des vidéos où on voyait des animaux prendre le contrôle des rues dans d’autres pays. J’ai comme l’impression que la nature reprend sa place un peu. Si les humains sont confinés pendant des jours et des jours, la planète reprend du mieux. Parce qu’on lui fait mal tous les jours à notre planète. 

«Je pense que les spécialistes ont raison. À part l’isolement, présentement, il n’y a pas d’autre solution. Tant que tout le monde n’est pas isolé, c’est comme si on faisait une sentence pour rien. De un, ils ne vont pas rouvrir nos portes tout de suite. De deux, tant que tout le monde ne sera pas confiné, comme ils le font en France, le problème ne sera pas réglé et le virus va se promener encore.» 

Jean Provencher: «Il faut que des manières de vivre changent»

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Jean Provencher: «Il faut que des manières de vivre changent»

«Historien suis-je, mais pas plus aguerri que qui que ce soit, car la grande histoire de la grippe, la gueuse, reste à faire. D’ailleurs, et je ne crois pas me tromper, il me semble que cette fois-ci, nous avons évacué le mot grippe pour passer à virus. Quelle différence y a-t-il, des médecins nous le diraient.

«J’ai connu deux grippes qui ont entraîné des fermetures d’écoles : celle de 1957, dite asiatique A (H2N2), et celle de 2009, H1N1. Cette fois, la grippe COVID-19 semble plus virulente que les précédentes et nous sommes en plein dedans. Les recommandations à la population se succèdent et nous vivons d’espoir. Personnellement, j’espère qu’on évitera de stigmatiser des groupes d’âge : l’heure ne devrait surtout pas être à la stigmatisation.

«Pour occuper nos longs moments de solitude, je serais mauvais conseiller, car, travailleur autonome depuis 42 ans, la solitude est devenue un mode de vie. Et, depuis quatre ans, ayant mis la télé dehors, je passe mes soirées à lire. Le bonheur. Une journée sur deux, je gagne mon humble lieu à la campagne pour nourrir une chatte ensauvagée qui y vit, dehors, depuis 18 mois. Cette Juliette me permet de noter les événements de la vie hors de la tension des villes. Je la remercie d’ailleurs à chaque visite. Fréquenter la nature repose. 

«Nous sommes toutes et tous à faire notre temps face à ce virus. Mais si j’ai un espoir pour très bientôt, c’est de dépasser les simples faits quotidiens qu’on nous sert et que nous passions maintenant à une réflexion sur l’après. Il faut que des manières de vivre changent. Mon fils, qui vit en France avec sa famille, me signale quotidiennement que de nombreux Européens — Gaspard Koenig, Pascal Bruckner, François Lenglet, Bruno Latour, Hubert Védrine, David Grossman, Yves Citton et Jacopo Rasmi — sont déjà en pleine réflexion et commencent vraiment à faire une place sérieuse à la Nature. 

«Il faut y venir à notre tour et le plus tôt possible. Il ne faut surtout pas que ce que nous vivons en ce moment ne serve à rien.» 

Michel Barrette forcé de s’arrêter

Arts et spectacles

Michel Barrette forcé de s’arrêter

Rien ne peut arrêter Michel Barrette... mis à part une crise planétaire. L’humoriste qui a récemment amorcé sa dernière tournée en carrière est confiné dans son hôtel de Saint-Marc-sur-Richelieu. Forcé de s’arrêter, il réalise à quel point il est toujours occupé et en profite pour revenir à l’essentiel.

Michel Barrette vient d’entreprendre la tournée L’humour de ma vie. Évidemment, plusieurs dates de la série de spectacles, laquelle doit durer quatre ans, ont été reportées.

Jean-Philippe Dion: «On a le goût de faire notre part»

La Crise vue par

Jean-Philippe Dion: «On a le goût de faire notre part»

«Je suis chanceux, je n’ai pas arrêté de travailler; on continue de plancher sur Star Académie, de développer des projets, faire le montage du documentaire sur Lara Fabian. Mais tout le monde est isolé chacun de son côté et ça complique le travail, c’est le festival du Zoom et du Facetime. Pourtant, je suis le roi du télétravail et je me force dans la vie pour rentrer au bureau, mais je réalise que mon équipe me manque en ce moment. Le ping pong d’idées se fait beaucoup plus facilement en personne. On embauche des gens en ce moment qu’on n’a jamais rencontrés physiquement!

«L’annulation du Gala Artis, on dirait que ça fait 1000 ans déjà, mais je m’y attendais, et c’était la meilleure décision à prendre. Devoir jeter le matériel qu’on avait créé, les bonnes idées qui commençaient à sortir, c’est ça qui est décevant. Rien de ça ne peut être réutilisé. Tous les pigistes qui se retrouvent sans emploi, ça aussi, ça déçoit. Les résultats du sondage existent quelque part, mais je n’ai aucune idée de ce qui arrivera de ça.

«Je ne suis pas si anxieux, mais je ne suis pas optimiste non plus. C’est angoissant de savoir qu’on peut être confiné encore longtemps. Mon chum m’a dit une phrase qui dit tout : «Je t’aime bien, mais en ce moment, j’ai hâte de voir d’autre monde que toi!» On a besoin des autres, d’avoir des échanges, c’est ce qui est le plus difficile en ce moment.

