Côté animation, «La course des tuques» se compare bien aux grosses productions américaines, mais le scénario de cette suite n’a pas la profondeur thématique du premier film.

«La course des tuques»: suite opportuniste **1/2

CRITIQUE / Il y a probablement de bonnes raisons si André Melançon n’a pas tourné une suite au mythique «La guerre des tuques» (1984). Notamment parce qu’on ne s’attaque pas impunément à une telle galerie de personnages. Peut-être aussi qu’il estimait avoir exploré tout le potentiel dramatique de l’œuvre. Mais on n’arrête pas le progrès ni la course aux revenus pour de telles considérations…

La reprise en animation 3D a été championne du box-office au Canada en 2015 et vendue dans environ 120 pays. On peut comprendre que la tentation de concocter un nouveau chapitre était grande. Contrairement à Jean-François Pouliot et François Brisson, qui ont tenté de respecter l’original en prenant seulement quelques libertés, cette nouvelle version avait le champ libre.

La course des tuques n’est pas à la hauteur de ces possibilités. Un scénario mince et banal, sans commune mesure avec la profondeur thématique du premier, même s’il s’agit, encore une fois, d’une belle ode à l’amitié. Évidemment, l’hiver est encore au cœur de l’œuvre.

Comme le titre l’indique, une course de luges sert de prétexte au récit, qui oppose François les lunettes à Zac, un nouveau venu prétentieux. Sa luge est pilotée par sa cousine Charlie, qui rêve de devenir chanteuse (un beau prétexte pour ajouter quelques morceaux à la trame sonore). Elle vivra un difficile conflit de loyauté entre sa famille et sa conscience...

François peut compter sur l’intrépide Sophie pour piloter son engin. Un sabotage permettra toutefois à l’arrogant Zac de triompher et une revanche sera de mise. Sauf que la tentation de tricher est toujours présente…

Malgré son inclinaison à miser sur l’amitié de Pierre, Luc, Sophie et compagnie, ce nouvel opus relègue à l’arrière-plan la plupart des amis de François, qui prend beaucoup de place. Si on fait exception de Chabot, qui a un béguin pour Charlie. Les scénaristes perdent aussi une belle chance d’exploiter la détresse de Zac, abandonné dans ce village par ses parents et qui a de la difficulté à s’intégrer dans son nouvel environnement.

Le réalisateur Benoit Godbout et son équipe ont repris l’aspect cartoonesque de la production précédente et les exagérations qui vont avec. Un choix qui se respecte, mais qui m’a fortement agacé encore une fois. Même chose avec les traits grossis des personnages, presque caricaturaux. Mais il paraît que ça fait rire les enfants.

Reconnaissons toutefois le gros travail d’animation, absolument impeccable et créatif. Comme la première fois, le film se compare bien aux grosses productions de Pixar et de DreamWorks, sans les mêmes ressources financières (il n’y a aucune commune mesure).

Aucun doute, ce film va encore remporter un gros succès aux guichets. Surtout qu’on retrouve des vedettes québécoises qui prêtent leur voix aux personnages (Mariloup Wolfe, Ludivine Reding, Hélène Bourgeois Leclerc, Mehdi Boussaidan, etc.) et à la trame sonore (d’Alexe à Dumas).

Mais La course des tuques ne laissera un souvenir impérissable à personne.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: **1/2

• Titre: La course des tuques

• Genre: animation

• Réalisateur: Benoit Godbout

• Classement: général

• Durée: 1h22

• On aime: la qualité de l’animation. Le chien

• On n’aime pas: le scénario simpliste. La pauvreté thématique. L’humour facile