Pierre Lapointe

La chanson d'avant-garde de Pierre Lapointe

Avec Amours, délices et orgues, trois mots masculins au singulier et féminins au pluriel, Pierre Lapointe a trouvé la formule idéale pour poser les bases de son nouveau spectacle qu'il souhaite à la fois ambigu, envoûtant, magistral et étrangement familier. Il s'arrêtera au Palais Montcalm les 9 et 10 juin et à la Maison symphonique du 14 au 17 juin.
Le créateur a de l'appétit pour les spectacles protéiformes, où il rassemble des artistes visuels, des musiciens, des chorégraphes, des auteurs de tout acabit. Cette fois, son équipe de feu est composée de Sophie Cadieux à la mise en scène, Jean-Willy Kunz à l'orgue, Étienne Lepage à l'écriture, Frédérick Gravel aux chorégraphies, Alexandre Péloquin aux éclairages et la designer matali crasset à l'environnement scénique. «Pour moi, la vraie nouveauté survient tout le temps de la collaboration impromptue entre des artistes qui viennent de différentes disciplines», souligne Pierre Lapointe.
Orgue personnage
Le projet est né lorsqu'il a été approché par Jean-Willy Kunz, organiste en résidence de l'Orchestre symphonique de Montréal, et évidemment, l'orgue y occupera une place centrale. «Il deviendra un personnage en soi, animé par Jean-Willy et présent tout au long du spectacle», note Lapointe. «Il y a quelque chose de très troublant de voir que cet instrument-là existe encore.»
L'artiste a l'intention de créer une proposition sans demi-mesure, où la beauté ou le caractère dérangeant de certaines ambiances seront exacerbés. «Quand vient le temps de créer des images fortes et qu'on a un orgue à portée de main, ça devient extrêmement puissant. Un instrument qui crée autant de vibrations, qui a autant de résonance, c'est magistral.»
On se demande déjà comment sonnera la guitare de Vincent Legault, du groupe Dear Criminals, à côté du monstre...
Sophie Cadieux, metteure en scène du prochain spectacle de Pierre Lapointe, donne ses instructions lors d'une répétition.
Objets autoportants
Il a invité la designer industrielle matali crasset, qui a entre autres collaboré avec Philippe Starck, a imaginé un décor qui tiendrait compte des particularités de la Maison symphonique et du Palais Montcalm, qui ne sont pas destinés à accueillir d'autres spectacles que des concerts. «On voulait travailler avec l'architecture et l'acoustique de la salle, qui n'a pas de porteuse et de cadre de scène. Ça m'intéressait d'aborder ces problématiques avec un designer et non une scénographe», indique Pierre Lapointe.
Les décors ont été conçus il y a un an, avec les étudiants en design de l'Université du Québec à Montréal. Le résultat consiste en des «objets répétés, des formes autoportantes, des modules qui s'additionnent, qui s'étalent, qui se superposent».
Monologues ambigus
Pour investir cet univers tout neuf, Pierre Lapointe livrera en alternance des chansons, les siennes et des reprises, et de courts monologues, signés par le dramaturge Étienne Lepage (Rouge Gueule, L'enclos de l'éléphant). «Dans son humour, dans sa manière d'être irrévérencieux et dans les thèmes abordés, il est très proche de ce que je fais comme interventions dans mes spectacles», souligne Lapointe, ajoutant que les numéros vont parfois se répondre et parfois partir dans tous les sens.
L'écriture de Lepage, qui peut sembler inoffensive, voire banale, mais qui fait graduellement douter le spectateur de ses propres idées, «parle beaucoup de la perception des autres, de l'image qu'on peut projeter, de l'importance qu'on accorde à ça», note Lapointe.
Le tout saupoudré d'une bonne dose d'humour, annonce le créateur. «Quand je veux faire une image simple, je parle d'un show d'Yvon Deschamps 2.0 version intello, parce qu'il y a un danseur contemporain, des références à la musique classique et un auteur de théâtre», décrit-il. Mais encore? «Ce sera un objet très d'avant-garde, mais aussi très accessible, très drôle, qui s'apparente presque à un show d'humour, mais avec des codes très théâtraux.»
Pierre Lapointe, entouré d'une partie de l'équipe de création d'<i>Amours, délices et orgues</i>, en train de répéter en vue du concert.
Chansonnier chercheur
Pierre Lapointe a le chic de sortir la musique de sa prévisible routine studio-album-spectacle-tournée. «Quand j'ai commencé à avoir du succès en chanson, j'étais triste, parce que je me disais que je ne voulais pas seulement faire ça. Je me suis dit que j'utiliserais la chanson pour explorer. Pour moi, la chanson peut avoir la même valeur que la littérature, que le théâtre, que le cinéma et elle peut devenir de la chanson d'avant-garde, un outil de recherche pour communiquer avec les autres», expose-t-il.
Il se perçoit donc comme un chercheur. Un chercheur qui, grâce à sa popularité, a les moyens de ses ambitions et peut rejoindre un large public, pour répandre le virus de la curiosité. «Créer quelque chose à partir du néant, ça devient une espèce de drogue. C'est énormément de travail, je n'ai pas un horaire sain depuis des mois, mais j'apprends et je comprends des choses que je n'aurais pas compris sinon.»
S'il ne cache pas qu'il veut secouer le public avec ses propositions déjantées, il souhaite aussi qu'il y prenne plaisir. «On ne passera pas six heures sur scène à briser du verre en criant des onomatopées, illustre-t-il. On ne veut pas que les gens soient perdus. C'est pour ça que je suis allée chercher Sophie [Cadieux], qui a fait du théâtre très expérimental [pensons entre autres à La fureur de ce que je pense, qui vient d'être présenté au Carrefour de théâtre] et de la télé très grand public. Moi aussi je suis un peu entre ces deux eaux-là.»
Point de snobisme chez l'ex-coach de La Voix, selon qui tout peut être apprécié par tout le monde, pourvu que ce soit bien amené. Il entend allumer des feux et tabler sur la dimension événementielle de ses propositions.
«Pour moi il y a quelque chose d'intéressant dans l'éphémère, dans le fait de dire aux gens de se déplacer. Acheter un billet de spectacle, c'est un geste politique et engagé, ça dit qu'on soutient l'art, qu'on participe, qu'on vient écouter, qu'on s'ouvre à ce qui se passe dans la tête des autres», soutient-il.
Vous voulez y aller?
Amours, délices et orgues De Pierre Lapointe
• Vendredi 9 juin et samedi 10 juin à 20h au Palais Montcalm
• Billet 76 $
• Info : 418 641-6040  palaismontcalm.ca