«Depuis quelques semaines, on ne voyait pas tant de fluctuations dans les cotes d’écoute, mais dimanche dernier, à La vraie nature, on a obtenu 1 283 000 de cotes d’écoute, la plus forte en trois ans. C’est comme si en plus de notre noyau de fans, ceux qui avaient besoin de réconfort se sont ajoutés. Je trouve ça drôle qu’on dise que la télé est un service essentiel, mais je pense qu’on a le goût de faire notre part; les gens en ont besoin et ça fait du bien. Je veux quand même réduire ma consommation de nouvelles, parce qu’on va virer tous fous!» 

L’art de Larry Tremblay inévitablement nourri

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L’art de Larry Tremblay inévitablement nourri

Le printemps de Larry Tremblay devait être chargé. Du jour au lendemain, les cases horaires de son agenda sont devenues blanches. Les représentations, les conférences, les causeries, les salons du livre ; tout a été annulé. L’auteur profite donc de son temps autrement. Il écrit, évidemment, mais il réfléchit aussi, beaucoup. La crise ne se transformera pas en oeuvre à court terme, mais elle se déposera, puis nourrira inévitablement son art.

« J’ai de la difficulté à installer tout de suite l’actualité dans une oeuvre. J’ai besoin de digérer l’actualité et de la placer dans la fiction. J’aime prendre le temps de l’installer dans une réflexion plus vaste et plus générale. Ça peut prendre du temps. Ça va se déposer et revenir sous une forme ou une autre », affirme-t-il, au cours d’un entretien téléphonique.

Francine Ruel: prendre le temps d'aimer

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Francine Ruel: prendre le temps d'aimer

«Au début, j’étais en vacances. Après un automne surchargé d’émotions et de rencontres à cause de la parution de mon dernier roman : Anna et l’enfant vieillard, j’ai pensé que des vacances me feraient énormément de bien puisque j’allais remettre ça, le printemps venu. 

Et puis c’est arrivé. La pandémie s’est installée dans nos vies. Cinq salons du livre sur six ont été annulés, les bibliothèques ont fermé…

On venait à peine de changer l’heure que le temps s’est arrêté. Il a été suspendu pour la plupart d’entre nous. Certains croient naïvement que lorsqu’on change l’heure, on en gagne une! Maintenant, on vient de gagner du temps. «Le temps, le temps, le temps et rien d’autre, le tiens, le mien…»

Je savoure ce cadeau, au jour le jour, d’heure en heure, puisque je suis doublement confinée : 1. je reviens de voyage et 2. j’ai un âge vénérable qu’on dit vulnérable…

J’ai du temps à moi. J’ai le temps de voir pousser le printemps, de voir la vie passer, de me reposer. De danser sur la musique à tue-tête (ce que j’avais oublié de faire depuis trop longtemps), de lire pour être touchée, de niaiser, de faire à nouveau du pain, de tricoter, d’écrire un peu, d’appeler mes amis, d’en prendre soin. Surtout je prends le temps d’aimer.

Le poète italien Tasso Aminta a dit : Perduto è tutto il tiempo che in amar non si spende. Qu’on pourrait traduire par : Le temps passé sans amour est du temps perdu…» 

Chrystine Brouillet: «Je tiens un journal, ce que je n’ai jamais fait auparavant»

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Chrystine Brouillet: «Je tiens un journal, ce que je n’ai jamais fait auparavant»

«Nous sommes tous dans l’œil d’un terrifiant cyclone et une réflexion articulée sur la situation me semble impossible, n’ayant aucun recul. Mais étant par mon travail habituée à observer la société, les bouleversements qui modifient à une vitesse vertigineuse notre quotidien m’interpellent chaque jour et comme Samuel Pepys lors de la grande peste de Londres (1665), je tiens un journal, ce que je n’ai jamais fait auparavant. Car je sais que la mémoire est une faculté qui oublie : lors des prochaines aventures de Maud Graham, je devrai impérativement tenir compte de la pandémie. Il y aura dorénavant l’avant et l’après et mes personnages auront vécu comme nous ce tsunami. Tandis que je révisais la semaine dernière mon prochain roman, Maud Graham me soufflait à l’oreille sa crainte que les violences conjugales et familiales augmentent. J’espère qu’elle se trompe…

Il serait logique de croire qu’en tant que romancière, mon quotidien est peu bouleversé puisque je suis habituée à travailler chez moi dans la solitude. C’est vrai. Et c’est faux. Car si la densité du silence apporte un calme propice à la création, son anormalité est troublante et me renvoie à l’excellent roman Station Eleven qui se déroule au lendemain d’une apocalypse… Ainsi, quand l’anxiété me gagne, je me répète que j’ai la chance inouïe d’aimer la lecture et ne peux m’empêcher de vous suggérer la remarquable biographie d’Anne Hébert de Marie-Andrée Lamontagne, le polar Yeruldellger de Ian Manook qui vous dépaysera totalement, le récent et palpitant Zec La Croche de Maureen Martineau et le magnifique Étincelle de Michèle Plomer dont le thème est l’amitié, essentielle aujourd’hui. 

Et bien sûr, j’ai cuisiné des pasteis de nata en saluant l’excellent travail de François Legault et son équipe. Je regrette de ne pas pouvoir en faire pour tous les travailleurs de la santé — bonjour Johanne — les policiers, les intervenants sociaux, les journalistes et tous ceux et celles qui œuvrent dans la chaîne alimentaire. Qu’ils soient remerciés pour leur dévouement.»