Valérie Bonneton, Guy Lecluyse, Line Renaud et Pierre Richard incarnent la famille de Valentin, joué par le réalisateur Dany Boon.

La ch’tite famille débarque!

Dix ans ont passé depuis qu’une comédie venue du nord de l’Hexagone a cassé la baraque pour devenir le plus grand succès de l’histoire du cinéma français. Avec «Bienvenue chez les Ch’tis», Dany Boon a fait découvrir à plus de 20,4 millions de spectateurs le déconcertant patois des habitants de son coin de pays. Souvenez-vous: «Mais pourquoi il est parti avec les meubles? Baaah, ch’est p’tête les chiens [les siens]…»

Auréolé de ce mégasuccès, le comédien réalisateur aurait pu choisir de surfer sur cette vague pour livrer rapidement un autre film du même acabit, mais il a plutôt décidé de prendre son temps pour réaliser La ch’tite famille, qu’il considère non pas comme une suite, mais «une histoire totalement différente».

Son personnage de Valentin est évidemment au rendez-vous, mais il n’est plus l’homme simple qu’il était. Devenu designer de mobilier bon chic bon genre, dans le Paris mondain, c’est avec consternation qu’il voit débarquer sa vieille mère (Line Renaud), son frère (Guy Lecluyse) et sa belle-sœur (Valérie Bonneton). Pendant ce temps, resté à la maison, son père avec qui il est en brouille (Pierre Richard) tente tant bien que mal de se débrouiller avec les tâches domestiques.

Valentin, qui avait caché ses origines à son entourage, au premier rang sa femme (Laurence Arné), verra son passé le rattraper au contact de ces hôtes qui n’ont rien perdu, eux, de leur familiarité et de leur langage vernaculaire. Jusqu’à ce qu’un traumatisme crânien le fasse revenir en arrière et devenir plus ch’ti que jamais. Bonjour les conversations bizarroïdes…

Film personnel
En entrevue téléphonique jeudi depuis Montréal, où il est en tournée de promotion de ce sixième long-métrage — «Avec la météo, on dirait que je suis dans le Nord [de la France]…» —, Boon avoue avoir livré son film le plus personnel. Mais contrairement au personnage de Valentin, il n’a jamais oublié d’où il vient.

«Au contraire, j’ai plutôt fait l’inverse. Lorsque je suis arrivé à Paris, j’ai utilisé le ch’ti pour raconter mes histoires. Au début, il y a des gens qui m’ont conseillé de perdre mon accent parce que ça faisait plouc, que ça ne marcherait jamais. Heureusement, je n’ai pas écouté leurs conseils.

«Quand on arrive dans un milieu mondain, poursuit-il, on fait une sorte de mimétisme, on s’habille d’une sorte de costume étriqué qui rassure les autres. Je crois que c’est beaucoup mieux de rester soi-même, même s’il y a une différence avec ce que les gens attendent de vous.»

Sorti il y a deux mois en France, La ch’tite famille a déjà fait courir plus de 5,7 millions de spectateurs. Il s’agit du meilleur démarrage d’un film français depuis… Bienvenue chez les Ch’tis. Le principal intéressé explique préférer voir plus loin que le box-office.

«Quand un film dépasse les deux millions d’entrées en France, c’est déjà énorme, mais je ne regarde pas tellement les entrées. Je m’intéresse davantage à la vie du film, comment il évolue dans le temps, comment les gens le reçoivent des années plus tard. Des parents ont fait découvrir Les Ch’tis à leurs enfants qui viennent maintenant me voir en me disant ‘Salut biloute!’ [Salut toi!]»

Avec le recul, il dit avoir du mal à expliquer l’engouement autour de ses Ch’tis. «À l’époque, le film est arrivé comme un ovni, les gens avaient besoin de rire. On ne connaissait pas le ch’ti. Il n’y avait pas de cynisme ni d’agressivité. C’était aussi la première comédie tournée dans le nord de la France, un endroit où il se tourne surtout des drames et des thrillers. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de faire rire et d’émouvoir. Quand on arrive à mettre de l’émotion dans une comédie, ça donne beaucoup de profondeur et d’humanité.»

A-t-il l’impression d’avoir fait le tour des tribulations de sa famille atypique ou caresse-t-il le projet d’un troisième film? «Je ne sais pas. Si j’ai une idée d’un film qui se passe dans le Nord avec l’accent ch’ti, évidemment je le ferais, mais il faudrait qu’elle soit bonne.»

La ch’tite famille prend l’affiche le 4 mai.