Le temps d’une soirée, au parc de la Francophonie, Jane Birkin fera corps avec l’esprit de son regretté compagnon, en revisitant une vingtaine de chansons de son vaste répertoire, livrées avec la complicité de l’Orchestre symphonique de Québec.

La comédie musicale de Jane Birkin

L’accent de sa voix, reconnaissable entre mille, résonne à l’autre bout du fil depuis Paris. En entrevue, Jane Birkin se fait volubile à l’idée de venir présenter au public de la capitale le spectacle Birkin/Gainsbourg: le symphonique, dont l’idée a germé au Québec et qu’elle promène depuis deux ans dans une vingtaine de pays.

Le temps d’une soirée, au parc de la Francophonie, elle fera corps avec l’esprit de son regretté compagnon, en revisitant une vingtaine de chansons de son vaste répertoire (Ces petits riens, L’anamour, La Javanaise, …), livrées avec la complicité de l’Orchestre symphonique de Québec.

De l’avis de la chanteuse, cette association au demeurant surprenante coule de source. «Serge a été élevé dans la musique classique. C’est son père qui lui a fait apprendre le piano. Quand Serge était en panne, il utilisait des musiques classiques. Il voulait tellement faire quelque chose de bien, il s’inspirait de Chopin et de Brahms.»

C’est lors de son passage au Québec, en 2015, lors de sa tournée du spectacle Gainsbourg, poète majeur (des textes lus sur scène avec Michel Piccoli et Hervé Pierre) que l’animatrice de Radio-Canada, Monique Giroux, lui a suggéré de faire appel à un orchestre symphonique afin sublimer les textes de Gainsbourg.

«Avec la voix que j’ai, c’était un peu prétentieux» ajoute-t-elle avec dérision. N’empêche, le train était sur les rails. Pour les arrangements, la chanteuse de 71 ans a fait appel au compositeur japonais Nobuyuki Nakajima. «Je me suis dit qu’avec lui, ce serait un peu moins chiant, que ce serait comme de la musique de film.» Le choix des chansons a été confié à Philippe Lerichomme.

Lors de la première de Symphonie, aux Francofolies, avec l’Orchestre symphonique de Montréal, en juin 2016, ses cordes vocales lui ont joué un vilain tour. «J’avais perdu la voix. J’étais sortie de l’hôpital pour aller sur scène. Même sans voix, c’était déjà magnifique…»

De New York à Hong Kong, en passant évidemment par la France, le spectacle est joué tant en plein air que dans des salles, toujours avec des orchestres différents. Rien pour déranger la chanteuse, au contraire.

«J’ai parfois le même chef, mais les orchestres changent, c’est ça qui est chouette. Je les découvre et c’est formidable. Toutes les partitions sont écrites, ça ne peut donc pas varier tellement. Ça change un peu mais pas énormément. Parfois, c’est plus romanesque, parfois c’est le violon qui se fait plus sentimental.»

Comédie musicale

Birkin/Gainsbourg: le symphonique est pour Jane Birkin l’occasion de réaliser un vieux rêve. Pendant longtemps, explique-t-elle, elle s’est plainte à son compagnon de ne jamais avoir eu la chance de jouer dans une comédie musicale. Vingt-sept ans après sa mort, son vœu se réalise d’une certaine façon.

«Je suis de la génération qui a grandi avec West Side Story, My Fair Lady et South Pacific. Je les connais par cœur. Mais comme je n’ai pas une voix très forte, je ne pouvais pas prétendre être dans le casting de ces comédies musicales. Je me suis rendu compte qu’avec ce spectacle, je l’avais ma comédie musicale. Je chante toutes les variations sentimentales du monde: la drôlerie, la tristesse, la mélancolie. C’est une comédie musicale à une personne. Ou plutôt à 16…», s’empresse-t-elle de corriger.

Journaux intimes

La vie n’a pas fait de cadeaux à Jane Birkin dans les dernières années. Au décès tragique de sa fille Kate (née d’une union avec le compositeur John Barry), après une chute du balcon d’un immeuble parisien et dont les circonstances restent mystérieuses, s’est ajoutée une leucémie dont elle est aujourd’hui guérie. Pendant un long moment, elle n’a eu «envie de rien».

Sa plongée dans ses «journaux intimes», écrits en anglais au fil des décennies, lui a permis de renouer avec de meilleurs sentiments. «Je suis rendue à une période très gaie avec Serge, alors que je me suis mariée dans un moulin, avec ma petite Kate et Charlotte. Je revis la fantaisie de Serge, sans les emmerdements de la fin de notre relation. Il y a aussi la naissance de Lou [Doillon]. C’est bourré d’anecdotes, parfois cruelles. Serge n’était pas un enfant de chœur. On a eu de telles bagarres, de telles ivrogneries. J’ai arrêté d’écrire à la mort de Kate. Je n’ai plus été capable.»

La chanteuse ne voit pas l’intérêt que ces journaux soient publiés un jour. «J’aimerais bien écrire un livre ou un scénario, mais pas publier mes pensées et ma vie. Ce n’est plus la peine […] En même temps, je ne peux pas faire mieux que ce que je fais là. Après, peut-être vais-je me contenter de faire du piano-bar ou des petits concerts privés. J’ai la chance d’avoir le répertoire de Serge. Je reconnais que j’ai eu le meilleur de lui.»

Ne pas perdre la voix

La dernière visite de Jane Birkin au Festival d’été remonte à 1992, alors que le parc de la Francophonie s’appelait Le Pigeonnier. «J’étais venue avec ma mère, après la mort de Serge. C’était génial.»

La perspective d’un spectacle symphonique en plein air, au même endroit, l’enchante au plus haut point. «Les premières fois que nous avons joué à l’extérieur, j’avais peur que la musique se dissipe dans l’air, mais ça n’a pas été le cas. Avec la lumière du jour qui tombe, ça donne plus de magie.»

«Autant je chantais comme un rat mort la première fois [aux Francofolies], autant j’espère chanter mieux cette fois-ci. Je ne veux pas ouvrir la bouche et que rien ne sorte. On ne me le pardonnerait pas…», conclut-elle dans un éclat de rire.

* Jane Birkin participera à un entretien public le 6 juillet, à midi, à la salle Dufferin du Hilton Québec. Laissez-passer obligatoire. Maximum 75 spectateurs. Premier arrivé, premier servi.

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui: Jane Birkin

Quand: 7 juillet, 21h20

Où: Parc de la Francophonie

Accès: laissez-passer

Info: www.infofestival.com